Voyage aux Grands Lacs^ p- C5ô
prescrit de ne pas le vendre hors de la tribu ^ . Au Gabon, suivant du Chaillu, l'opinion publique protège plus efficacement encore l'esclave domestique. Est-il maltraité par son propriétaire, il a le droit de se sauver dans un autre village et de se donner un nouveau maître, sans que le premier puisse provoquer à ce sujet un débat, un palabrCy cette discussion publique i laquelle sont soumises en pays nègre les affaires litigieuses. La même opinion publique fait au nouveau maître, choisi comme protecteur, un devoir d'accorder à Tévadé son patronage'. Chez les Mandingues, le maître n'a le droit ni d'ôler la vie à l'esclave domestique, ni de le vendre hors du pays, si ce n'est pour des motifs graves et après avoir provoqué un débat public, un palabre^ sur sa conduite\
Hais l'autre catégorie d'esclaves, composée de gens capturés à la guerre ou vendus soit pour crimes soit pour insolvabilité, est absolument en dehors de tout droit, et à l'entière discrétion des propriétaires*. Le fait suivant, observé par Burton dans l'Afrique orientale, donne la mesure et de la férocité des maîtres pour les esclaves nouvellement achetés I et de la liberté absolue, que leur laissent à ce sujet les mœurs : c Notre Kirangozi (guide), dit Burton, toujours le même depuis le commencement du voyage, reste en arrière parce qu'une jeune fille, l'un de ses derniers achats, ne peut pas continuer la route en raison d'une plaie à la jambe, et, voyant que le mal est sans remède, il coupe la tète à la pauvre enfant pour qu'un autre n'en profite pas'. » Mais ce f^'lj à nos yeux atroce, est, dans l'Afrique noire, considéré
f '• Du Chaillu, loc, ci/., p. 373. ^- i6id.. p. 504.
y ^ungo-Parli, Uïst. univ, des voyages, t. XXV, p. 41. ♦• Ibid. — Du Chaillu. loc. cit., p. 373 * Voyage aux Grands Lacs, p. 492.
in L'ÉVOLUTION DE LA MORALE.
comme tout à fait insignifiant; il se répète, et souvent sur une large échelle, après les razziaSy les expéditions guerrières. Tout captif, qui ne peut suivre, est impitoyablement égorgé.
La vie de Tesclave de fraîche date ne compte pour rien et il est même des pays, là surtout où le mahométisme n'a pas fait sentir son influence, où Tesclave domestique n'est guère plus respecté. Ainsi, dans l'Achanti, où de longue date on est accoutumé à verser le sang humain, comme de Teau, le meurtre d'un esclave est une action tout à fait insignitiante\ Si l'esclave sacrifié appartient au meurtrier, ce dernier n'est pas plus coupable que s'il avait tué un de ses poulets. Dans le cas contraire, il doit seulement rembourser au propriétaire la valeur de l'animal domestique dont il Ta privé*.
J'ai dit qu'en Afrique l'esclave est une monnaie, il en résulte que la possession de nombreux esclaves est convoitéée comme celle d'une grosse fortune en Europe. Par tous les moyens possibles on se procure le plus possible de cet argent vivant. Ce ne sont, par toute l'Afrique, que perpétuelles razzias, dont le désir de capturer est le mobile. On se rue sur le voisin, on ravit son bétail, on brûle ses cases, puis on s'empare des voisins eux-mêmes et on les vend au premier traitant qui passe'. C'est ordinairement un roitelet nègre qui est l'âme et l'inspirateur de ces expéditions, mais il a d'autres moyens de se procurer de la marchandise humaine, notamment celui de multiplier contre ses sujets les accusations de sortilège et les condamnations*. Dans la mesure de leurs forces, les particuliers imitent leur prince. De concert avec leurs femmes les maris s'arrangent volontiers pour sur-
i. Bowdich, llist, univ. des voyages, t. XXV. p. 41. 4. Bowdich, Afission to Ashanlee (\S\Q)y p. 249.