Ibid., p
prendre Jes voisins en flagrant délit d'adultères Ou bien, d*accord avec les parents de la raère, et en leur accordant une part dans le prix de vente, le père troque son enrant contre des fusils, de la poudre, du tabac, du cuivre, du fer, etc.*.
Cet état de choses, inhérent à Tesclavage de tous les temps primitifs, et que Ton a retrouvé en Tartarie^, a sur la moralité générale la plus dégradante influence. Dans l'Afrique orientale, dit Burton, le nègre ne veut plus travailler luimême. Toute son ambition est de se procurer par des moyens quelconques des esclaves, qui cultiveront, sèmeront, récolleront pour lui et constitueront en outre une valeur échangeable^. Son ambition est de vivre en bourgeois. Plus d'une fois j'aurai à reparler de l'esclavage et à constater que toujours il avilit également celui qui le subit et celui qui l'im* pose. Sans doute il est encore préférable à la tuerie primitive ; tout vaut mieux que Textermination du vaincu ; mais il démoralise peut-être davantage, car son action sur le caractère est incessante.
Dans la liberté de la horde anarchique des âges primitifs, on avait constamment à craindre pour sa vie; force était de se tenir perpétuellement sur la défensive; l'énergie féroce ^it une condition d'existence et elle n'allait pas sans quelque fierté. Quand les tribus s'organisèrent, quand il y eut des chefs despotiques, il fallut s'accoutumer à supporter patiemïDcnt bien des outrages, bien des violences ; pourtant ces hniialités étaient encore intermittentes; souvent, comme il ^veenCafrerie, comme il arrivait en Polynésie, en dehors d« leurs accès de royal caprice, le chef, les nobles vivaient
^' I>émeunier, hc. cit., t. II, p. 121. *• ^^ ChaiUuy Afrique équaloriaUy p. 376. ^' t^meunier, loc, cit., t. 11, p. 116. *• yoyage aux Grands Lacs, p. 674.
t«TouRHEAU. — L'évolution de la morale. ^3
avec leurs sujets presque sur le pied d'égalité. Le dernier des Cafres pouvait s'asseoir auprès du feu à côté de son roi, et même fumer dans la pipe royale ; le loutoîi polynésien couchait souvent sur la même natte que le chef, et parfois partageait avec lui la même femme. On était un sujet et point un animal domestique, vivant perpétuellement sous Tœilde son propriétaire et obligé d'en subir du matin au soir tous les ordres et tous les caprices.
Cette continuité de la soumission sans bornes et sans trêve finit par briser tout ressort moral, par assouplir l'homme à une servilité canine. La plupart des esclaves africains se considèrent comme déliés de toute obligation morale par le seul fait de la servitude, c Les surprenez-vous, dit Burlon, en flagrant délit de quelque scélératesse? Ils vous disent éloquomment : « Ne suis-je pas esclave*? » On ne saurait en ciTot être astreint à des devoirs, quand on est privé de tous les droits. Mais dans l'Afrique moyenne, les esclaves forment les trois quarts ou les quatre cinquièmes de la population; en outre, un régime de servitude pèse même sur la femme non esclave, toujours achetée à ses parents : c Je l'ai achetée, disait un chef cafre en parlant de sa femme; elle doit donc travailler. » Il y a là toute une large zone, que l'on peut à bon droit appeler servile; et l'épithèle convient aussi bien aux maîtres qu'aux esclaves, qui muluellementse démoralisent; les uns prenant Thabilude de tout se permettre, les autres celle de tout supporter.
Ces mœurs, que nous pouvons aujourd'hui encore étudia** de visu, spécialement dans l'Afrique moyenne, sont à pc^ près par toute la terre uniformes à une certaine époque à^ l'évohuion des sociétés. Les historiens latins nous renseigneï^^ à ce sujet relativement aux populations non pas primitives