‹ L'évolution de la morale; leçons professés pendant l'hiver de 1885-1886Chapitre 121 sur 330 · Cowper Rose, Ilist. univ. des voyages, t. XXIX, p · texte numérisé non relu

Cowper Rose, Ilist. univ. des voyages, t. XXIX, p

LA NORALK SAUVAGE. 201

traie, il fallait, en présence d'un cacique Chibcha, se tenir prosterné, la face appliquée sur le sol*. Aux îles Samoa, on ne devait traverser une pièce où se tenait un chef que le corps courbé et la tête basse «. Dans l'archipel Fidji, les hommes du peuple prenaient devant les chefs des attitudes abjectes ; ils se couchaient, s'accroupissaient, tombaient le visage contre terre. « Us appelaient le chef, dit Morenehout, dieu (Kalou)j racine de la guerre {Bonana Valouy. » A Tonga, pour faire sa cour au monarque, on devait d'abord toucher les pieds du maître avec la paume et le revers de la main, puis placer sa têle sous la plante de ces vénérables pieds ♦.

Mais c'est en Afrique qu'il faut aller étudier la servilité dans toute sa splendeur. On retrouve là, sur une vaste échelle et à tous les degrés, l'état d'abjection mentale par lequel ont passé, dans le temps et dans l'espace, toutes les races humaines, parvenues à la phase politique de la monarchie primitive. En Afrique, le cérémonial canin atteint les limites extrêmes de l'extravagance, surtout dans la zone moyenne du continent, où les altitudes, les gestes, la mimique sont préférés aux formules verbales. Des côtes de la Guinée au Zambèze, on se prosterne aussi facilement que nous saluons en Europe. D*ailleurs notre salut n'est que l'abréviation schématique du prosternement d'autrefois. Aux yeux des inférieurs, tous les rois et roitelets de cette vaste ^'égion sont des êtres divins, en présence desquels on ne saurait s'humilier trop profondément. A l'appui des rélïexions par lesquelles j'ai terminé ma dernière leçon, je remarquerai que cette zone de l'Afrique noire est aussi la

'• H. Spencer, l. IH, p. 159.

*• W. Turner, NineUen years in Polynésie, p. 332. ^- Voyage aux ilei, etc., t. II, p. 237. *• Cook, Tfoiiiéme voyage {Uist. univ. des voyages, t. IX, p. 340, 381, 389).

terre promise de Tesclavage; on conslate donc là une étroile connexiie entre la sei^itude proprement dite et la servilité morale.

Je laisserai maintenant parler les faits. Les procédés d'adoration scrvile sont peu variés. Ils consistent, d'une manière {générale, à se prosterner, après s'être plus ou moins dépouillé de ses vêlements, et à se couvrir ensuite de poussière. Les Azanagliuis des environs de l'ile d*Arguin soUicitaienl des grâces, en restant nus, dans la cour de l'habitation royale, le front touchant le sol, la tête et les épaules couvertes de sable*.

Les courtisans d'un roi de Bénin se tenaient, en sa présence, assis par terre, la tête dans les mains, sans oser lever les veux".

Au palais d'Issiny, il fallait se déshabiller d'abord, se couchera plat ventre ensuite, ramper, se remplir la bouche de sable; enfin on pouvait se relever, cracher son sable et faire sa harangue ^

A Loango, ditBatlel, les grands se roulent dans le sable aux pieds du monarque. Regarder le roi est un crime capital; des enfants, entre autres un lils du roi lui-même, furent mis à mort pour avoir par mégarde pris cette licence. Une telle audace était considérée comme ayant quelque chose de sacrilège, h ce point qu'un chien fut assommé pour avoir imprudemment caressé le roi pendant qu'il buvait.

Glapperton rapporte que le roi de Katunga lui ayant accordé une audience, il y rencontra une vingtaine de chers supérieurs faisant leur cour. Le corps nu jusqu'à la ceinture s couchés à plat ventre, ils rivalisaient à qui aurait le plus d«2 poussière sur le corps, à qui baiserait la terre avec le plus d

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