‹ L'évolution de la morale; leçons professés pendant l'hiver de 1885-1886Chapitre 122 sur 330 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

3. Voyagi de Leloyer, ia Démeunier, loc, cit.y 1. 1", p. 356.

ferveur monarchique... Une femme avait pour fonction unique, quand le roi faisait une visite au voyageur, de recueillir respectueusement les crachats du mailre dans une petite gourde*. C'était seulement après s'être traîné vers le roi, quand la face et la poitrine étaient convenablement souillées d'une poussière rougeAtre, qu'il était permis aux courtisans de s'asseoir près du monarque et de se mêler à la conversation*.

Dans le fiondou, le respect monarchique est tel que, pour avoir tué un lion, on encourt un simulacre de punition; car tout lion est un monarque et, en lui ôtant la vie, on offense la majesté royale, si l'on n'est qu'un sujets

Chez les Mombouttous, allumer sa pipe au feu qui bi*ûle devant le roi est un crime de haute trahison immédiatement puni de mort ».

Les ignobles devoirs qu'ils rendent au roi, les nobles les exigent en retour de leurs inférieurs. Cliez les Balondas, les gens du peuple tombent à genoux dans la rue et se frottent de poussière les bras et la poitrine, quand ils rencontrent un supérieurs.

A Kiama, sur le Niger, pour saluer un supérieur, on s'étale à terre tout de son long, mais cette fois sans se saupoudrer de poussière *.

Dans les monarchies nègres d'une certaine importance, la sénilité prend des proportions épiques. Parler de la mort ®D présence du roi de Dahomey était, dit Bosman, un crime ^pital. Défense d'approcher du trône de ce prince à plus de ^Dgt pas. On ne lui parle que par l'intermédiaire d'une

'• Clappcrton, Second voyage^ p. ICI.

^ '^- et J. Lander, Hitt. univ, dei voyages, t XXX, p. 100. ^* Gray et Dochard, Jlist univ, des voyages, t. XXVIII, p. 331. *' ^chweinfurth, The Ileart ofAfrica, p. U6. ^- ^Urlon, Af M*4(m, etc., t. l", p. 259. * ^Upperton, Second voyage, p. 142.

vieille femme, la dakro, qui lui transmet les messages en marchant à quatre pattes et devant Laquelle à leur tour les hommes de rang inférieur prennent des attitudes de quadrupèdes, car la dakro est anoblie par son glorieux emploie

Dans l'Afrique orientale, à la cour du roi de TOuganda, M'tésa, que la relation du capitaine Speke a rendue célèbre, on retrouve à très peu près le même cérémonial canin, que tant de voyageurs ont observé dans l'Afrique centrale el occidentale. On s'y jette à plat ventre devant le roi, on se barbouille la face de boue, on se retourne par de brusques soubresauts, comme un poisson frétillant à sec*.

C'est bien certainement la crainte, qui, dans le principe, a engendré toute cette dégradante servilité des primitives monarchies; mais, en vertu môme des propriétés biologiques essentielles du cerveau humain, ce sentiment de la peur a fini par se modifier; d'autres éléments moraux s'y mêlèrent. En effet, à mesure que se fait l'éducation, on a de moins en moins de peine à s'avilir, on finit même par y trouver un certain plaisir, par en arriver à une sorte de respect reliî,qeux, d'adoration canine pour le maître. Dans nos monarchies historiques, le dévouement à la personne du roi, quel qu'il fût, a souvent poussé à des actes de véritable héroïsme, (jui sont restés célèbres. Ce mode relevé de la servilité n'est pas absolument inconnu dans les monarchies africaines. On nous raconte que Racine, ayant quelque peu perdu les bonnes grâces de Louis XIV, en mourut de chagrin. Un seigneur achanti fit plus; privé de la faveur royale, il se tua - « 11 faudrait être, disait-il, le dernier des misérables, pour supporter la vie après un tel malheur^ 9

Les Guanches des Canaries, cette curieuse race, qui, jus-

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