Dowdicti, Mission lo Aschantee, p
qu'au XVI* siècle, avait conservé Tindustrie de l'âge de la pierre d'Europe, en avait aussi gardé les mœurs, et ce que nous en savons suffit à nous montrer que nos ancêtres préhistoriques directs avaient tout autant de ferveur monarchique que les Nègres de l'Âchanti. A l'avènement de leurs princes, nous dit un vieux voyageur, plusieurs Guanches briguaient la faveur d'être sacrifiés en l'honneur du nouveau roi.
La chose se faisait solennellement. Le monarque donnait une grande fête, pendant laquelle on conduisait au sommet d'une montagne les individus voués, qui de là se jetaient dans un précipice, sur des pointes de rochers*.
b. Tout l'abject cérémonial, toule l'ardeur servile, dont je viens de citer quelques exemples, indiquent assez, qu'en régime sauvage, les chefs sont considérés comme des êtres à la fois redoutables et supérieurs au reste de l'humanité. Leurs privilèges doivent donc être exorbitants dans la société qu'ils dominent : ils le sont en effet.
Dans la plupart des archipels polynésiens, le chef avait le droit de domaine éminent dans toule sa rigueur; les inférieurs ne possédaient que sous son bon plaisir et tout ce qui était à sa convenance lui appartenait sans conteste*. Mais ce n'était pas seulement les biens, c'était aussi la vie des inférieurs, qui étaient à la merci des classes dirigeantes. Cellesci usaient aussi naïvement que brutalciçenl de leurs prérogatives.
Elles avaient une foi robuste dans leur essence supérieure. Comme nous l'avons vu, les aliments de choix étaient au spécial usage des nobles, qui pouvaient môme tuer leurs inférieurs, selon leur bon plaisir, par pur caprice. A Tonga
1. Voyage de Nichols (cité par Démeunior, t. I*% p. 313). ± M. Radiguet, Derniers sauvages, p. 157.
i06 L*ÉVOLUTION DE LÀ MORALE.
Cook assista à l'un de ces meurtres, et le meurtrier n'était pourtant qu'un chef de second ordre : < Il asséna, dit Gook, un coup si vigoureux sur le visage de l'un des insulaires que le sang jaillit par la bouche et par les narines. Le malheureux, qui reçut le coup, tomba sans connaissance; il eut ensuite des convulsions et on l'emporta. Le chef brutal, à qui l'on vint raconter qu'il l'avait tué, ne fit qu'en rire et il ne témoigna pas le moindre regret du meurtre*. >
Des mœurs équivalentes étaient en vigueur dans les archipels mélanésiens les plus civilisés, car il semble bien que le premier soin de l'homme, dès qu'il a réussi à sortir de la sauvagerie absolument animale, est d'organiser la servitude sociale. A la Nouvelle-Calédonie, nous avons vu les chefs avoir sur leurs sujets le plus excessif des droits : celui de les manger. A Viti, où les chefs jouissaient aussi d'un pouvoir absolu, quand ils avaient daigné honorer de leurs bontés amoureuses une de leurs sujettes et quand il leur plaisait ensuite de la renvoyer, celle-ci n'avait plus le droit de se marier à un autre homme ^ Aux îles Sambou, la vénération pour les chefs était si grande que marcher sur leur ombre sacrée était considéré comme un crime capital 3.
Même servilité, chez les peuplades sauvages de toute rare, <lès qu'elles sont organisées en petits groupes ou tribus.
Le grand chef des Natchez était frère du soleil et, à ce titre, avait droit àfi vie et de mort sur ses sujets*. Par le seul fait de sa naissance, son héritier présomptif devenait propriétaire de tous les enfants, en ce moment à la mamelle'. Les insulaires des Antilles accordaient aussi un pouvoir
!. Cook, TroUième voyage {llisl. univ. des voyages^ t. IX, p. 340).