‹ L'évolution de la morale; leçons professés pendant l'hiver de 1885-1886Chapitre 144 sur 330 · II. — LE DÊCALOGUE DES PEUPLES SAUVAGES · texte numérisé non relu

II. — LE DÊCALOGUE DES PEUPLES SAUVAGES

Le mot € décalogue i est impropre. Quoique nombre des populations primitives aient déjà ébauché le système décimal, elles ne l'appliquent pas à l'éthique. Leur conscience publique n'a pas encore codifié leur moi aie, si confuse, et, quand, en groupant les observations, les documents, comme nous essayons de le faire, on lâche de dégager du tableau des mœurs quelques données générales, susceptibles d'èlre formulées en préceptes, on n'arrive pas à beaucoup près à la dizaine.

Le premier commandement, celui qui prime de beaucoup tous les autres et constitue vérital)lement le pivot de Téthique, est celui-ci :

< Tu obéiras au maître en tout et pour tout. »

Toute infraction à celte injonction suprême est vite atteinte par une sanction pénale. Aussi l'éducation servile des petits ne laisse guère à désirer.

Une loi des Lombards va jusqu'à punir la pensée de nuire au maître : c Si guis contra animani régis cogitaverit, animœ $uœ incurrat periailumK »

Second commandement :

«Tu ne déroberas point le bien du voisin, ni sa femme. »

Chez la plupart des peuples sauvages, le vol des ustensiles ou armes, des animaux domest-ques, des esclaves, des femmes, des provisions, est considéré comme le plus grand des crimes, après la désobéissance ou le manque de respect à Tautorité supérieure. De bonne heure donc il a dû se for-

Page 1