‹ L'évolution de la morale; leçons professés pendant l'hiver de 1885-1886Chapitre 158 sur 330 · II. — DE LA MORALE DANS L'ANCIEN PÉROU · texte numérisé non relu

II. — DE LA MORALE DANS L'ANCIEN PÉROU

Comme la civilisation mexicaine, celle de l'ancien Pérou était grossière par plus d'un côté; pourtant elle était bien supérieure à la première. L'horrible cannibalisme religieux, qui marquait d'une empreinte si sauvage la vie sociale du Mexique, avait totalement disparu au Pérou. Bien plus, le gouvernement des Incas était à sa manière humanitaire.

C'était un despotisme absolu mais animé des meilleures intentions ; son objet, son principal souci, était de prévoir pour la communauté, de subvenir à ses besoins, de régler la conduite des individus et en même temps de faire de perpétuelles croisades, de reculer les limites de l'empire et de contraindre les sauvages populations d'alentour à s'y incorporer, en adoptant sa religion et ses lois.

Au Pérou, plus encore qu'au Mexique, la religion s'était fondue avec le pouvoir civil. L'Inca était réputé fils du plus grand des dieux, du Soleil. Ses ordres étaient des décrets

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d'en haut; se révolter contre eux était plus qu'un crime; c'était un sacrilège, aussi le blasphème contre le père et le fils, le Soleil ou Tlnca, était-il puni de mort.

Comme la plupart des codes barbares, le code pénal péruvien était peu chargé d'articles et la peine capitale y était prodiguée, ce qui suffirait à indiquer qu'on était assez récemment sorti de la sauvagerie. Mort au voleur, à Thomicide, à rincendiaire d'un pont, d'une maison, à quiconque détournait sur son champ l'eau destinée à irriguer le champ du voisin *, à l'adultère. Si ce dernier crime était commis avec une des nombreuses femmes de rinca,la faute prenait naturellement d'énormes proportions : les deux coupables étaient alors brûlés vif; leurs proches parents étaient mis à mort; leur bétail détruit; leur lieu de naissance était dévasté, on y coupait les arbres, on y démolissait les maisons •.

De môme toute rébellion étant un sacrilège, les villes révoltées étaient rasées ou brûlées, les provinces changées en déserta La férocité des hommes s'accroît toujours, quand ils croient agir au nom de dieu ou des dieux.

Les Incas avaient une véritable horreur des amoui^ contre nature ; Tun d'eux, Capac-Yupangui condamna les sodomisles au feu et ordonna même de brûler toute ville, dont un des habitants, un seul, se serait rendu coupable de ce crime '.

Un autre Inca, Pachaculac, décréta le travail obligatoire, condamna les fainéants à la potence, décida que, dès l'âge de sept ans, les enfants auraient une occupation*. En revanche, il fit rendre une sévère justice et prononça la peine capitale contre les juges prévaricateurs.

1. Prescott, Conquête du Pérou, t. I«r, p. 59. — A. de Zarale, Hist. delà découverte et de la conquête du Pérou, t. !•% p. 136.

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