‹ L'évolution de la morale; leçons professés pendant l'hiver de 1885-1886Chapitre 168 sur 330 · Maspéro, loccil., p. U · texte numérisé non relu

Maspéro, loccil., p. U

S. Lopsius, Denkm, t. II, p. iii (eité par G. Maspéro, loe, cit., p. i^t).

i«^ L*£VOLUTION DE Là MORALE.

un bien qui doit être digne de son possesseur. Ne sois pas brutal*. * On sait, d'autre part, que l'intempérance et Tivro- ^nerie figuraient parmi les quarante-deux péchés capitaux des Égyptiens; ils avaient donc un assez vif souci de la dignité morale.

Ailleurs éclate une certaine compassion pour les artisans surmenés et c'est là un sentiment tout à fait nouveau : c J*ai vu le forgeron à la gueule du four. — Ses doigts sont rugueux comme des objets en peau de crocodile; il est plus puant qu'un œuf de poisson, t Puis vient le maçon : c Ses deux bras s'usent au travail ; — ses vêtements sont en désordre; —il se ronge lui-mcme; — ses doigts lui sont du pain; — ... 11 se fait liumble pour plaire. »

€ Le tisserand, dans l'intérieur des maisons, est plus malheureux qu'une femme. — Ses genoux sont à 4a hauteur di» son cœur; il ne goûte pas l'air hbre. — Si un seul jouril manque à fabriquer la quantité d'élofle réglementaire, il est lié, comme le lotus des marais. — C'est seulement en gagnant par des dons de pains les gardiens des portes, qu'il parvient à voir la lumière. »

« Le teinturier, ses doigts puent l'odeur des poissons pourris ; — ses deux yeux sont battus de fatigue; — sa main ne s'arrête pas. — 11 passe son temps à couper des haillons; — c'est son horreur que les vêtements. — Le cordonnier est très malheureux; il mendie éternellement; — sa santé est celle d'un poisson crevé; il ronge le cuir*. »

Ces tableaux succincts, mais si colorés, nous donnent évidemment l'idée d'un travail servile, obligatoire. C'est, en effet, le régime auquel est soumis le travailleur dans toutes les monarchies barbares. Néanmoins, quoique despo-

1. Papyrus Prissey Maspéro, loc. cit., p. 87. i, Maspéro, Du genre épistolaire, p. 5(), 52.

ique par essence, car à ce moment de l'évolution sociale *hoinme n'a pas encore l'idée de la liberté individuelle, le monarque égyptien avait pourtant des visées humanitaires. I Point d'affamé sous moi, dit Amenemhal; point d'altéré >ous moi , ! >

Le même empereur, devenu vieux, recommande à son fils d'être bon prince: « Ne t'isole pas au milieu de tes sujets... Se fais pas ton frère du riche et du noble ". »

Sans doute le rôle principal du monarque égyptien est toujours de guerroyer et de guerroyer victorieusement avec le secours d'en haut; il est le bras d'Ammon: c Je suis venu (Ammon); je t'accorde d'écraser les princes de Tsabi... Je t'accorde d'écraser les barbares d'Asie *\ » Néanmoins les rois d'Egypte ne sont plus des brutes sanguinaires, comme Fêtaient les despotes d'Assyrie, qui se faisaient un jeu d'incendier et de raser les villes, d'empaler et d'écorcher les rebelles, de couper les poignets aux prisonniers, etc. Écoutons Tun de ces tigres couronnés : « J'en tuai un sur deux... Je construisis un mur devant les grandes portes de la ville ; je fis êcorcher les chefs de la révolte et jerecouvris le mur avec leur peau. Quelques-uns furent murés vifs dans la maçonnerie, quelques autres crucifiés ou empalés, le long du

mur*. »

Le niveau moral de l'ancienne Egypte élait évidemment supérieur à celui d'un pays où le roi pouvait se glorifier de ces actes de bêle fauve en délire. A vrai dire, l'Egypte a réalisé l'idéal de la monarchie barbare et théocratique. On y était dur, mais avec bonté, parce qu'il faut bien conduire les hommes, parce que le roi et les prêtres ont des lumières spé-

1. Papyrus Lallier, cite par G. Maspéro, hc. cit., p. 10:2. â. Maspéro, /oc cit. y p. 103.

3. Marietle, Revue générale d* architecture, 1860 (cité par G. Maspéro).

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