Lettres sur les animaux, p
le sonl dans les lieux où on ne leur tend point de pièges. »
De même Darwin raconte qu'aux îles désertes de Galapagos les animaux n'avaient de Thomme aucune crainte ; les oiseaux se perchaient volontiers sur les fusils, etc.
L'éducation imposée par l'homme à une suffisante série de générations doit produire et produit en effet exactement les mêmes phénomènes : « Si Ton met à couver, dit le D' Rae, sous la même couveuse, des œufs de canards domestiques et des œufs de canards sauvages, les canetons sortis des seconds s'efforcent, dès le jour même de leur naissance, de se oacher, de gagner l'eau, s'il y a une mare, quand on essaie de les approcher; au contraire les petits, sortis des œufs de canards domestiques, manifesteront dans les mêmes circonstances peu ou point de frayeur *. >
Bien plus, nos canards domestiques ont à peu près perdu rinstinct du vol. Ceux de Ceylan sont plus modifiés encore au point de vue de l'instinct : ils ont oublié jusqu'à l'instinct aquatique et n'entrent plus dans l'eau, à moins qu'on ne les y force *.
C'est que cette mémoire héréditaire, qu'on appelle instinct, se décolore et finit par s'évanouir quand l'exercice ne l'entretient pas. Rien de plus naturel, puisqu'elle était née de la répétition soutenue des mêmes actes. Mais, pour l'étude de la genèse de la morale, ces faits sont singulièrement importants. J'en citerai encore quelques-uns : les bases ne sauraient cire trop solides.
Dans certaines parties de l'Allemagne, où les veaux ont été, pendant des centaines de générations, enlevés à leurs mères après leur naissance, on observe chez la vache un très notable affaiblissement de l'instinct maternel, qui, pour-
I. noinancs, Évolution mentale che* les animaux, p. 101. 1 Ibid., lac. cit.j p. 185.
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lant, chez les vertébrés supérieurs et chez Thomme, est le plus puissant des instincts *. De même, en Chine et en Polynésie, où le chien était élevé spécialement comme animal comestible, ravalé à n'être plus qu'un animal de boucherie, nourri d'ordinaire avec des végétaux, il avait totalement perdu l'antique instinct Carnivore de l'espèce *.
De même, si l'on prend la peine de domestiquer les lapins de garenne, ils finissent, après quelques générations, par ne plus songer à creuser des terriers ^.
Un très petit nombre de générations suffisent quelquefois à opérer ces métamorphoses. Ainsi une poule, à qui l'on avait fait couver, trois fois de suite, des œufs de canard, poussait consciencieusement, dans l'eau d'un ruisseau, de véritables poussins qu'on lui avait enfin permis d'élever : tant ses instincts étaient bouleversés *.
L'éducation artificielle, l'intervention de l'homme suffisent donc à perturber, chez certains animaux, les instincts les mieux fixés ; bien plus, il en peut résulter l'éclosion de tendances nouvelles, comme le prouvent nombre de faits d'observation. — Une panthère apprivoisée, toujours bien traitée, et à laquelle on avait eu soin de ne jamais donner d'animaux vivants à dévorer, rentrait poliment ses redoutables griffes en présentant la patte : elle faisait patte de velours, comme un chat".
L'aboiement de nos chiens domestiques semble bien être une sorte de langage acquis, grâce à la longue et intime cohabitation, au commerce d'amitié avec l'homme. En effet, les chiens sauvages n'aboient pas; les chiens des Peaux-