‹ L'évolution de la morale; leçons professés pendant l'hiver de 1885-1886Chapitre 245 sur 330 · Elévations sur les mystères · texte numérisé non relu

Elévations sur les mystères

d*alors. Pour un chevalier, une union spirituelle avec une noble et vertueuse dame était de rigueur. De là naquit toute une littérature, pleine de divagations amoureuses : c L'amour, dit le troubadour Raimbaud, améliore les meilleurs et peut donner de la valeur aux plus mauvais ^ > Dans la morale du moyen âge, celle de. l'aristocratie, l'amour quintessencié était le grand mobile; il y jouait un rôle analogue à celui du patriotisme dans l'éthique des anciens. Mais les fabliaux, les légendes, les romans, les chroniqueurs, nous disent fort crûment où en était pratiquement la moralité sexuelle durant les siècles de chevalerie. Enfin l'effrayante rapidité avec laquelle la syphilis se propagea en Europe est plus éloquente encore sur ce point que la littérature : c'est un certificat de mauvaise vie et mœurs.

L'institution de la chevalerie eut cependant de bons côtés ; elle excitait au courage, au sacrifice, à l'héroïsme; elle a sûrement contribué à atténuer la grossièreté des mœurs; mais c'était une morale de caste.

Les torts que le chevalier jurait de redresser étaient ceux des nobles : < Soutenir le bon droit des plus faibles, disait le serment du chevalier, comme veuves, orphelins et des damoiselles en bonne querelle en s'exposant pour eux selon que la nécessité le requerrait, pourvu que ce ne fut contre leur honneur propre ou contre leur roi ou prince naturel*. »

m. — LES CLASSES SERVILES

La sujétion des classes serviles était bien autrement grande

1. E. Baret, De VAmadis des Gaules, etc., p. il. -2. Ibid., p. 205.

encore que celle de la femme : ce n'était pas pour elles que la chevalerie avait été inventée.

En Europe, comme ailleurs, Tesclavage remonte à une haute antiquité; et, comme partout aussi, en Gaule et chez les Germains, les prisonniers de guerre, les criminels, les débitants insolvables, etc., alimentaient la classe servile. Comme partout encore, ces esclaves étaient considérés comme des choses; on les pouvait vendre, estropier, tuer, à volonté. Les colons étaient, dans le principe, les membres les plus pauvres des anciens clans ; ils devinrent serfs^ quand les Uomains reconnurent aux chefs la qualité de propriétaires du territoire jadis commun. Le colonavait action en justice, pouvait se marier, être enrôlé; on ne devait pas le séparer de s:\ femme et de ses enfants, mais il était attaché à la glèbe et on l'y ramenait de force, s'il s'enfuyait * : c'était un esclave immeuble. Anastase et Justinien étendirent le servage à tout Tempire romain, en décrétant que les colons, autres que les esclaves, qui auraient cultivé une terre pendant trente ans sous le nom à'ascripticeSy y seraient attachés à perpétuité, eux et leur postérité, mais continueraient à être libres*. Avec le temps, la différence entre esclaves et serfs finit par devenir faible. Ainsi, en 1086, quand Guillaume le Conquérant fit dresser un état des terres d'Angleterre, on fit figurer, dans le dénombrement, les serfs de chaque fief à côté des pourceaux, des bœufs et des brebis ^

En théorie pourtant, le serf pouvait rompre les liens qui rattachaient à la terre, en en faisant abandon après un an et un jour; mais il était dès lors vagabond, « sans aveu », soumis à des lois extrêmement rigoureuses.

Le clergé, non seulement tolérait l'esclavage, mais en

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