‹ L'évolution de la morale; leçons professés pendant l'hiver de 1885-1886Chapitre 27 sur 330 · Lucas, Hérédité, t. I(, p · texte numérisé non relu

Lucas, Hérédité, t. I(, p

étudier Tarrêt du chien et les moyens usités pour dresser des chiens d'arrêt.

Écoutons un spécialiste : « Surtout chez les bêtes de grande race, l'arrêt est une action mécanique, une force instinctive, qui cloue en place le chien, que vient de frapper le sentiment du gibier*. > Or, ce fait de l'arrêt, et de l'arrêt silencieux, est extrêmement curieux. C'est le renversement complet des habitudes normales du chien, qui, s'il n'est dressé, fond toujours en donnant de la voix sur le gibier qu'il rencontre.

Il vaut la peine de nous arrêter un moment sur les procédés de dressage, qui produisent chez le chien de si extraordinaires résultats. Car, ne l'oublions jamais, l'homme est, comme le chien, un mammifère, et, quant aux propriétés fondamentales, ses cellules cérébrales fonctionnent identiquement comme celles des autres espèces mammifères.

Or, les procédés de dressage du chien sont des plus simples. Ils consistent à punir et récompenser à propos, à créer dans la mémoire de l'animal une association automatique entre les actes que l'on veut encourager, et certaines impressions agréables, et inversement.

Au dire de tous les éleveurs, il faut d'abord créer le penchant à l'obéissance, aussi absolue que possible; il faut arriver à former des enchaînements mécaniques de détentes nerveuses, si étroitement associées qu'un mot, un geste convenus évoque tout une série d'idées et d'actes. Les dresseurs et les chasseurs ont ainsi un petit vocabulaire de paroles fatidiques; par exemple, pour le chien d'arrêt : « Tout beau, couche, rapporte, etc. > Ce sont des formules sacrées, toutes-puissantes sur l'animal.

Chez les natures canines indisciplinées, on a besoin pour

i. Rellecroix, Dressage du chien d'arrêt, p. 105.

obtenir un résultat plus ou moins parfait, d'un long et sévère dressage. Il faut alors recourir à une éducation tantôt répressive, tantôt attractive, aux coups et au collier de force, au xcaresses et aux bons morceaux.

Mais après une suffisante série de générations bien dressées, tout change; le penchant artificiel s'est organisé; il est devenu inné et héréditaire. Alors le jeune chien, dit de grande race, tombe en arrêt spontanément; il le peut faire tout jeune, dès l'âge de six mois. La vue d'une perdrix met en émoi tout son être : c II ne bouge [plus; les yeux grands ouverts, fixés devant lui, les oreilles projetées en avant, le front ridé; il semble médusé; l'émotion fait battre son tianc, etc^ » Ses instincts primitifs sont tellement métamorphosés qu'au moment où la perdrix part, non seulement il ne se précipite pas à sa suite, mais il fait souvent un mouvement de recul '. Il y a des chiens d'arrêt si sûrs, en qui est si solidement ancré le sentiment du devoir qu'ils tiennent l'arrêt indéfiniment, restant sourds aux sifflets, aux rappels, même aux coups de fusil; il les faut aller chercher'.

Une transformation morale tout à fait analogue s'est accomplie chez les chiens de berger. Elle résulte de l'emploi suffisamment soutenu de procédés du même genre. Les formules sacrées, seules, varient. Ce sont d'ordinaire : c Aboie, côtoie, arrête, etc. »

Une fois incarnés, les penchants, inculqué* par le dressage au chien de berger, deviennent aussi héréditaires, et cela, quelle que soit la race de l'animal, car tous les chiens peuvent devenir chiens de berger *. On n'a plus besoin alors^

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