Morale universelle, t. I*% ch. i
Letoorreàu. — L*évolution de la morale. ^^
iâO L'ÉVOLCTK» DB LA MORALE.
bonne ou mau^-aise, digne ou indigne, qu'elle mérite Tapprobation ou le blâme, en proportion de sa tendance à accroître ou à diminuer la somme du bonheur public^ i. c Si Tascétisme chagrin, dit-il encore, proclame que le mal est le vrai bien, le déontologiste réplique simplement que, pour lui, le mal est le mal '. >
Les moralistes du xvin* siècle s'élaient bornés à proclamer que la morale doit être utilitaire. Ils n'avaient point songé à révolution et ne s'étaient point enquis de la genèse et du devenir de l'éthique. Sans s*y appesantir sufGsamment, Bentham y pense cependant : t Les vertus et les vices, dit-il, sont des habitudes volontaires'. » Ce ne sont pas toujours, il s*en faut, des habitudes volontaires, mais ce sont souvent des habitudes héréditaires.
Cette évolution historique de la morale, que nous avons suivie longuement dans le temps et dans l'espace, Benlham en a idée, mais une idée générale, a priori^ qu'il n'essaye point de baser sur les faits d'observation : c La première
époque, dit-il, est celle de la force La violence est la loi;
violent est le législateur Le second règne est le règne de
la fraude. La force appartient aux temps d'ignorance; la fraude à une demi-civilisation. >
€ Enfin arrive le règne de la justice, le règne de Futilité *. » A bon droit, il n'hésite pas, comme l'avaient fait avant lui Epicure et Aristote, à identifier la justice et l'utilité sociale.
Bentham approche de la vérité, mais il n'en saisit qu'une partie : une base suffisante lui fait encore défaut. Cette base nécessaire dépendait d'importants progrès scientifiques et philosophiques, qui sont d'hier. II fallait connaître la pré-