‹ L'évolution de la morale; leçons professés pendant l'hiver de 1885-1886Chapitre 54 sur 330 · I. Ui$t. universelle des voy.j t. XLIII, p · texte numérisé non relu

I. Ui$t. universelle des voy.j t. XLIII, p

Mais, si grand que puisse être le chagrin de la mère, il s'apaise quand on lui offre sa part légale, la tôle de Tenfant, qu elle se met à manger, tout en continuant à sangloter* >. A première vue, celte assertion d'Oldfield semble invraisemblable. Elle étonne moins quand on connaît la psychologie de rAuslralien, qui est un type fort curieux au point de vue de Torigine et de la formation du sens moral. L'Australien est en effet susceptible, comme nous le verrons, de garder de tenaces empreintes mentales, guère plus raisonnées que celles de nos animaux domestiques, et auxquelles il obéit, comme eux, automatiquement.

Dans tous les cas, TAustralien mange sûrement très volontiers ses enfants. Sturt confirme à ce sujet les dires d*Oidfield. li nous raconte, en effet, qu'un Australien brisa sur une pierre la tète de son enfant malade, puis le dévora après l'avoir fait rôtir*.

Des mœurs analogues, plus brutalement accentuées encore, régnaient ou régnent toujours dans les archipels mélanésiens. A Viti, le meurtre et le cannibalisme étaient choses non seulement absolument simples, mais même parfaitement honorables. On était d'autant plus estimé qu'on s'était plus souvent couvert de sang et gorgé de viande humaine. Un chef de Raki-Raki, le grand Ra-Undre-Undre, se glorifiait d'avoir mringé neuf cents personnes, à lui tout seul, et sans avoir permis à qui que ce fût d'en prendre sa part.

Un Yitien, nommé Loti, qui plus tard devint, paratt-il, un excellent chrétien, fit cuire sa femme sur un feu qu'il lui avait fait préparer et allumer elle-même ; puis il la dépeça cl la mangea : tout cela sans haine ni colère, uniquement

1 . Journal of Iwo Expéditions ofDitcovery in Atutralia and New-Iealwit p. 286.

S. Hist. univ, des Voy, (Voy. yol. XLUI, p. 362).

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iir acquérir de la notoriété, pour sortir du commune tmour de la gloire, si habituellement et si emphatiquemt vanté en Europe par les panégyristes des héros, est, dit itchardy fort développé chez lesYitiens, et c'estaux grands îurtriers, aux grands cannibales, que s'attache la renomie. Nulle part ailleurs, ladéviation de ce que nous nommons sens moral > ou plutôt Tabsence complète des idées moles, innées et nécessaires selon nos métaphysiciens, ne Qt aussi frappantes.

Mais il importe de remarquer qu'il ne s'agit pas ici d'une ce stupide et engourdie. Les Yitiens ne le cédaient pas en telligence aux Polynésiens, avec lesquels d'ailleurs ils étaient largement croisés. Or, chez eux, une extrême dé- •nsidération s'attachait à quiconque n'avait jamais tué et ange d'ennemi. On encourait même alors une punition déadante ; on était condamné à battre la boue avec le cassete déshonoré, dont on n'avait pas su se servir '. Mais tout était pas flni pour cela. Après la justice humaine venait la stice divine. Dans la vie future des Yitiens, des dieux loux, grands amateurs de sang, attendaient les ombres !S mortels et leur demandaient sévèrement combien [lommes elles avaient massacrés et dévorés durant leur ssage sur la terre.

Or, à Yiti, comme à la Nouvelle-Zélande, où nous allons st à l'heure l'étudier, et où d'ailleurs les Mélanésiens mblent bien avoir précédé les Polynésiens, le cannibalisme lit absolument animal. C'était sur le champ de bataille (me, à la manière des fauves, que l'on dépeçait et dévorait nnemi blessé ou prisonnier.

Ceux des vaincus, qui n'étaient pas consommés sur-le-

. W.-T. Pritchard, Polynesian réminiscences, etc., p. 371. . Wâke, Evolution of MoraUty^ t. I*, p. 323

champ, étaient simplement tenus en réserve pour de futurs festins. Pour cela on les engraissait; puis on les tuait et mangeait, au fur et à mesure des besoins. A Viti la chair humaine était fort estimée. Certains gourmets la laissaient faisander. Dans la langue du pays, elle s'appelait viande de « long porc », et il était de règle qu'un plat de viande humaine figurât dans tous les festins de gala. C'était l'aliment idéal, et, pour vanter l'exellence d'un mets, on disait : c II est tendre comme de l'homme mort. »

Mœurs analogues, un peu moins raffinées, car la race est moins intelligente, à la Nouvelle-Calédonie. Le désir de manger de la chair humaine était le motif le plus ordinaire des guerres de tribu à tribu, e; Il y a longtemps, disaient parfois les chefs, que nous n'avons mangé de la viande: allons en chercher*. » Parfois, nous dit M. de Rochas, avant de se mettre en campagne, on chantait une sorte de poésie anthropophagique, un dialogue alterné entre le chef et les guerriers : « Attaquons-nous les ennemis? — Oui. — Sontils forts? — Non. — Sont-ils braves? — Non, — Nous les tuerons? — Oui. — Nous les mangerons? — Oui. > I^ combat cessait dès qu'on avait tué quelques hommes. Le dépècement des cadavres était une joyeuse et glorieuse cérémonie. On y préludait par une danse, pendant laquelle un des danseurs tenait une pique d'une main, et, de l'autre, un instrument spécial, servant à débiter les corps». Les chefs s'adjugeaient après la victoire la part du lion et prélevaient même certains morceaux, destinés à être envoyés, à titre de présents, à des allies douteux ^

Le cannibalisme guerrier ne régnait pas seul à la Nouvelle-Calédonie. On y pratiquait aussi le cannibalisme do-

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