tluWer, Ethnographie, p
5. Polynesian Researches, t. I", p. 33i-340. 0. Giraud-Tculon, Orig. de la Famille ^ p. 129.
Trérie des Aréoïs, à la fois lubrique, mystique et aristocratique (je la décrirai plus tard), faisait à chacun de ses membres un devoir de Tinfanticide. Toute femme, qui y manquait, était flétrie du nom de < faiseuse d'enfants » et chassée de la société. Une seule exception était faite pour le premier-né masculin des chefs. Mais même parmi les Aréoïs l'instinct maternel protestait. Conformément à la coutume générale, le nouveau-né devait être immolé au moment même de sa naissance, en quelque sorte avant que la mère Teût vu. S'il respirait seulement pendant une demi-heure, il était sauvé*. Dans la conscience polynésienne, il y avait évidemment lutte entre le puissant instinct maternel et le désir raisonné de se débarrasser d'un fardeau incommode. En effet, tous les observateurs s'accordent à reconnaître que les enfants épargnés étaient choyés, soignés avec tendresse, non seulement pai* les mères, mais même par les hommes *; on n'ose pas dire par les pères.
Nous retrouverons l'infanticide, durant les phases supérieures de l'évolution morale; mais il ne s'étalera plus au grand jour, comme il le fait dans les sociétés primitives, alors que la morale restrictive existe à peine, alors surtout que € le droit du père de famille », que nous entendons encore fréquemment invoquer, est sans limites. Durant ce stade primitif des sociétés, l'enfant est la propriété absolue de ses parents; ils en peuvent user et abuser. La communauté n'a pas encore compris que la protection de l'enfance est un de ses grands devoirs.
Si l'éthique bestiale ne songe pas à condamner l'infan- Ucide, il va de soi qu'elle est, si possible, plus indulgente
i. Moerenhout, Voyage aux iles du grand Océan, l. I*', 484-503. — Jbid,, t II, p. 260.
2. Cook. Tromème voyage, Hisl, gén, des voyages, t. X, p. 3U. — Marchand, Ibid., t. XV, p. 423.
encore pour les mesures préventives, pour la destruction des enfants avant leur naissance. Cette destruction s'effectue sur une très large échelle dans toutes les races primitives, chez les Peaux-Uouges des bords de la baie d'Hudson aussi bien que chez les Indiens du bassin de TOrénoque; en Tasmanie, en Australie, à la Nouvelle-Calédonie, à Viti de même qu'en Polynésie. Elle était, selon Pritchard, systématique à Viti, à Samoa, à Tonga.
Les procédés usités sont divers suivant les races et suivant leur degré d'intelligence, mais je n'ai pas à les décrire ici. Les Tasmaniens, les Australiens, si peu développés encore, prévenaient déjà de cette manière tout excédent de population. Les moyens auxquels ils avaient recours étaient, comme eux-mêmes, simples et brutaux; ils consistaient en coups redoublés portés par une vieille femme complaisante sur Tabdomen des patientes *.
Les raisons qui poussent Thomme à détruire les enfants avant leur naissance sont évidemment cc^lles qui motivent rinfanticide. Mais il y a lieu de remarquer que les pratiques aborlivcs ont été blâmées par l'opinion, flétries parla morale et réprimées par les lois bien plus tardivement que l'infanticide. A ma connaissance, le code sacré des anciens Persans, le Zend-Avesta, contient les premières, les plus anciennes prescriptions légales à ce sujet*. Aujourd'hui encore, sur ce point de morale, quantité d'Européennes, même des plus cultivées, ne sont pas plus développées que la Tasmanienne pithccomorphe. Il n'est pas de médecin, qui, assez fréquemm<înt, n'ait eu à s'étonner de la candeur avec laquelle on a réclamé de lui uneinterventionquela morale et la législation modernes s'entendent pour condamner.