‹ L'évolution de la morale; leçons professés pendant l'hiver de 1885-1886Chapitre 85 sur 330 · II. — DE LA MORALITÉ SEXUELLE · texte numérisé non relu

II. — DE LA MORALITÉ SEXUELLE

( l'homme comme chez l'animal, la fonction génésique mordiale. Avec plus ou moins de conscience ou d'inence, elle existe nécessairement depuis l'origine des rganisés. Tout d'abord, nous le savons, les organismes 3rs se sont multipliés inconsciemment par division 5, puis par bourgeonnement. Enfin, par suite des incesprogrès de la spécialisation physiologique, les sexes it dédoublés et des appareils spéciaux ont été affectés

aux importai! les fonctions de la reproduction. Celles-ci procèdent, chez la plupart des animaux, par des explosions intermittentes que Ton a appelées rut.

Chez les vertébrés supérieurs et chez Thomme, l'instinct, le besoin génésiques sont donc aussi profondément que possible implantés dans les centres nerveux. En leur cédant, rindividu obéit à des tendances héréditaires, accumulées depuis rinfiniment lointaine époque où sont nés, par génération spontanée, les inonères primitives. Ce penchant tyrannique s'est formé comme les besoins nutritifs, et, pas plus pour lui que pour eux, il n'est besoin de prêter des intentions à la nature, de l'accuser de ruse, t depiperie i, comme disait Montaigne, ayant pour objet la perpétuation des espèces.

Chez les animaux, l'époque du rut est fugitive et l'accès n'en est que plus violent : c'est une frénésie souvent irrépressible. Ainsi Spallanzani a pu amputer la cuisse à des grenouilles et crapauds mâles sans réussir à leur faire interrompre leur accouplement.

Chez l'homme, surtout chez l'homme quelque peu civilisé et habile à s'abriter plus ou moins contre les atteintes du milieu extérieur, le rut cesse d'être intermittent, il est seulement soumis à des variations saisonnières; mais c'est toujours une fonction des plus tyranniques. Nous avons à rechercher comment cette despotique fonction a été envisagée et réglée dans les agglomérations humaines primitives.

Les abeilles ot les fourmis ont absolument soumis la reproduction à la raison d'utilité sociale, sans se soucier aucunement des individus. Mais rien de pareil ne s'observe ni dans les hordes mammifères, ni dans celles de l'humanité sauvage encore. Là ce n'est plus l'intérêt général, c'est le caprice individuel qui gouverne : constatons tout d'abord que, pas plus que l'animal, pas plus que le singe, Thomme

mitif n'altache la moindre idée de honte ni à la nudité, à la satisfaction des besoins génésiques. Par leur brutalité même, ces mœurs primitives sont incessantes. Dans le sein de la horde australienne, comme irrive d'ailleurs dans la plupart des sociétés sauvages, la nme ou la fille libres, c'est-à-dire n*ayant pas de propriéire, dispose de leur personne comme elles l'entendent, sans que personne songe à s'en formaliser. En Australie, s jeunes garçons, à peine pubères, les filles depuis l'âge de 1 ans environ, cohabitent ensemble avec une entière Inerte. On va même jusqu'à célébrer certaines fêtes spéciales indant lesquelles ce que nous appelerions la débauche des unes gens peut se donner pleinement carrière. C'est qu'on 'attache aux unions sexuelles en elles-mêmes aucune idée de al, à ce point que les parents s'unissent souvent aux enfants, que la nuit, les jeunes filles doivent aller trouver les hôtes icueillis parla tribu, etc*. La même précocité de ce qui, )ur nous, serait plus que du liberrtinage, s'observe à la ouvelle-Calédonie', aux lies Andaman^ et sans doute dans lute la Mélanésie.

La femme appartient-elle à un homme? Alors une certaine îtenue est imposée, mais nullement en vue de considéraons morales, c'est uniquement à cause des droits du propriélire. 11 semble même, comme j'aurai occasion de le remaruer plus tard, que ce soit en disposant de la femme comme une chose, avec le droit d'en user et d'en abuser, que homme ait acquis le goût de la propriété individuelle. Le ouci de ce que nous appelons la pureté des mœurs est si '^u la cause de la réserve imposée et brutalement imposée ^ la Temme, littéralement possédée, que le mari australien

*• Eyre, DiBCOveries, t. II, p. 320.

- ^ Rochas, Nouvelle-Calédonie y p. 235.

^^ ^''inud-Teulon, Origine de la famillty p. 68.

proie souvent sa femme à ses amis ou môme la loue comme bon lui semble ; c'est son bien, il en peut donc disposer à son f^ré^ EnTasmanie, la prostitution des femmes aux Européens était même fort approuvée et, pour une femme, avoir un enfant d'un homme blanc était un honneur*. 11 va sans dire que, tout en punissant sévèrement la femme coupable d'inlidélité non autorisée, le propriétaire se réservait pour luimême une liberté sans limites ^.

La manière dont la femme mélanésienne passait et passe encore à Télat de chose possédée, d'animal domestique à la merci du maitre, est aussi fort instructive. Cela se faisait toujours par un rapt aussi animal que possible dans la forme, et il faut avoir Tesprit incurablement hanté par nos idées européennes pour décorer cet attentat du nom de mariage.

Les Australiens sont exogames, c'est-à-dire qu'ils doivent se procurer, en dehors de leur horde, une ou plusieurs esclaves à tout faire. Les hommes de chaque petit groupe ethnique enlèvent donc constamment les femmes des groupes voisins. L'homme en quête d'une femme s'embusque de son mieux, se précipite, comme un animal, sur la première femme qu'il a la chance de rencontrer isolée, l'étourdit au besoin par un coup de son douaky la traîne par les cheveux dans les fourrés, la viole, si bon lui semble; puis il attend qu'elle soit revenue à elle et alors l'oblige à 1^ suivre parmi les siens. Dès lors la femme lui apparlieaii mais d'habitude il entre ensuite en composition avec l* tribu volée, suivant un cérémonial arrêté par la coutume *• Ces rapts se pardonnent sans peine : ils sont réciproque^*

Dans toute la Mélanésie, d'ailleurs, c'est toujours dans 1^*

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