Boiiwick, Daily Lifôy etc., p. 7â
4. UMncld, Tram. Eihnol, Soc. y t. III, p. 330. — Bonwick, loe. eU.
LA MORALE BESTIALB. f39
)ois, dans les fourrés et le jour, qu'ont lieu les rapprochenenls sexuels. A la Nouvelle-Calédonie, les femmes passent la nuit dans des huttes distinctes, séparées de celles des liorames, et où ceux-ci ne pénètrent pas. Le mode même de ces unions est curieux et achève de leur donner un cachet d'animalité. Dans toute la Mélanésie, elles s'effectuent d'une manière, que je serais fort embarrassé de décrire, si les théologiens ne me fournissaient une locution latine, juste et relativement décente, more canino, comme ils disent dans leurs Duvrages de Theologia moralis *■ .
Ces curieuses mœurs ne sont pas évidemment un calque intentionnel de celles des bètes ; ce sont ces mœurs bestiales slles-mêmes, conservées depuis l'époque où les ancêtres srraient encore dans les forêts, absolument comme les autres inimaux.
Si de la Mélanésie nous passons en Polynésie, nous y Iroaverons des mœurs sexuelles moins strictement identiques à celles des bètes, mais toujours extrêmement libres. Ce n'est pas du dérèglement, c'est une absence à peu près complète de règlement. Les voyageurs du siècle dernier ont essayé de poétiser ces grossières coutumes ; à leur suite Diderot, dans son Supplément au voyage de Bouiainvilhy y a vu ou feint d'y voir des visées d'économie sociale, ayant pour objet le souci d'accroître la population ; mais l'intelligence des Polynésiens n'était guère plus développée que celle de nos enfants; c'était absolument sans fé&exion ni calcul qu'ils donnaient la bride à leur sen- «Hté.
c-La vertu telle que nous l'entendons, dit un voyageur wéricain, Porter, était inconnue parmi eux. Ils n'atta-
^' E. Folej, BulL Soc, d'Anthropologie^ 1879. ~ 0. Beccari, Micluho-
chaient aucune honte à des actes, qu'ils regardaient non seulement comme naturels, mais même comme d'inoffensifs plaisirs *. » Sur ce point tous les voyageurs sont unanimes. La conversation, dit Moerenhout, entre hommes, femmes et enfants, roulait d'habitude sur les sujets les plus grossièrement obscènei? et de la manière la plus crue •. Tout récemment encore, un voyageur français, de Varigny, écrivait : c La principale difficulté des missionnaires dans ces lies consistait à enseigner aux femmes la chasteté : elles ignoraient le mot et la chose. L'adultère, l'inceste, la fornication étaient choses communes, acceptées par l'opinion publique et consacrées par la religion. »
En eflet, il existait dans les iles de la Société et dans plusieurs autres archipels une célèbre confrérie religieuse, l'association des Aréoîs, dont le but était la satisfaction sans frein des appétits génésiques. Cette association vaut la peine d'être décrite, car elle donne la mesure de la parfaite absence de moralité sexuelle des Polynésiens, et son organisation une fois connue, aucun fait particulier ne saurait plus étonner.
C'était une société religieuse : elle était sous le patronage du dieu Oro. Tous les membres de cette franc-maçonnerie polynésienne étaient, sans distinction de sexe, considérés comme des êtres supérieurs ; une protection divine, toute spéciale, les couvrait, et, après leur mort, un paradis particulier recevait leurs ombres. C'était une société égalitaire: sans doute la plupart de ses membres étaient des aristocrates, mais les gens du peuple y étaient admis. On abrégeait seulement les formalités pour les personnages distingués. Le fait est curieux, chez des peuples où les nobles se