Voyage aitxiles, etc., t. \*% p
considéraient comme étant d'une essence absolument supérieure à celle des gens du commun. Les conditions d'admission dans la confrérie étaient fort rigoureuses. 11 fallait d'abord prouver par un accès de délire religieux, qu'on avait en soi l'esprit divin, après quoi l'on devenait novice. Des mois, quelquefois des années plus tard, le novice subissait une seconde épreuve pendant laquelle il prononçait le grand serment, celui de mettre à mort tous les enfants qui pourraient lui naitre à partir de ce jour. Dès lors il appartenait à la septième et dernière classe des Aréoïs; il en apprenait le rituel sacré, les chants, les danses, les mimiques spéciales. On montait en grade lentement, au prix d'épreuves nouvelles et en proportion des qualités d'orateur, de chanteur ou depoète, dont on avait fait preuve. Enfin un tatouage particulier constatait chaque nouveau degré d'initiation.
Or l'objet de l'association était l'excitation et la satisfaction sans frein des besoins erotiques. Toutes les femmes sociétaires étaient communes à tous les hommes et les couples ne s'unissaient que pour deux ou trois jours. La >ie des Aréoïs était une fête perpétuelle. C'était sans cesse des festins, des chants, des luttes. On voyageait même ensemble d'une île à l'autre et partout la troupe était reçue avec respect. Les femmes exécutaient en présence des sociétaires une danse fort goûtée en Polynésie, la Timorodie^ extrêmement lubrique et soutenue par des chants appropriés. Une fois éveillés, les désirs erotiques se satisfaisaient sur-le-champ et publiquement, mais on ne tolérait pas les enfants, et l'infanticide était un rigoureux devoir.Pour avoir 'e droit de garder son nouveau-né, toute femme aréoï devait trouver parmi les membres de l'association un père d'adop- ^'on; mais alors elle était cliassée avec lui de la confrérie*.
^' Cook, Premier voyage {îîitt. univ, et» voyage», t. V, p. i69).
C'était un très grand honneur que d'être aréoi. Un Taitien, emmené par Cook en Angleterre, déclarait qu'il se tenait pour régal du roi de la Grande-Bretagne, grâce à son titre d^ aréoi.
Cette étrange société, dont le but était évidemment de réaliser la vie idéale, telle que la concevaient les Polynésiens, n'est possible que dans un pays où toute pudeur est inconnue, et tel était en effet le cas en Polynésie. Je citei*ai quelques faits éloquents.
De bonne heure les mères elles-mêmes dressaient leurs petites filles à danser la licencieuse Timorodie^. Pour les deux sexes, la nudité n'avait absolument rien de choquant. On se déshabillait pour le plus léger motif, sans y attacher d'importance '. A Taïli même les femmes se découvraient de la ceinture aux pieds, par pure politesse, en manière d^ salut^ ; elles faisaient leur toilette sur le bord de la mer^ dans des endroits où il n'y avait pas un pied d'eau, et e^ choisissant les lieux où passaient beaucoup d'étrangei's, cel^ même après la chrislianisation de l'Ile*.
Presque dès l'enfance, les filles se conduisaient avec l^ licence la plus effrénée. Elles se donnaient ou se vendaier^^ sans cesse, avec l'approbation de leurs parents, qui e^ tiraient profit sans scrupule *• On ne se cachait en aucua^ manière; tout, absolument tout se passait publiquement:-'- D'ailleurs, même dans les maisons, le mystère était impos^ sible, puisque les habitations ne consistaient qu'en un toî* supporté par des piliers et auquel on suspendait quelque^ nattes, puisque les habitants d'une même cabane couchaient
1. Mocrcnhout, Voyage aux iles, etc., t. 1", p. 491 et passim. — Cook, Hisi' univ. des voyages, t. V, p. 268.