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quoi donc et comment ce sentiment joue-t-il un rôle si considérable dans la moralité des races supérieures? Montaigne s'est posé la même question en écrivant ceci : « Qu'a fait l'action génitale aux hommes, si naturelle, si nécessaire et si juste, pour n'en oser parler sans vergogne et pour l'exclure des propos sérieux et réglés? Nous prononçons hardiment tuer, desrobber^ trahir^ et cela nous n'oserions qu'entre les dents > (Livre III, chap. v).
n y a là une de ces questions de psychologie évolutive, que seule, l'ethnographie comparée peut éclairer.
Tout d'abord l'homme primitif ne fait aucune distinction morale entre les divers besoins qui le sollicitent, entre la faim et l'amour ; il ne raffine sur aucun d'eux et la pudeur lui est aussi étrangère qu'aux animaux. Mais, chez ces derniers, même le choix exclusif n*engendre pas le sentiment de la pudeur. C'est que ce sentiment résulte de deux causes combinées : le choix et la vie en société. Ce n'est point la délicatesse, c'est l'égoïste brutalité de l'homme primitif, qui a, fort inconsciemment, déterminé la genèse de la pudeur et de la moralité sexuelle. Les premiers germes de ces sentiments relevés ont été semés le jour où les hommes, se dégageant un peu de la promiscuité première, se sont mis à conadérer les femmes comme des propriétés personnelles. Ces propriétés, le maître se les réservait, les défendait de son mieux contre les entreprises des autres hommes, surtout il châtiait sévèrement les écarts de sa ou de ses femmes, bien entendu sans s'astreindre lui-même à aucune gêne. Peu i peu, grâce à ces brutales prohibitions, un certain sentiment de devoir conjugal, de réserve sexuelle, quelque soQci de voiler plus ou moins la nudité s'organisa dans le ceneau de la femme et finit par se transmettre héréditairement.
Sous ce rapport encore, la Polynésie est un champ pré-
lô«) L'ÉVOLOTIOJN DE LA SIORALE.
cieux pour robscrvation. Dans les Mes, où, comme àTaîti, la liberté sexuelle était à peu près illimitée, puisque les femmes mariées elles-mêmes étaient louées ou prêtées par leurs maîtres avec une extrême facilité, toute pudeur était inconnue. Au contraire, à la Nouvelle-Zélande, où les propriétaires des femmes étaient plus jaloux de leurs droits punissaient pres(|ue toujoui's de mort l'adultère non autorisé et ne Tautorisaient pas sans peine, les femmes étaient relativement décentes. Même quand elles nageaient, même la nuit, durant le sommeil, elles gardaient les pagnes depharmium tenaXy qui leur ceignaient les reins*.
Avant de céder aux Européens, elles exigeaient d'ordinaire le consentement de leur famille ou de leur mari et, même après avoir, moyennant un présent convenable, obtenu ce consentement, il fallait encore traiter avec elles «.
Certaines d'entre elles s'attachaient aussi à leurs amants européens et leurs étaient fidèles'. Les hommes ne trouvaient nullement immoral de prêter ou de louer leurs femmes; c'était le droit du propriétaire sur la chose possédée, mais déjà quelque jalousie les retenait, t Pour éprouver jusqu'où pouvaient s'étendre leurs scrupules touchant la fidélité con- 1 jugale, lisons-nous dans la relation de Dumont d'Urville, M. Gaimard fit toutes sortes d'offres à Tawiti (un chef) pour obtenir les faveurs de sa femme, ce rangatira fut sourd à toutes les séductions, même à l'offre d'un fusil ordinaire, se contentant de répondre chaque fois : tapon (sacré ou défendu). Seulement, quand le docteur vint à offrir, en plaisantant, un fusil à deux coups, le chef sauvage, incapable derésister à une offre aussi séduisante, se contenta de pousser sa femme dans les bras de Tétranger, tandis qu'il tendai t-