MODIFICATIONS DE LACCORD. ACCORDS DÉRIVÉS
L'accord tiré de la série harmonique est par excellence l'accord type ; il peut se présenter en musique sous diverses formes. Ce sont ces formes que je vais étudier dans ce chapitre.
Accord dérivé : accord mineur. — La tierce a la propriété remarquable d'être une consonance variable , contrairement aux autres consonances qui sont fixes (octave et quinte) — cela tient à ce qu'elle se trouve représentée dans la série harmonique par deux intervalles différents , l'un majeur , l'autre mineur.
Si donc dans l'accord ut mi sol, j'abaisse la tierce ut mi, de façon à en faire une tierce mineure, j'aurai ut m,i b semblable à la tierce mi sol, et l'accord ainsi modifié restera consonant, puisqu'il n'est composé que d'intervalles consonants.
On appelle cette accord accord parlait mi^ neur.
Toutefois cette combinaison ne satisfait pas autant l'oreille que l'accord parfait majeur, parce que la tierce mineure, la plus imparfaite des consonances, se trouve ici en évidence sur la basse et parce que, bien que le mi harmonique du son fondamental ut soit déjà faible (l),il y a néanmoins tendance abattements entre ce mi harmonique et le mib de l'accord
mineur.
Ce n'est plus une expression aussi parfaite
d\it, elle est devenue un peu vague, un peu
trouble ; mais la raison même de l'imperfection
de cette tierce lui donne le moyen de contraster
(1) Ce qui explique la tolérance de l'oreille à son égard.
MODIFICATIONS DE L'aCCORD 47
puissamment avec la perfection de l'accord majeur.
Le caractère vague de l'accord mineur s'accuse encore bien davantage lorsqu'il est dissonant {ut mi b sol si b) : on verra pourquoi plus loin.
On peut abaisser d'une façon analogue, dans l'accord majeur dissonant, le neuvième harmonique, réh au lieu de ré dans ut mi sol si \} ré, accord de neuvième. Cet accord change alors de mode et devient l'accord de neuvième mineure.
Les autres modifications de l'accord tiré de la série harmonique n'ont pas de caractère harmonique, ce sont ou de simples déplacements de notes, ou des artifices mélodiques n'influant pas sur l'accord lui-même.
Renversements. — Mettre à la basse, vau lieu du son principal lU, générateur de l'accord, un de ses harmoniques [mi on sol par ex.) c'est renverser l'accord.
. La nature de cet accord ne change pas, mais comme il n'est plus dans sa position normale, son équilibre est modifié.
L'emploi du renversement n'est pas indifférent , il est commandé par la tonalité.
Accords incomplets. — L'accord consonnant — je l'ai dit — se compose de trois sons [ut mi sol) l'accord dissonant de quatre sons ou plus (itf mi so/ si!;.....).
Cependant tous ces sons peuvent ne pas être entendus, si le compositeur n'a pas à sa disposition un nombre de parties suffisant, ou s'il répète dans d'autres octaves tel ou tel son.
S'il n'y a qu'un son employé, c'est évidemment la basse qui doit subsister [ut).
S'il y en a deux, ce sont les combinaisons de la basse et de la tierce [ut mi - ut mi];] qu'il faut faire entendre de préférence , parce que la tierce détermine le mode de l'accord. Les combinaisons de la basse et de la quinte [ut sol] sont — il est vrai — d'une grande
MODIFICATIONS DE l' ACCORD 49
pureté comme consonance, mais elles laissent le mode incertain et n'ont pas assez de variété.
Si l'accord est dissonant, il est forcément représenté par deux sons et je n'ai pas besoin de dire que dans ce cas les sons qui doivent subsister sont la basse et la note dissonante que l'on veut employer.
Mais il arrive aussi que la basse est supprimée; ce n'est plus qu'un fragment d'accord. Aucune note ne joue le rôle de générateur.
De telles combinaisons sont vagues, susceptibles de plusieurs interprétations, mi sol appartenant à ut mi sol^ accord majeur, ou à mi sol si, accord mineur.
Le plus remarquable de ces fragments d'accords est l'accord de neuvième mineure dont on a supprimé la basse, appelé accord de septième dim,inuée [mi sol si 1? ?'e%, au lieu de ut mi sol si\^ re'l?).
Cette association de trois tierces m,ineures appartient à quatre accords de neuvième mineure et est par conséquent susceptible de
quatre basses {!), ce qui en explique les tendances multiples.
Retards -APPOGGiATURES. — La mélodie jouit d'une grande liberté. Elle peut, sans se préoccuper de l'harmonie, faire des notes appelées notes de j'^^ssage entre deux notes réelles : par exemple sur l'accord d\U - ut ré mi -ré sera la note de passage. La mélodie peut encore retarder l'arrivée d'une note de l'accord, à la condition de la faire entendre ensuite, ce qu'on appelle résolution du retard. Si ces retards ou ajjpogiatures se prolongent, l'accord revêt une forme nouvelle, consonante ou dissonante , mais passagèrement et sans que ces retards influent jamais sur lui.
(1) Ces quatre accords dans lesquels figure ce groupe de trois tierces mineures sont les suivants :
1* ut mi sol si'p ré h.
2° fa^ la^ ut^ mi sol.
Z' la ul ^ mi sol si b.
4' mib sol sib ré\> fa\>.
ré h équivalant à w/ #, sib k la^y fa\, èi mi^ par des changements appelés enharmonies.
MODIFICATIONS DE L' ACCORD 51
Voici quelques exemples :
ré ut