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La Science et l'hypothèse, p

corps retourne à son état primitif. C'est à peu près, d'ailleurs, de cette façon qu'on envisage aujourd'hui le principe de la conservation de l'énergie. Il se ramène alors à' dire que le travail restitué par un ressort en se débandant est égal au travail absorbé pour le bander. Et nous retombons ainsi encore sur une de ces vérités d'évidence banale qui forment souvent la trame des grands principes scientifiques.

Quoi qu'il en soit, la faculté, que se sont arrogé les physiciens, de considérer comme passée à l'état potentiel l'énergie qui semble se perdre, permettra toujours, ainsi que je l'ai fait observer déjà, de sous-» traire le principe de la conservation de l'énergie aux critiques expérimentales. L'énergie potentielle latente joue le rôle de ces « forces cachées », par l'intervention desquelles l'ancienne mécanique avait réussi à faire cadrer avec les équations les expériences qui s'en écartaient. Du moment qu'on admet comme un pos^ tulat la conservation de l'énergie, il faut bien sup-' poser que celle qui paraît perdue se retrouve quelque . part et le gouffre de l'énergie potentielle lui constitue un inviolable abri. Mais si l'on partait du postulat contraire, que l'énergie peut s'user et se perdre, le second aurait peut-être autant de faits en sa faveur que le premier.

Ce sont là, au surplus^ des discussions stériles puisque l'expérience est incapable d'éclairer la question. Il faut donc garder le principe de la conservation de l'énergie jusqu'à ce qu'ayant pénétré davantage dans les univers intra-atomiques, on ait mis nettement en évidence comment l'énergie peut se perdre. C'est un point dont il est possible d'entrevoir la solution, et que j'examinerai bientôt.

Il serait également inutile d'insister sur les faits qui s'accordent très mal ou même pas du tout avec le principe de la permanence de l'énergie, puisqu'il suffît d'imaginer une hypothèse quelconque pour les

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faire cadrer avec le principe. On trouvera certainement le moyen d'expliquer comment la masse d'un corps peut grandir immensément avec sa vitesse, ainsi que Font prouvé les expériences sur les parti* cules radio-actives. On a bien expliqué comment un aimant permanent peut être indéfiniment parcouru par des courants sans s'échauffer par le frottement, ce qui amènerait la perte de son aimantation. Il suffisait de supposer l'éther privé de résistance, c'est-à-dire lui conférer une propriété que la non^ instantanéité de la propagation de la lumière prouve ne pas exister. •

Ces hypothèses invérifiables ont toujours permis de sauver une théorie, tant qu'elle a été fécoxide* Bien des hypothèses physiques, comme celle de la théorie cinétique des gaz, s'évanouiraient probablement si Texpérience pouvait les éclairer. Ces molécules se choquant sans cesse avec la vitesse d'un boulet de canon, sans s'échauffer, grâce à une élasticité qu'il faut supposer infinie, n'ont peut-être qu'une très lointaine parenté avec la réalité. On conserve avec raison la théorie, parce qu'elle est féconde et qu'aucune expérience possible ne saurait en prouver l'inexactitude.

Nous avons vu comment la théorie de l'énergie potentielle inaccessible permet de soustraire aux critiques de l'expérience la théorie de la conservation de l'énergie. Cette théorie a satisfait la très immense majorité des physiciens, mais non pas tous. On sait ce qu'en pense M. Poincaré. Il n'a pas été seul à formuler des doutes. M. Sabatier, doyen de la Faculté des Sciences de Montpellier, se demandait, daas une intéressante leçon d'ouverture : « L Univers matériel est-il étemel? », s'il était bien certain qu'il n'y eut pas une perte réelle et progressive d'énergie dans le monde, et tout récemment, dans un mémoire sur la dégradation de l'énergie, un pénétrant physicien,

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M. Bernard Bninhes, s'exprimait de la façon suivante :

« Qui nous garantit que TuniTors soit un système limité? Et s'il ne Test pas, que signifient ces expressions : Vénergie totale de Vunivers ? ou Ténergie utilisable de Tunivers? Dire que Ténergie totale 8e eonsenre, mais que Ténergie utilisable diminue, n'estcfe pas formuler des propositions vides de sens?

« Il ne serait pas absurde d'imaginer un univers où, à l'exemple de notre système solaire, Ténergie intérieure totale irait diminuant en môme temps que la fraction conservée passerait constamment sour forme inutilisable, où l'énergie se perdrait et se dégra* derait à la fois.

« La loi de la conservation de l'énergie n'est qu'une définition : la preuve en est que lorsqu'un phénomène nouyeau vient accuser un désaccord dans l'équation de l'énergie, on imagine pour lui une forme d'énergie nouvelle définie par la condition de rétablir l'inégalité compromise. »

Et, en réponse à une lettre où je lui exposais mes idées sur ce point, le même physicien m'écrivait :

« On devrait rayer le rien ne se perd de l'exposition des lois "physiques, la science actuelle nous apprend que quelque chose se perd. C'est certainement dans le sens de la déperdition, de l'usure des mondes. et non dans le sens d'une plus grande stabilité que la science de demain modifiera les idées régnantes. »

Nous avons exposé dans ce chapitre et les précédents les théories qui dominent la science actuelle. Nos critiques n'ont pas nui à la fidélité de notre exposé. Elles avaient simplement pour but de montrer que les idées régnantes contiennent des points très faibles et, par conséquent, qu'il était permis de les remplacer, ou tout au moins de préparer leur

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remplacement. N'étant plus entravé par le poids de principes antérieurs suffisamment ébranlés, nous pourrons rechercher si, au lieu d'être indestructible, l'énergie ne s'évanouirait pas, elle aussi, sans retour comme la matière dont elle n'est qu'une transformation.

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