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I. — LES TRANSFORMATIONS DE L*ÉNERQIE

Personne n'ignore aujourd'hui — et les premiers sauvages qui réussirent à obtenir du feu en frottant l'un contre l'autre deux morceaux de bois pouvaient le soupçonner — qu'avec une forme donnée d'énergie on peut en produire d'autres. La théorie de l'équivalence des divers modes d'énergie et de leurs transformations ne fut cependant formulée nettement qu'à une époque relativement récente.

Les livres les plus élémentaires enseignent maintenant que toutes les forces de la nature peuvent se transformer les unes dans les autres, et ne seraient que des variations d'une même entité, l'énergie.

Dans son ouvrage, VÉvolution de la Physique j M. Lucien Poincaré a résumé de la façon suivante les idées actuelles :

« Les physiciens de la un du xix* siècle furent

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amenés à considérer que dans tous les phénomènes physiques il internent des apparitions et des disparitions qui se compensent d'énergies diverses. Il est naturel d'ailleurs de supposer que ces apparitions et ces disparitions équivalentes correspondent à des transformations et non à des créations et des destructions simultanées, Ton se représente ainsi que l'énergie prend des formes différentes, mécaniques, électriques, calorifiques, chimiques, capables de se changer les unes dans les autres, mais de façon que la valeur quantitative en reste toujours la même. »

Il est facile de comprendre Torigine de cette théorie, mais quand on la creuse un peu on n'en découvre ni la nécessité, ni la justesse. Tout ce qu'on peut dire de mieux en sa faveur, c'est qu'elle échappe aux données de l'expérience. Il est certain que les diverses formes d'énergie semblent se transformer ou, pour mieux dire, qu'avec une énergie quelconque il est possible d'en produire d'autres; mais ce sont des transformations apparentes, analogues à celle de la monnaie en marchandise. Avec une pièce de 5 francs on obtient un mètre d'étoffe de soie, mais personne ne suppose que l'argent dont se compose la pièce de monnaie s'est transformé en soie. Une transformation du même ordre est cependant admise, lorsqu'on assure que le frottement d'un bâton de résine avec un morceau de laine s'est changé en chaleur et en électricité.

La théorie moderne de l'équivalence et de la transformation des énergies semble bien n'être qu'une illusion résultant de ce que, pour les mesurer, on a choisi une même unité, le travail, évalué en kilogrammètres ou en calories.

Sous ses formes les plus différentes, l'énergie se définit simplement comme équivalent à un certain travail mécanique, et, pour le physicien moderne, énergie et travail ont fini par devenir synonymes, bien qu'ils soient en réalité des choses fort distinctes. On

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aurait une idée assez médiocre de la valeur comparative d'un cheval, d'un nègre et d'un blanc, en se bornant à mesurer le nombre de kilogrammètres qu'ils peuvent produire. Les choses sont fort peu connues quand on mesure seulement un de leurs éléments quantitatifs. Il faut bien se contenter de telles indications lorsqu'on ne peut en obtenir d'autres, mais se résigner aussi à reconnaître l'insuffisance de nos connaissances.

Le mouvement, l'électricité, la chaleur, etc., étant fort différents les uns des autres, il semble naturel de dire que les diverses formes d'énergie sont trop dissemblables pour pouvoir se transformer ; mais qu'un même effet peut provenir de causes diverses. Un moteur est mis en mouvement par des actions variées, vapeur, électricité, bras de l'homme, force du vent, sans aucune parenté, bien que proauisant des effets identiques. Quand du mouvement ou de Télectricité produisent de la chaleur, cela ne signiûe-t-il pas simplement qu'avec des moyens dissemblables on arrive à obtenir les variations d'équilibre moléculaires,d'où la chaleur résulte? Les produits de la nature sont comparables à des marchandises échangeables suivant un certain barème; elles ont leur équivalent en monnaie ou en d'autres marchandises, mais ne se transforment pas. Les forces de la nature ne se transforment pas davantage. Une transmutation comme celle du mouvement en électricité ou en lumière serait plus merveilleuse assurément que celle des corps simples, du plomb en or par exemple.

Je n'insisterai pas sur cette théorie peu conforme à ce qui s'enseigne aujourd'hui. J'aurais même jugé inutile de la formuler, si le hasard ne m'avait fait tomber sur un mémoire du professeur Ostw^ald, qui aboutit par d'autres voies aux mêmes conclusions que les miennes. Voici comment il s'exprime :

« Comme on le sait, on distingue, depuis Hamilton,

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deux espèces de grandeurs physiques; les scalaires et les vecteurs. Ces deux espèces de grandeurs sont de nature essentiellement différente, et Ton ne peut jamais représenter Tune par l'autre. Je suis persuadé qu'il existe un plus grand nombre de grandeurs d'essence différente ; et je me crois fondé à admettre que les diverses formes de Ténergie sont caractérisées toutes par des grandeurs possédant une telle individualité. Que cela soit confirmé, et le fait que jusqu'à présent la mécanique n'a pu donner une image complète de la nature, apparaîtra comme une nécessité. Une telle notion serait aussi précieuse pour la science que l'a été, en son temps, la notion de l'individualité des éléments chimiques, et les modernes adeptes des théories mécaniques, en prétendant ramener toutes les formes de l'énergie à l'énergie mécanique, ne feraient pas œuvre utile plus que les alchimistes cherchant à transmuter le plomb en or. Que, dans un pareil labeur, on ait fait toutes sortes de trouvailles intéressantes autant qu'inattendues, ce n'est qu'une ressemblance de plus avec l'activité, souvent féconde, de ces chercheurs opiniâtres. »

§ 2. — sous QUELLES FORMES PEUT EXISTER L'ÉNERGIE

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