DANS LA MATIÈRE
Nous avons déjà examiné cette question dans notre dernier livre et conclu que les énergies manifestées par la matière sont les conséquences des mouvements de ses éléments. Ce serait grâce à leur rapidité que la matière contient une quantité d'énergie très grande sous un volume très faible. On sait que la libération de 1 gramme d'hydrogène dans la décomposition de l'eau correspond à une production d'électricité égale à 96.600 coulombs, soit un débit de près de 27 ampères pendant une heure.
Il ne semble pas que les chimistes considèrent de
cette façon les manifestations d'énergie, dont la matière est le siège. Tout en prenant bien soin d'affirmer que l'énergie n'est pas du tout quelque chose de matériel, ils la traitent exactement comme si elle était un fluide absorbé et restitué par les corps de la même façon qu'une éponge s'imbibe d'un liquide et le rend quand elle est pressée. Ils nous parlent constamment, en effet, de chaleur absorbée ou dégagée par une combinaison et toute la thermochimie est fondée sur la mesure de ces absorptions et dégagements.
En réalité, les corps dans leurs transformations n'absorbent rien du tout. Dire qu'un corps absorbe de la chaleur pour se transformer, cela signifie uniquement que, pour obliger ses éléments à modifier leurs équilibres, il a fallu dépenser de l'énergie. Elle sera restituée par le retour aux équilibres primitifs, tout comme le ressort produit en se débandant un travail égal à celui dépensé pour lé tendre.
Cette image du ressort, si grossière soit-elle, fait bien comprendre que les absorptions ou dégagements de chaleur des composés chimiques pendant leur transformation ne sont que des déplacements d'énergie consécutifs à des changements d'équilibre. On admet sans difficulté qu'un ressort, en se détendant, produit un travail égal à celui exigé pour le tendre. C'est à cette donnée élémentaire que peut se ramener toute la thermochimie et aussi le principe de la conservation de l'énergie.
Le charbon dont la combustion, c'est-à-dire la combinaison avec Toxygène, engendre beaucoup de chaleur, offre le type de ces corps supposés pouvoir absorber de l'énergie et la retenir ensuite. Les. chimistes nous disent, à propos de la houille, que « la chaleur de combustion représente de l'énergie solaire emmagasinée ». Il semblerait ainsi que le charbonja emmagasiné de la chaleur, comme de Teau dans un réservoir. En réalité, il n'a rien emmagasiné pendant
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sa formation; mais, comme c'est un corps possédant une puissante afiinité pour l'oxygène de l'air et produisant, par sa combinaison avec lui, des équilibres accompagnés d'un grand dégagement de chaleur, on utilise cette dernière .pour obtenir de la vapeur d'eau dont la force élastique fait marcher les pistons de nos locomotives. Si l'air, au lieu d'oxygène, contenait seulement de l'azote, le charbon n'aurait jamais été considéré comme un emmagasinateur d'énergie. Il n'en contient pas davantage qu'une foule d'autres corps plus abondants dans la nature, tels que l'aluminium et le magnésium. Ces métaux, s'ils n'étaient déjà engagés dans certaines combinaisons, produiraient en s'unissant avec l'oxygène, de la chaleur aussi utilisable que celle engendrée par l'oxydation du charbon.
Le lecteur, ayant présentée l'esprit notre théorie de l'énergie intra-atomique d'après laquelle tous les atomes sont un réservoir colossal d'énergie, objectera sans doute que, en dehors de toute combinaison, un corps quelconque est xm réservoir de forces. Mais ces dernières n'ont pas été utilisées jusqu'ici. La chimie et l'industrie connaissant seulement des réactions moléculaires, et non intra-atomiques, elles étaient donc les seules dont nous avions à nous occuper dans ce qui précède.