‹ L'évolution des forcesChapitre 27 sur 116 · NOMMÉE ÉNERGIE · texte numérisé non relu

NOMMÉE ÉNERGIE

On peut objecter à tout ce qui précède que ce n'est pas parce qu'une chose ne produit aucun effet qu'elle cesse d'exister. Un poids retenu par un fil est toujours un poids; de la chaleur n'agissant pas est néanmoins de la chaleur; une force annulée par l'action d'une autre n'en perd pas pour cela son existence. Mais, en réfléchissant aux phénomènes appelés chaleur, pesanteur, électricité, etc., on reconnaîtra qu'ils sont uniquement connus et mesurés comme perturbations d'équilibre et n'ont, en dehors de ces perturbations, aucune existence, constatable par nos sens ou nos instruments. De la chaleur produit de Ténergie calorifique quand elle tombe d'une certaine hauteur, comme la tuile du toit d'une maison engendre de l'énergie cinétique par sa chute ; mais la chaleur, qui ne change pas de niveau, n'est pas plus de Vénergie que la tuile fixée sur un toit. Sans doute, le soleil nous échauffe, et voilà une énergie qui semble bien indépendante et exister par ellemême. Et cependant, toute cette énergie résulte simplement d'une différence de température^ c'està-dire d'équilibre entre les effets calorifiques des rayons envoyés par l'astre qui nous échauffe et les corps qui les reçoivent. Approchons aussi près que l'on voudra du soleil un corps ayant la même température que la sienne, et il n'y aura aucun échange possible de ce que nous appelons l'énergie calorifique.

Les physiciens raisonnent d'ailleurs exactement comme s'ils admettaient tout ce qui précède. Us savent fort bien qu'il faut des dénivellations pour

effectuer du travail, et qu'aucua travail oe peut se manifester, quand cette dénivellation a disparu; mais comme il serait possible de produire un écoulement d'énergie avec une nouvelle dénivellation, ils disent alors que l'énergie qui ne se manifeste pas existe à l'état potentiel.

Toutes ces conceptions d'énergie potentielle, d'énergie inutilisable, d'énergie dégradée, etc., sont des conséquences d'une notion confuse d'après laquelle l'énergie serait une sorte de substance dont l'existence est aussi réelle que celle de la matière. Cette entité invisible, secret mobile des choses, circulerait sans cesse dans l'univers en se transformant constamment. Cette hypothèse était- d'ailleurs nécessaire, quand on croyait la matière un agrégat d'éléments inertes, pouvant seulement restituer l'énergie reçue et incapable d'en créer. Il fallait donc bien quelque chose pour l'animer. C'est ce quelque chose qui constituait l'énergie.

Si cette entité mystérieuse était nécessaire à l'époque où il fallait imaginer une cause supérieure pour animer l'inerte matière, son existence est aujourd'hui sans objet. Au lieu de supposer une puissance inexpliquée circulant toujours à travers le monde sans s'épuiser jamais, nous disons :

A. l'origine des choses s'est condensé dans la matière, sous forme de mouvement de ses éléments, une quantité énorme, mais limitée cependant d'énergie. Cette phase de concentration fut suivie d'une période de, dépense des énergies accumulées, dans laquelle le soleil et les astres analogues sont entrés maintenant. La désintégration de leurs atomes est l'origine de toutes les forces naturelles utilisées aujourd'hui. Ces atomes forment un réservoir immense, mais qui s'épuisera fatalement. Alors ce que nous appelons l'énergie aura, comme la matière, disparu^ pour toujours.

LES Changements d'équilibre de la matière 77

En raisonnant ainsi, nous faisons seulement appel à des phénomènes concevables. Une provision limitée de forces emmagasinées dans la matière au moment de sa formation et produisant, quand cette dernière se désagrège, des énergies diverses n'ayant d'existence que pendant un instant, à ce bref énoncé se ramène notre explication. Elle est très simple, alors que Fentilé supposée immortelle, qualifiée d'énergie, est complètement incompréhensible. La science n'a pas chassé les dieux de leur empire pour les remplacer par des puissances métaphysiques encore plus inintelligibles qu'eux.

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