‹ L'évolution des forcesChapitre 32 sur 116 · ÉVANOUISSEMENT DE L*ÉNERGIE · texte numérisé non relu

ÉVANOUISSEMENT DE L*ÉNERGIE

dans le ciel, d'un astre incandescent qui pâlit et s'évanouit parfois en quelques jours, ne laissant rien derrière lui, le plus souvent, ou seulement une faible nébuleuse.

Lorsque se montre Ja nouvelle étoile, son spectre, d*abord analogue à celui du soleil, prouve qu'elle contient des métaux semblables à ceux de notre système solaire. Puis, en peu de temps, ce spectre se transforme et devient finalement celui des nébuleuses planétaires, c'est-à-dire ne contient que des raies d'éléments simples et peu nombreux, dont quelques-uns inconnus. Il est donc évident que lés atomes de l'étoile temporaire se sont rapidement, et profondément transformés. Cette évolution descendante est l'inverse de celle signalée dans l'évolution ascendante des étoiles. Celles-ci contiennent, lorsqu'elles sont très chaudes, des éléments simples devenant de plus en plus compliqués et nombreux à mesure qu'elles se refroidissent.

Ces étoiles transitoires, résultant sans doute de l'explosion brusque d'un monde accompagné de la désintégration des atomes, ne sont pas rares. Il ne se passe guère d'années sans qu'on en observe directement ou par Tétude des clichés photographiques. Une des plus remarquables fut celle observée récemment dans la constellation de Persée. En quelques jours elle atteignit un éclat qui la rendit la plus brillante étoile du ciel ; mais 24 heures après elle commença à pâlir, son spectre se transforma lentement, devint, comme il a été dit plus haut, celui des nébuleuses planétaires, preuve évidente, je le répète, d'une dissociation atomique. Au moment même où s'opérait cette transformation, des photographies à longue pose montrèrent autour de l'astre des masses nébuleuses, produites sans doute de la dissociation atomique et qui s'éloignaient de l'étoile avec une vitesse de l'ordre de celle de la lumière, c'est-à-dire

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analogue à celle des particules ^ qu'émettent les> corps radio-actifs en se dissociant. Les astronomes assistèrent donc à la destruction rapide d'un monde.

§ 2. — RÉSUMÉ DE LA DOCTRINE DE L'ÉVANOUISSEMENT DES FORCES ET DISCUSSION DES OBJECTIONS.

L'exposé de l'évolution générale des mondes auquel ce chapitre et le précédent ont été consacrés comprend des faits d'expérience ou d'observation que nous avons tâché de relier par des hypothèses. Nous allons résumer cet exposé dans un tableau d'ensemble indiquant les diverses phases d'évolution d'un système sidéral analogue au nôtre et à ceux qui continuent à nattre et se transformer dans le firmament.

LES PÉRIODES DE l' ÉVOLUTION D'uN MONDE.

1° Phase chaotique ou de naissance de Vénergie. — Formation sous l'action de la gravitation ou de causes inconnues de nuages d'éther. Sous leur influence s'établissent des inégalités d'où résultent des différences de potentiel. L'éther ae condense en particules disséminées, qui prennent la forme de tourbillons. Animés de mouvements assez lents, ils ne contiennent d'abord que très peu d'énergie.

2® Phase nébuleuse ou de concentration de Vénergie. — Les tourbillons d'éther accélèrent leur mouvement. Il en résulte des attractions qui les agglomèrent en noyaux, futurs germes de la matière. Une concentration générale de la masse s'établit. Il se forme une nébuleuse aux contours d'abord vagues qui finit par devenir sphérique et sera Torigine d'un système solaire. A mesure que les particules de cette masse se condensent, les tourbillons de l'éther précipitent leurs mouvements, s'agglomèrent et forment des

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noyaux d'atomes qai, par suite de la rapidité croissante de leur rotation se saturent de plus en plus d'énergie.

3® Phase d'incandescence stellaire ou de dépense de Vénergie. — Cette phase est celle de la formation d'un soleil et des étoiles analogues. En se condensant de plus en plus, les atomes finissent par acquérir une quantité d'énergie intra-atomique qu'ils ne peuvent plus contenir et rayonnent sous forme de chaleur, de lumière ou de forces électriques diverses dont la chaleur n'est peut-être qu'une manifestation secondaire. La température de l'astre est excessive* Les futurs atomes ne sont pas individualisés encore.

4* Phase du commencement de refroidissement siellaire et d'individualisation de la matière. — Par suite de la continuité de son rayonnement, la température de l'astre s'abaisse, bien qu'il reste incandescent. Les éléments des atomes forment des équilibres nouveaux et donnent naissance aux divers corps simples qui se différencient et, par conséquent, se multiplient à mesure que le refroidissement de Tastre augmente.

5" Phase planétaire ou de refroidissement et d'équilibre de Vénergie intra-atomique. — Les planètes détachées par la force centrifuge du soleil central autour duquel elles continuent à tourner, se refroidissent par suite de la petitesse relative de leur volume et arrivent à une température assez basse pour que la vie soit possible à leur surface. Les énergies accumulées sous forme de matière ont atteint une phase d'équilibre stable. La fixité relative succède à la mobilité. Les mondes vont devenir habitables pendant de longues successions d'âges.

6** Phase de dissociation finale de Vénergie intraatomique et de retour du monde à Véther. — Tout en se maintenant en équilibre de longs siècles, les atomes n'^ont pas cessé de rayonner un peu, et par ce

rayonnement même et la réduction de vitesse de rotation de leurs éléments qui en est la suite, ils perdent une partie de leur stabilité ; alors commence une période de désagrégation qui croit très vite à mesure que la stabilité des éléments intraatomiques décroît. Progressive d'abord, elle devient instantanée ensuite. A une certaine période de vieillesse, les éléments retournent à Téther d'où ils sont sortis.

Cette destruction finale est peut-être suivie, dans la suite des âges, d'un nouveau cycle de naissance et d'évolution, sans qu'il soit possible d'assigner un terme à. ces destructions et à ces recommencements probablement éternels ^

L'exposé qui précède, déduit des recherches relatées dans mon précédent volume, peut se résumer en quelques lignes. Je les emprunte à un des savants qui ont bien voulu analyser ma doctrine.

« On imagine le monde formé d'abord d'atomes diffus d'éther qui, sous l'action de forces inconnues, ont emmagasiné de l'énergie. Cette énergie, dont une des formes est la matière, se dissocie et apparaît sous des états divers: électricité, chaleur, etc. ; de façon à ramener la matière à Téther. Rien ne se crée veut dire que nous ne pouvons pas créer de la matière. Tout se perd signifie que la matière disparaît complètement comme matière en retournant à Téther. Le cycle est donc complet. Il y a deux phases dans l'histoire du monde : 1° Condensation de l'énergie sous forme de matière ; 2** Dépense de cette énergie. »

Cette conception de la concentration de Ténergie à

1. Ce qui précède rappelle un peu le « Retour éternel » de Nietzche; c'est une hypothèse, dénuée d'ailleurs d'importance, que j'avais formulée bien longtemps avant lui, comme l'a rappelé M. le professeur Lichlenberger dans un livre consacré aux doctrines de ce philosophe.

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l'origine d'un monde et de sa dépense dans une phase suivante de son existence a été combattue par un physicien distingué, M. Bernard Brunhes, dans un mémoire récente L'objection qu'il m'oppose est la suivante :

« La concentration de la matière cosmique et la dissociation de . la matière sont deux phénomènes qui paraissent contraires mais qui possèdent un caractère commun : tous deux dégagent de la chaleur et correspondent à une dégradation d'énergie. Soyez donc sûrs que si un corps radio-actif quelconque a pu se produire, emmagasinant une provision énorme d'énergie de réserve, c'est à la faveur d'une dégradation d'énergie plus grande... h. matière qui se dissocie à la fin des transformations qui semblent la ramener au poidt de départ, aura subi une perte définitive d'énergie utilisable. »

Cette objection a pour appui le principe de Carnot ; mais un principe applicable à la phase d'évolution descendante du monde ne l'est pas nécessairement à sa phase ascendante antérieure. L'illustre mathématicien Maxwell avait déjà montré par une hypothèse très hardie, puisqu'elle implique l'existence de démons fort subtils, comment on pourrait violer le principe de Carnot et remonter le cours des choses. Attendons de mieux connaître les lois de la nature avant de supposer qu'elle n'a pas trouvé le moyen de faire surgir du morne néant de Téther les forces condensées dans l'atome. Si l'on rejette des hypothèses analogues à la nôtre, il faut revenir à celle d'un Dieu créateur, tirant les mondes de sa volonté, c'est-à-dire d'un néant beaucoup plus mystérieux encore que le substratum d'où nous avons tenté de les faire sortir. Les dieux ayant été éliipinés de la nature où notre ignorance les avait introduits, il faut bien

1. La portée du principe de la dégradation de l'énergie, 190G.

tâcher d'expliquer les choses en nous passant d'eux. Évidemment, depuis Taurore des temps géologiques les phénomènes semblent avoir toujours évolué conformément à la seconde loi delà thermodynamique; mais cette loi est, je le répète, celle de la période d'usure d'un univers, et non des âges où se formaient les énergies dépensées maintenant. Puisque notre système solaire a eu un commencement, comme tous les systèmes analogues dont l'astronomie constate l'évolution, il faut bien admettre qu'il s'est formé d'abord une concentration d'énergie. M. Bernard Brunhes le reconnaît du reste lui-même, dans un passage de son mémoire qui constitue la meilleure des réponses que je lui puisse faire :

a II n'y a pas d'inconséquence à imaginer que la période actuelle de dégradation ait été précédée et puisse être suivie de périodes où l'énergie utilisable augmente au lieu de diminuer. »

C'est d'ailleurs, comme l'indique le même auteur, à une conclusion analogue qu'est arrivé Bol^mann dans son grand ouvrage sur la théorie des gaz. La marche du monde en sens inverse de l'évolution actuelle ne lui apparaît plus d'une impossibilité absolue, mais simplement d'une probabilité très faible qui a pu se réaliser toutefois pendant la succession des âges.

A ces brèves et incertaines notions se ramène tout ce que nous pouvons dire de l'évolution des mondes dans l'écoulement infini du temps. Nous allons quitter maintenant ces ténébreuses régions pour retourner vers celles où l'expérience sert de guide. L'étude des actions de la lumière sur un fragment de métal, origine de mes recherches, m'a conduit dans des champs fort divers de la physique. Je vais y mener le lecteur et examiner quelques nouveaux problèmes.

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Gomme conclusion générale de cette première partie de notre ouvrage nous formulerons la proposition suivante :

V Energie n^est pas indestructible; elle s'use sans cesse et tend à s*évanouir comme la matière qui représente une de ses formes, ^

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