‹ L'évolution des forcesChapitre 47 sur 116 · DANS LA MATIÈRE · texte numérisé non relu

DANS LA MATIÈRE

D*après une théorie très vite devenue pour beau-^ coup de physiciens un dogme, la matière serait composée uniquement de particules électriques, dites électrons, et sa propriété fondamentale, l'inertie, d'origine électro-magnétique.

Notre ouvrage sur V Evolution de la Matière a déjà montré le peu de fondement de cette hypothèse. Mais, pour ne pas compliquer une description déjà difOcile de choses nouvelles, nous avons adopté les termes presque classiques dérivés de cette théorie. Elle ne pouvait gêner nullement, d'ailleurs, notre exposé puisque les choses se passent bien en apparence exactement comme si Télectricité existait toute formée dans la matière au lieu d'être, comme nous le soutenons, une transformation secondaire de l'énergie intra-atomique.

La théorie des électrons est maintenant populaire. On en trouvera la preuve dans le passage suivant d'un discours prononcé par M. Balfour, alors premier ministre d'Angleterre, à l'une des dernières sessions de l'Association anglaise pour l'avancement des

sciences. L'auteur y défend les idées nouvelles avec toute Tardeur d'un néophyte.

« Les savants en sont arrivés, dit-il, à regarder la matière brute comme une simple apparence dont l'électricité est physiquement la base réelle et^ à penser que l'atome élémentaire du chimiste n'est autre chose qu'un groupement systématique de monades électriques ou électrons — qui ne sont pas de la matière électrisée, mais Télectricité elle-même. »

Cette théorie, ^ui confond sans cesse les effets et les causes, ne dérive pas seulement de raisonnements mathématiques. Elle s'appuie aussi sur l'interprétation de certaines observations, telles que la composition des émissions radio-actives, le phénomène de Zeeman, etc. Mais le fait ayant — inconsciemment au moins — le plus pesé peut-être sur les idées des savants est certainement la facilité avec laquelle on retire l'électricité de la matière. On peut dire, en effet, sans trop d'exagération, qu'il est impossible de toucher la matière sans en faire sortir de l'électricité. On pourrait soutenir aussi, et sans aucune exagération cette fois, qu'on ne touche pas un corps sans en faire sortir de la chaleur. Personne ne songe à soutenir cependant que la matière se compose de particules calorifiques.

Si le fluide qualiflé d'électricité existait tout formé dans la matière, il devrait s'y trouver dans un état de condensation complètement inexplicable. On sait, en effet, qu'il est facile d'extraire d'une petite parcelle de matière une quantité d'électricité hors de proportion avec celle que nous pouvons faire tenir sur les corps les plus volumineux. Une faible partie des 96.000 coulombs retirés de la décomposition de 9 grammes d'eau, chargerait d'électricité au potentiel de 7.000 volts un globe grand comme la terre.

Il faudrait donc admettre que, si l'électricité existe

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4]ans la matière, elle s*y trouve sous une forme que nous ne pouvons concevoir. Impossible d'imaginer une sorte de condensation par rapprochement des électrons supposés composer le fluide électrique, car ils exerceraient alors les uns sur les autres ^es répulsions tellement immenses que la matière, ne subsisterait pas un seul instant. Dans notre dernier livre, nous avons vu que, s'il était possible de concentrer une charge de un coulomb sur une petite sphère et de Tamener à 1 centimètre d'une autre sphère portant la même charge, le travail qu'elle produirait en se déplaçant de 10 centimètres en une seconde serait égal à 82 milliards de kilogrammètres, soit plus de 1 milliard de chevaux-vapeur pendant le même temps.

Mais si l'électricité n'existe pas dans la matière, comment expliquer qu'il soit si facile de retirer la première de la seconde ?

On retire l'électricité de la matière sans qu'elle y soit, absolument comme d'un explosif la chaieur qui n'y est pas contenue, mais qui se forme quand les équilibres de ses molécules sont modifiés. L'électricité n'existe pas toute formée dans la matière, mais prend naissaRce dès que certains équilibres intra-moléculaires ou intra-atomiques sont changés.

On peut, assurément, pour la commodité du langage, parler de l'électricité contenue dans un corps ainsi que de la chaleur contenue dans un composé chimique; mais de telles images ne correspondent à aucune réalité et empêchent même de la percevoir.

S'il n'est pas vrai du tout que la matière soit formée de particules électriques, d'où vient l'électricité qu'on en retire si facilement ?

A l'époque où l'on considérait la matière comme une chose inerte restituant seulement l'énergie qui

lui avait d'abord été fournie, aucune réponse & cette question ne pouvait être formulée. Depuis que nous avons montré, contrairement à Tancienne croyance, qu'elle constituait un colossal réservoir d'une énergie spéciale, l'énergie intra-atomiquej il est devenu facile de comprendre qu'on obtienne, aux dépens de cette énergie, de la chaleur, de Télectricité ou toute autre force. Sans invoquer aucun phénomène inconnu, nous avons fait voir comment un minuscule atome contenait une immense quantité d'énergie, et par des calculs inutiles à reproduire ici, qu'une sphère un peu plus grosse qu'une tète d'épingle, tournant sur elle-même avec la vitesse de projection des particules cathodiques, posséderait une énergie cinétique égale à celle produite en une heure par 1.500 locomotives ayant chacune la puissance de 500 chevaux-vapeur.

Les mouvements de rotation supposés aux éléments matériels expliquent seuls que les particules des corps radio-actifs soient projetées dans l'espace avec une vitesse de l'ordre de celle de la lumière.

Ces vitesses de rotation sont nécessaires, non seulement pour expliquer les projections dont nous venons de parler, mais encore l'équilibre des éléments dont sont formés les atomes. De même que la toupie tombe sur le sol dès qu'elle cesse de tourner, les éléments de la matière ne se maintiennent en équilibre que par leurs mouvements. Si ces derniers s'arrêtaient un seul instant, les corps se réduiraient en une invisible poussière d*éther et ne seraient plus rien.

C'est pourquoi on a pu comparer l'atome à un petit système solaire composé de particules gravitant autour de un ou plusieurs centres avec une immense vitesse. Dès qu'une cause quelconque fait que la force centrifuge résultant de la rotation de ces élé-

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ments dépasse la force d'attraction les retenant dans leur orbite, les particules périphériques s*échappent dans l'espace en suivant la tangente de la courbe parcourue comme la pierre lancée par une fronde.

Dans notre dernier livre nous avons considéré l'électricité comme une substance intermédiaire, engendrée par certaines perturbations d'équilibre de l'éther consécutives à la désagrégation partielle des atomes. Suivant la nature de ces perturbations, il résulte de la lumière, de la chaleur, de l'électricité, etc.; mais les éléments produisant de tels effets n'ont en eux-mêmes rien d'électrique, ni de calorifique.

Donc, si la matière peut, en se dissociant, produire des énergies diverses, lumière, chaleur, électricité, etc., cela ne veut nullement dire qu'elle soit composée de lumière, de chaleur ou d'électricité. La conception des électrons, très parente de l'ancien phlogistique, est, comme l'a montré le professeur de Heen, une des plus malheureuses idées métaphysiques récemment formulées.

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