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LA CONCEPTION DU ZÉRO ABSOLU

Les mouvements des particules des corps échauffés se communiquent aux substances en contact avec elles et font changer leur volume. Le thermomètre est basé sur ce fait. Plongé dans un milieu plus ou mains chaud, il indique la différence de température entre ce milieu et celle de la fusion de la glace prise comme zéro de la graduation de Tinstrument.

Ce zéro est éviîdemment très arbitraire, puisqu'on aurait pu prendre comme origine de la graduation le point de fusion d'un corps quelconque. Tous nos zéros, tel par exemple celui des tensions électriques^ sont également des points de repère conventionnels.

Les physiciens furent cependant conduits depuis longtemps à concevoir pour la température un zéro qui mériterait bien le nom d'absolu par lequel on le désigne, puisque les corps amenés à ce zéro ne contiendraient plus aucune énergie calorifique.

Cette conception fut imaginée à l'époque où la chaleur était considérée comme un fiulde. La température à laquelle les corps auraient expulsé toute leur provision de ce fluide constituait le zéro absolu.

Les discussions théoriques permettant de le fixer ont été nombreuses. Laplace et Lavoisierle plaçaient entre 1.500 et 3.000 degrés au-dessous de la glace fondante. Dalton le fixait à 1.500 degrés. Les raisons de ces choix divers étaient d'ailleurs fort médiocres.

Bien qu'abandonnée, la théorie de la matérialité de la chaleur a continué à peser sur la pensée des phy-> siciens. Des considérations tirées de l'étude de la thermodynamique conduisirent lord Kelvin à adopter pour le zéro absolu le chiffre de — 273 degrés, déjà

déduit de cette considération que les gaz se contractant de 1/273 de leur volume par degré, ne pourraient plus se contracter à 273 degrés au-dessous du zéro ordinaire.

Dans la conception du zéro absolu, les corps ne contiendraient donc plus de chaleur à — 273 degrés. Si la chaleur n'est que la conséquence des mouvements des particules matérielles, comme onTadmet généralement, ces mouvements cesseraient alors entièrement. Avec cette cessation disparaîtraient sans doule aussi les autres forces comme la cohésion. On ne voit pas très bien alors ce que la matière deviendrait. Divers physiciens considèrent d'ailleurs aujourd'hui le zéro absolu comme une limite théorique inaccessible, un simple point de repère pour les calculs.

Sa théorie est très antérieure à l'époque de la découverte de Texistence de Ténergie intra-atomique. On peut supposer à la rigueur que les énergies intramoléculaires, relativement très faibles, puissent disparaître à une certaine température; mais il est impossible d'admettre Tévanonissement des énergies intra-atomiques. Elles sont tellement considérables, en effet, que pour les annuler il faudrait des forces immensément supérieures à toutes celles dont nous pouvons disposer. Si, par un moyen quelconque, tel que rabaissement de la température, on parvenait à troubler profondément les équilibres intérieurs des éléments toujours en vibration et rotation des atomes d'un fragment de matière, ils se désagrégeraient et retourneraient à Téther.

Dans ce chapitre consacré à l'étude de la chaleur, nous n'ayons pas eu à nous occuper de la sensation désignée par ce terme. « Ce qui dans noire sensation, dit Locke, est de la chaleur, n'est dans l'objet que du mouvement. »

Le physicien étudie ces mouvements, mais sans

avoir réussi à les expliquer jusqu'ici. La chaleur est un chapitre de la physique dont quelques fragments se précisent, mais qui se compose surtout d'incertitudes. Nous verrons en grandir le nombre, en étudiant les relations des mouvements matériels produits par la chaleur avec ceux de Téther que ces mouvements engendrent.

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