LA DÉHATÉRIALISATIONDE LA MATIÈRE 21T
expériences, mais encore par les * considérationd théoriques qu'il contient. Les résultats obtenus' par lui ont été identiques aux miens et il admet entière* ment la théorie de la dissociation de la matière. Ses conclusions sont même plus hardies encore que les miennes.
>^ « La désintégration de la matière, dit Ramsay; implique sa transmutation. Quand, par exemple, du zinc illuminé par de la lumière ultra-violette perd de ses électrons, on peut dire que le métal résiduel
— le zinc privé de quelques électrons — n'est plus du zinc, mais une autre forme de matièfe. » Ramsay considère d'ailleurs l'action dé la lumière ultra-violette comme une sorte de détonateur produisant la désintégration des éléments de la matière.
J'ai été très heureux de voir un aussi éminent savant confirmer l'exactitude de mes expériences et arriver aux conclusions que je défends depuis si longtemps. Il ne seï*a pas sans intérêt de rappeler brièvement l'origine de ces dernières.
Lés observations montrant que l'action de la lumière sur les corps produit des effluves analogues à ceux de Turanium — le seul corps radio-actif alors connu
— ne sont pas nouvelles, puisque je les ai publiées il y a environ dix ans pour la première fois. Elles furent le point de départ de ma théorie sur la dissociation universelle de la matière, et j'y suis revenu dans plusieurs mémoires.
Après avoir montré que la lumière solaire exerçait à des degrés divers une action dissociante sur tous les corps, j'abordai l'examen des radiations - ultra^ violettes dont Tétude avait donné naissance à de nombreux travaux. Mes recherches montrèrent: l^que la décharge dite négative était également positive, contrairement à tout ce qui s^enseignait alors; 2*^ que la décharge des corps électrisés est fort différente suivant les corps employés, point vérifié également
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par Ramsay et contraire encore à ce qui s'enseignait; 3"^ que ta décharge ne se faisait pas du tout par une pulvérisation du métal frappé par la lumière comme le croyait autrefois Lénard, mais par la dissociation des atomes. Ce point capital, peu contesté aujourd'hui et admis également par Ramsay, était très nouveau et imprévu à une époque où personne ne songeait à établir une. parenté quelconque entre les effluves produits par l'action de la lumière et les radiations cathodiques et uraniques.
Toutes ces expériences, qui paraissent fort simples quand on lit leur exposé dans un livre, sont hérissées d'énormes difficultés et surtout de causes d'erreur qui expliquent les opinions erronées formulées par les observateurs. Us étudièrent d'ailleurs l'action de la lumière sur les corps sans avoir jamais soupçonné que de cette étude devait sortir un jour la preuve de la dissociation de la matière.
D'autres personnes reprendront ces recherches, car le sujet est loin d'étré épuisé. Je leur rendrai service, en signalant des causes d'erreur qui m'arrêtèrent longtemps et me conduisirent finalement à constater la radio-activité spontanée de tous les métaux* Rien ne serait plus instructif pour l'histoire de l'évolution des idées que le récit des incertitudes par lesquelles les chercheurs ont passé et dont leurs travaux définitifs ne contiennent naturellement pas la trace.
Dans mes premières expériences j'avais bien constaté que les effluves émis par les corps soumis à l'action de la lumière traversaient, ainsi que le reconnut également Ramsay, de minces écrans métalliques. Mais comme parfois ils paraissaient en traverser d'assez épais, je dus rechercher la raison de cette anomalie : les rayons cathodiques auxquels j'assimilais ces effluves ne passent, en effet, qu'à travers des lames extrêmement minces.
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Je remarquai d'abord que ces effluves contournaient les obstacles de la plus curieuse façon, comme s'ils roulaient à leur surface. Le remède semblait facile puisqu'il n'y avait qu'à donner aux écrans supposé traversés la forme d'un cylindre fermé entourant la boule de Télectroscope. Mais au lieu de simplifier la question j'avais créé des problèmes nouveaux, dont l'interprétation me demanda plusieurs mois.
L'électroscope, lorsque je l'exposais au soleil entouré de son cylindre protecteur, se dechargeait.de plusieurs degrés en quelques minutes, puis ne donnait plus aucune décharge, alors même que Ton nettoyait le métal. Si le cylindre était remplacé par un autre de même substance, la décharge recommençait, puis au bout de quelque temps s'arrêtait encore. Pour quelles raisons un corps jouissant de certaines propriétés les perdait-il quelques instants plus tard?
On n'énumérera pas ici toutes les recherches faites pour séparer les facteurs susceptibles d'agir et étudier l'action de chacun d'eux. D'élimination en élimination il ne resta que l'influence de la chaleur. C'était bien elle qui agissait, car en remplaçant le soleil par un corps chaud non incandescent placé dans l'obscurité près du cylindre entourant Télectroscope, la décharge 86 produisait ; mais comme au soleil, elle s'arrêtait bientôt. Quel rôle jouait la chaleur dans ce phénomène?
Évidemment, il était invraisemblable qu'une quantité de chaleur capable d'échauffer de quelques degrés seulement la surface d'un métal rendît conducteur de réiectricité l'air contenu dans son intérieur. La chaleur ne pouvait pas d'ailleurs être le seul élément intervenant, puisque les cylindres métalliques exposés à son action devenaient bientôt sans influence sur l'éleclroscope. Aucun nettoyage ne leur rendait teurs propriétés. La plupart les reprenaient spontanément cependant, au bout de quelques jours.
:De nouveau il fallut procéder par voie d'éliminations successives et j'arrivai enfin à constater que les métaux perdaient, sous Tinfluence de la chaleur, quelque chose qu'ils pouvaient reprendre ensuite par le repos. Ce quelque chose était simplement une petite provision de particules radio-actives spontanément formées dans tous les corps.
Comme résultat final de ces expériences j'arrivai aux deux conclusions suivantes : 1° la lumière — notamment les rayons ultra-violets n'exerçant, comme on le sait, qu'une action calorifique insignifiante — dissocie la matière et la transforme en produits analogues à ceux émis par le radium ou l'uranium; 2^ en dehors de l'action de la lumière et indépendamment d'elle, la chaleur lumineuse ou obscure provoque dans les corps la perte d'une minime quantité de la radio-activité qu'ils contiennent et qui peut se régénérer spontanément. Donc tous les corps sont légèrement radio-actifs et la dissociation de la matière est bien un phénomène universel.
Ramsay observa très bien dans ses belles expériences cette « fatigue » des métaux perdant, plus ou moins au bout de quelque temps, leurs propriétés. Il l'attribue aune modification d'équilibre des atomes de leur surface, théorie qui ne diffère pas sensiblement d'ailleurs de la mienne.