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I. — LA CONCEPTION DES GRANDEURS IRRÉDUCTIBLES

DE L*UNIVERS

Le temps, l'espace, la matière et la force forment les éléments des choses, les assises fondamentales de toutes nos connaissances.

Le temps et l'espace sont les deux grandeurs dans lesquelles nous enfermons l'univers. La force est la cause des phénomènes, la matière en est la trame.

Trois de ces éléments : le temps, l'espace et la force, sont tout à fait irréductibles. La matière peut être ramenée à la force, non seulement parce qu'elle < n'est, comme je l'ai prouvé, qu'une forme particu- I lière de l'énergie, mais encore parce qu'on ne la définit dans les équations de la mécanique, que par des symboles de forcée

1. Dans le système C. G. S. généralement adopté aujourd'hui pour évaluer les grandeurs des quantités physiques, on considère : 1* les quantités fondamen-

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Le temps, l'espace et la force étant irréductibles, ne peuvent être comparés à rien et ne sont pas définissables. Nous ne savons d'eux que ce qu'en dit le «ens commun.

Dès que, pour définir ces grandes entités, on cherche à sortir de ce que l'observation vulgaire révèle, on se heurte à des difficultés inextricables et on arrive- à reconnaître avec les philosophes que ce sont des conceptions de l'esprit, recouvrant des réalités inconnues.

. Ces réalités ne peuvent être exactement interprétées, parce que nos sens restent toujours interposés entre elles et nous. Nous percevons seulement de" l'univers les impressions qu'il produit sur nos sens. La forme donnée aux choses est conditionnée par la nature de notre intelligence.

Le temps et l'espace sont donc des notions subjectives imposées par nos sens à la représentation des phénomènes, et c'est pourquoi Kant les considérait comme des formes de là sensibilité. Pour une intelligence supérieure, capable d'envisager à la fois l'ordre de succession et l'ordre de coexistence des phénomènes, nos notions d'espace et de temps n'auraient aucun sens.

Ce n'est pas seulement Tespace et le temps, mais tous les phénomènes, depuis la matière que nous croyons connaître jusqu'aux divinités créées par nos rêves, qu'il faut considérer comme des formes nécessaires de notre entendement. Le monde construit avec les impressions de nos sens est une traduction sommaire et nécessairement peu lîdèle du monde réel que nous ne connaissons pas.

laies : longueur, masse et temps ; 2° les quanlités dérivées. Ces dernières, très nombreuses, comprennent notamment : les quantités dérivées géométriques, surface, volume et angle ; les quantités dérivées mécaniques, vitesse, accélération, force, énergie, travail, puissance, etc. ; les quantités dérivées électromagnétiques, résistance, intensité, différence de potentiel, etc.

18 l'évolution des forges

Le temps n'est autre chose pour rhomme qu'une relation entre les événements, une succession de phénomènes en un point de l'espace. Il le mesure par le mouvement d'un mobile, c'est-à-dire par les changements de position d'un coips : astre ou aiguille d'une horloge.

Ce n'est que par le changement, c'est-à-dire par le mouvement, que la notion du temps nous est accessible. « Dans un monde privé de toute espèce de mouvement, dit Kant, on ne v^rrait pas la moindre succession dans l'état interne des substances. Donc, l'abolition du rapport des substances entraîne l'anéantissement de la succession et du temps ». S'il n'y a pas d'événements il n'y a pas évidemment de succession et par conséquent pas de temps.

Immobiliser le monde et les êtres qui l'habitent serait immobiliser le temps, c'est-à-dire le forcer à s'évanouir. Si cette fixité était absolue, la vie serait impossible puisqu'elle implique le changement, mais rien non plus ne pourrait vieillir. Les Dieux immortels qui, d'après les légendes, ne changent jamais, ne connaissent pas le temps. Pour eux l'horloge du ciel marque toujours la même heure.

Le changement est donc le véritable générateur du temps. Il n'est concevable, comme les forces et tous les phénomènes, que sous forme de mouvement.

Ce concept fondamental du mouvement se retrouve à la base de tous les phénomènes. Il sert à définir les grandeurs de i'univers et ne peut être défini que par elles. Ce n'est pas un concept irréductible car il est formé par la combinaison des notions de force, de matière, d'espace et de temps. Il faut visiblement les faire toutes intervenir pour définir le déplacement d'un corps.

En physique la plupart des variations des quantités s'exprime par rapport aux variations du temps. Quand la courbe exprimant les relations d'un phénomène

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avec le temps est connue, la science peut remonter du présent au passé et connaître le futur.

La notion d'espace est aussi peu claire que celle du temps. Leibniz la définissait Tordre de coexistence des phénomènes, alors que le temps était Tordre de leur succession. L'espace et le temps sont peut-être deux formes d'une môme chose.

L'espace ne paraît pas concevable en dehors de Texistence des corps. Un monde entièrement vide ne saurait faire naître Tidée d'espace, et c'est pourquoi certains philosophes refusent à l'espace une réalité objective. Pour eux, l'espace étant comme le temps une qualité, là où il n'y a ni phénomène ni substance, il n'y a ni espace ni temps.

Le bref exposé qui précède suffit à montrer combien sont imprécises et limitées les idées que Thomme peut se faire des éléments fondamentaux de TUnivers. Nos connaissances n'étant que des rapports, nous ne définissons les phénomènes inconnus qu'en les rattachant à un phénomène connu. Toute connaissance implique donc une comparaison; mais à quoi comparer les éléments irréductibles des choses ? Ils conditionnent les phénomènes et restent cachés derrière eux.

Si les grandeurs irréductibles de TUnivers ne sont pas connues dan^s leur essence, elles produisent au moins des effets que nous pouvons mesurer. Nous sommes un peu à leur égard comme le facteur de chemin de fer qui sait peser exactement des colis dont il ignore le contenu.

C'est uniquement de ces mesures que la science est faite. Grâce à elles, s'établissent les relations numériques entre les phénomènes qui constituent la trame unique de nos connaissances, puisque les réalités qui les soutiennent nous échappent. Les propriétés des choses ne sont bien définissables que par des mesures. Le qualitatif représente une apprécia-

tien subjective pouvant varier d'un individu à un autre. Le quantitatif représente une grandeur fixe qui peut être conservée et précise nos sensations. La substitution du quantitatif au qualitatif est la principale tâche du savant. « Je dis souvent, écrit lord Kelvin, que si vous pouvez mesurer ce dont vous parlez et l'exprimer par un nombre, vous savez quelque chose de votre sujet, mais si vous ne pouvez pas le mesurer vos connaissances sont d'une pauvre espèce et bien peu satisfaisantes ».

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