I — L'INERTIE OU RÉSISTANCE AU CHANGEMENT
Les forces ne nous sont connues que par les mouvements qu'elles engendrent. La mécanique, qui prétend être le fondement des autres sciences et expliquer l'Univers, est consacrée à l'étude de ces mouvements.
La notion de mouvement implique celle de choses à mouvoir. L'observation démontre que ces choses à mouvoir présentent une certaine résistance. La résistance de la matière au mouvement ou au changement de mouvement est ce qu'on appelle son inertie. C'est de cette propriété que dérive la notion de masse.
Nous nous trouvons donc immédiatement en présence de deux éléments, non pas irréductibles, comme ceux étudiés précédemment, mais fondamentaux : le mouvement et la résistan'^e au mouvement, ou, en d'autres termes, le changement et la résistance au changement. Voyons en^ quoi ils consistent.
L'inertie c'est-à-dire l'aptitude do la matière à résister au mouvement ou au changement de mouvement est la plus importante de ses propriétés, la
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seule même qui permette de la suivre à. travers ses modifications. Alors que ses autres caractères, soliditéi couler, etc., dépendent de plusieurs facteurs et peuvent par conséquent changer, Tinertie ne dépend d'aucun facteur et ne peut changer. Liquide, solide ou gazeux, isolé ou engagé dans une combinaison, un même corps possède une quantité invariable d'inertie. Mesurée indirectement par la balance, elle permet dé le suivre à travers tous ses changements.
Sur cette notion de Tinvariabilité de TinerUe, ou, en d'autres termes, do la masse, reposent les édifices de la chimie et delà mécanique.
Le rôle prépondérant de Tinertie dans les phénomènes est d'une observation journalière. C'est en vertu de l'inertie que les mondes continuent à circuler dans Tespace et qu'un boulet chassé du canon par l'explosion de la poudre parcourt plusieurs milliers de mètres. L'inertie s'opposant au changement de mouvement, les corps cantinue.raient indéfiniment leur course si des forces antagonistes diverses, telles que la résistance de l'air, ne finissaient par les arrêter. Un train de chemin de fer continuerait ainsi d'avancer avec la môme vitesse, sans l'assislance d'aucun moteur si Tinertie ne tendait pas à être annulée sans cesse par des résistances diverses, frottements, etc., que la locomotive sert uniquement à surmonter. La même inertie de la matière s'oppose à ce que le train puisse s'arrêter brusquement. Pour y arriver, il est besoin de freins puissants alors même que la locomotive ne fonctionne plus. L'inertie s'opposant au mouvement comme au changement de mouvement, il faut une force très grande pour sortir le train du repos et aussi pour l'arrêter.
- H résulte donc du principe de l'inertie que lorsqu'un mobile tend à être ralenti par une cause quelconque, rinerlie tend au contraire à maintenir sa vitesse, puisque par définition elle s'oppose au changement de
mouvement. Inversement, quand la vitesse du même mobile augmente, l'inertie intervient pour ralentir son accélération, toujours pour la même raison qu'elle s'oppose au changement de mouvement.
L'électricité possédant, ou tout au moins paraissant posséder, de l'inertie se conduit comme la matière en mouvement. Cette inertie agit dans les phénomènes d'induction exactement conime nous l'avons dit plus haut, en s'opposant au changement du mouvement, c'est-à-dire en sens inverse de la cause qui tend à produire son ralentissement ou son accélération. C'est ce qu'exprime la loi de Lenz qui régit les phénomènes d'induction. Il serait d'ailleurs peut-être possible de les expliquer sans faire intervenir l'inertie au moyen du principe d'égalité de l'action et de la réaction.
Mesurer l'inertie de la matière est facile, constater ses effets est également facile, expliquer sa nature est encore impossible.
Newton, qui le premier l'étudia scientifiquement, la considérait comme une force. « La force qui réside dans la matière, dit-il, est le pouvoir qu'elle a de résister; c'est par cette force que tout corps persévère de lui-même dans son état actuel de repos ou de mouvement en ligne droite ».
Aujourd'hui on tend à admettre que la matière est reliée à Téther par des lignes de force et que toute l'inertie de la première serait celle de l'éther agrippé par ces lignes de force. Mais que l'on attribue l'inertie à la matière ou au milieu dans lequel elle est plongée, cela ne facilite pas son explication.
Ce que Ton peut dire peut-être de moins improbable de l'inertie, c'est que l'agrégat immense de forces constituant la matière, possède certaines relations d'équilibre avec l'éther qui l'entoure. Le mouvement d'un corps romprait cet équilibre et en créerait d'autres d'où résulterait la continuation du mouvement et sa résistance au changement de vitesse. Dans
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les équilibres internes d'un corps en mouvement quelque chose est probablement changé.
A la notion d'inertie il faut rattacher sans doute le principe de l'égalité de l'action et de la réaction. Bien que fondamental en mécanique, il est également peu explicable. Newton l'a formulé de la façon suivante :
<t Un corps qui exerce sur un autre une pression ou une traction, reçoit de celui-ci uae traction ou une pression égale et opposée ». Gela signifie que si vous exercez une traction de 100 kilogr. sur un mur infiniment rigide, il exercera la même traction sur vous. Le mur devient ainsi, comme le fait remarquer M. Wickersheimer, un personnage métaphysique en antagonisme avec vous. Au fond, la mécanique qui semble la science la plus précise et la plus étrangère à la métaphysique, est celle contenant le plus de notions métaphysiques visibles ou cachées. Elles recouvrent évidemment des causes profondes, mais tout à fait ignorées.
Peut-être expliquerait-on le principe de la réaction égale et de sens contraire à l'action en considérant certaines forces comme doubles, c'est-à-dire agissant comme un ressort tendu entre deux points. Il est évidemment impossible alors d'agir sur l'un sans que l'autre réagisse aussitôt. La pesanteur et l'électricité seraient dans ce cas«