CHAPITRE II
LNnfra-rouge et la photographie à travers
les corps opaques.
^i| I. - LA VISIBILITÉ A TRAVERS LES CORPS OPAQUES*
Nous avons vu. que la plus grande partie du spectre solaire était formée de rayons invisibles situés dans la région de Tinfra-rouge et allant pour là lumière solaire jusqu'à 5 [x, d'après les recherches de Langley. Le spectre des flammes, beaucoup plus prolongé, encore, s'étend jusqu'à 60{x.
Cette région si importante n'avait guère été étudiée jusqu'ici qu'au point de vue de ses propriétés calorifiques. Ayant découvert que le sulfure de zinc à phosphorescence verte est presque aussi sensible, pour une partie de ces radiations, que le gélatino-bromure d'argent pour la lumière visible, j'ai pu étudier leurs propriétés, notamment celle de traverser un grand nombre de corps opaques. Elles permettent la visibilité et la photographie à travers ces derniers. Ces phénomènes vont être étudiés maintenant, les autres actions de Tinfra-rouge seront examinées dans un prochain chapitre.
Pour que l'œil puisse voir un objet placé derrière un corps supposé opaque, une planche de bois on du papier noir, par exemple, il faut d'abord, évidemment, que les rayons le traversent. Il est ensoîle
l'infba-rouge bt la photographie 299
nécessaire que l'œil soit rendu sensible à ces rayons.
La première de ces conditions ayant toujours été considérée comme impossible, on ne pouvait songer à réaliser la seconde.
La découverte des rayons X a prouvé que les corps opaques peuvent bien être traversés par certaines radiations, mais les propriétés de ces radiations, créées artificiellement par nos instruments, ne pouvaient modifier les idées anciennes sur Topacité des corps pour la lumière. Là fable antique du lynx, dont les yeux étincelants voyaient à travers le9 murs, semblait devoir rester la plus irréalisable des chimères.
Elle ne Test cependant pas. En poursuivant nos recherches sur l'ensemble des radiations désignées sous le nom de Lumière noire, nous avons été amené à constater: 1" que les rayons lumineux, ou du moins certains de ces rayons,' traversent sans difficulté un grand nombre de corps opaques; 2° que les rayons invisibles qui les ont traversés peuvent être rendus visibles facilement.
Si donc notre œil ne voit pas à travers les corps opaques, ce n'est nullement parce que des rayons lumineux ne les traversent pas, mais parce que notre rétine est insensible à ces rayons. Si l'œil du lynx ne jouit pas réellement de la propriété que lui accordaient les légendes, aucune raison scientifique ne s'opposerait à ce qu'il la possédât. Il serait très facile d'imaginer un œil, d'ailleurs assez peu différent du n^tre, celui des animaux nocturnes peut-être, ayant la faculté de voir à travers les corps opaques.
Les expériences qui vont suivre réalisent cet œil artificiel, sensible à des radiations invisibles pour \^ rétine humaine.
La détermination de la position occupée dans le spectre par les radiations capables de traverser les corps opaques se fait de la façon suivante :
Au moyen d'un héliostat et d'une lentille on condense un fais^ ceau de lumière sur le collimateur d'un prisme à vision directe, et on reçoit le spectre dans l'obscurité, sur un écran de suirurc de zinc gradué en longueurs d'onde d'après la Tormule de dispersion du prisme employé. Cet écran a été préalablement sensibilisé par une courte exposition à la lumière. Après la sensibilisation et avant de faire agir le spectre sur l'écran, on recouvre une portion de la partie sur laquelle il doit tomber, avec une lame du corps
fl
FiG. 30. — Disposition schématique de l'appareil «mplayé pour ditermiiier les radiations qui traversent les corps opaques, A, Miroir de l'héliostat qui immobilise les rayons solaires. B, Lentille condensant Im rayons sur la fente 0, du collimateur (son emploi est indispensable dans ces expérience). D, Prisme & vision directe. E, Ecran enduit de sulfure de zinc et maintenu dans l'obscurité.
Opaque dont on veut étudier la transparence, une feuiilc de papier noir par exemple. En supprimant le spectre au bout d'un instant et déplaçant la lame opaque, on voit immédiatement, par le noircissement partiel de l'écran phosphorescent sous elle, la région du spectre qui l'a traversée. Kllc s*étend de 0*,8 à 3{J-.
Voyons mainteuant comment, en utilisant les pro-^ priétés de ces radiations, on peut rendre visible un corps enfermé dans une enceinte opaque.
Il suffit pour y arriver de suivre simplement lès explications données sous la figure suivante. Au bout de quelques secondes, on voit l'objet enfermé dans une boîte se dessiner sur l'écran qui la recouvre.
La source lumineuse, dont les rayons traversent le corps opaque, est une lampe à pétrole entourée de papier noir. L'observateur se trouve donc dans une obscurité absolue, au milieu de laquelle appa-