ROLE DES DIVERSES RADIATIONS LUMINEUSES
lement conduit à chercher dans la coloration la cause d'effets attribuables en réalité à des différences d'in^ tensité. On sait depuis longtemps qu'à la lumière faible des appartements, les plantes décomposent très peu ou même, pas du tout l'acide carbonique. Cette lumière contient cependant les rayons nécessaires à la décomposition. Elle ne la produit pas faute d'intensité.
Cette première cause d'erreur suffirait à vicier toutes les conséquences tirées des effets observés. Elle n'est pas d'ailleurs la seule. Les prismes, surtout ceux en flint, choisis généralement à cause de leur grand pouvoir dispersif, absorbent la presque totalité de l'ultra-violet — dont l'action est très importante — et une grande partie de i'infra-rouge.
Sans doute, on peut théoriquement remédier à ces deux inconvénients en se servant de prismes de quartz ou de\sel gemme, et c'est ce qu'on a en effet tenté. Mais le pouvoir dispersif de ces substances est très minime et leur spectre par conséquent trop peu étendu.
Les errements précédents, et bien d'autres dont l'exposé complet serait trop technique, expliquent suffisamment les divergences des résultats obtenus par les observateurs. Pour les uns, la décomposition de l'acide carbonique par la plante, c'està-dire son rôle le plus important, serait nul dans le rouge et considérable dans le vert. D'autres, croient exactement le contraire, Faction serait nulle dans le vert et maximum dans le rouge. Ce dernier résultat est cependant le plus probable parce que dans le rouge et son voisinage se trouvent les bandes d'absorption de la chlorophylle.
On voit en résumé qu'il y a peu de renseignements précis à tirer des études faites au moyen d'un prisme.
Les résultats obtenus en remplaçant le prisme par
des verres de couleur ne sotit pas meilleurs. Il est regrettable qu'il en soit ainsi^ car le procédé est pratiquement très simple puisqu'il n'y a qu'à recouvrir les serres de verres de colorations différentes.
Cette méthode procède d'une erreur dans laquelle tombent beaucoup d'expérimentateurs. Gomme l'œil ne voit qu'une seule couleur à travers un écran coloré, un verre bleu par exemple, on s'imagine que cet écran ne laisse passer que la couleur perçue par la rétine. Or, il n'en est rien. Aucun verre — en dehors du rouge — n'est monochromatique. Tous laissent passer la totalité du spectre visible. On peut s'en convaincre facilement en interposant enire le ciel et la fente d'un petit spectroscope à vision directe des verres colorés. J'ai eu occasion d'en étudier un nombre considérable et de constater que tous, en dehors des verres rouges, laissent passer la totalité du spectre et ne font qu'affaiblir l'intensité relative de ses diverses parties.
Donc en fermant une serre avec des verres de couleur, on ne fait guère que réduire inégalement Tînteusite des divers rayons lumineux. Quand on met une plante sous un verre bleu, jaune^ violet, etc., c'est un peu comme si on la mettait dans un appartement sombre.
L*empIoi des verres de couleur pour séparer les diverses radiations comporte encore d'autres causes d'erreur. Ces verres absorbant très inégalement Tinfra-rouge, on peut attribuer à l'influence de la lumière ce qui est dû à celle de la chaleur. D*un verre à l'autre les différences d'actions calorifiques sont considérables. En plaçant un thermomètre dans des boîtes de 1 décimètre cube environ de capacité, fermées chacune par des verres de diverses couleurs et qui constituaient ainsi de petites serres, j*ai constaté que la température au soleil étant de 30 degrés elle était plus élevée de IQ à 15 degrés au bout de 10 minutes dans leur inté> rieur suivant les verres. •
Les seules expériences qu'on puisse réaliser arec des verres colorés sont celles où l'on fait usage de
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▼erres rouges. Ils sont, comme je le disais plus haut, presque monoclri*om2ftî(|u6$.
Les expériences exécutées dans des serres fermées par de tels verres à l'observatoire de Juvisy, paraissent prouver qu'un certain nombre de plantes acquerraient à^ la lumière rouge un développement beaucoup plus considérable qu'à la lumière ordinaire. Telles seraient par exemple les sensitives, les laitues, les glaïeuls, les géraniums, les bégonias, les pommes de terre, les fougères mâles, etc. Quelques-unes : betteraves, pensées, giroflées, etc., prospéreraient au contraire moins bien.
Si on admettait comme démontré que certaines plantes se développent beaucoup mieux à la lumière rouge qu'à la lumière blanche, il faudrait en conclure nécessairement -^ comme pour la phosphorescence — que certains rayons agissent en sens contraire des autres. A la lumière blanche, une plante reçoit évidemment autant de rayons rouges que sous un verre rouge puisque ce dernier ne fait qu'éliminer de la lumière tous les rayons sauf le rouge. Si le seul fait de cette élimination favorise considérablement le développement de la plante, c'est que les rayons éliminés agissaient pour affaiblir l'action du rougé. Ce siérait etactement ce qu'on observe, comme nous le verrons dans le prochain chapitre pour la plaque phosphorescente. Celte dernière devient beaucoup plus lumineuse quand on retire de la lumière qui la frappe certains rayons antagonistes.
Les actions antagonistes s'observant pour la phos-^ phorescence existeraient donc aussi pour les végétaux. Green avait déjà constaté que le violet et Tultraviolet tendent à détruire la diastase alors que sa production augmente dans le rouge. On verra plus loin que d'après mes expériences, Tinfra-rouge détruit la matière verte des plantes et d'autres substances, formées dans la partie lumineuse du spectre.
SS. - NOUVELLE MÉTHODE D*ÉTUDE PË« JICTIQNS PHYSIOLOGIQUES DE L'INFRArROUOE ET RÉSULTATS OBTENUS.
Dans les recherches précédentes, il n'a guère été question que des rayons visibles du spectre, Le seul moyen autrefois contiu d'étudier Tinfra-rouge étant la séparation par le prisme et ce dernier ramassant sur une très petite surface les radiations de cette extrémité du spectre, on ne pouvait guère déterminer leur action^
Le fait mis en évidence par. mes recherches de la transparence de corps non métalliques, papier noir, ébonite, etc. pour les rayons de grande longueur d'onde permet de les séparer facilement de la lumière visible. On recouvre simplement. une serre avec une dO'Ces substances, le papier noir notamment. Elle est alors plongée dans une obscurité complète, mais bai^. gnée de lumière invisible. En réalité, la sçrre n'a été. ainsi privée que du dixième au plus de la lumière to-, taie (visible ou invisible) qu'elle aurait reçue éclairée par le soleil.
Je n'ai pas besoin de faire remarquer, je pense, qu'on ne peut établir aucun rapprochement entre une enceinte où ne pénètrent que les radiations obscures de grande longueur d'onde et les caves qui ont^servi à étudier Faction de l'obscurité sur les végétaux. L'obscurité de la serre est la même pour l'œil que celle de la: cave, mais les effets produits seront né-, cessairemept fort différents, puisque la serre est baignée, par les flots d'une lumière invisible, que la cave ne contient pas.
Je n'ai pu malheureusement poursuivre pendant longtemps mes expériences sur ce sujet, le jardin où elles étaient exécutées n'ayant été mis à ma disposition que pendant une saison. Je ne donne donc les résultats obtenus qu'à titre d'indications. Ils pourront peut-être rendre service aux horticulteurs en leur
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donnant l« moyeu de modifier la côiileuf de' certaines plantes et le goût de divers fruits. ' . '"■ '
On peut dire d'une façon générale q^e Tinfra-rrouge — jusqu'à 2 ou 3|x — détruit la matière verte formée sous l'action de la lumière et certaines matières colorantes, réduit la proportion de sucre, supprime les produits sapides et transforme aussi la saveur de différentes parties des végétaux.
Voici d'ailleurs le résumé de mes essais ;
Action des radiations invisibles snr les végétaux.
lo Graines de plantes diverses. — Laitues, concombres, graminées, etc;, mises à gerMer soùs une cloche couverte de papier noir, transparent pour Tinfra-rOuge. Toutes germent plus vite qu*à la lumière solaire puis dépérissent et meurent en une quinzaine de jours.
2» Plantes développées à la lumière du jour puis exposées à la lumière noire. — Les diverses plantes se conduisent très différemment. En voici quelques exemples : Heine-marguerite ^ ne fleurit pas. Bégonia^ s'étiole au bout d*une dizaine de jours. Fraises^ ne. se modifient pas et mûrissent très bien. Concombres et haricots^ meurent par étiolement des feuilles.
: 30 Fimits et parties diverses des végétaux. — Des tètes d'artichauts enveloppées de papier noir, transparent aux grandes radiations, pâlissent complètement en quelques jours mais se développent mieux que des artichauts voisins exposés à la lumière du jour et gagnent beaucoup en qualité. Poires, pêches et raisins. Pâlissent un peu mais se développent très bien. On les a enveloppés' dès qu*ils confmençaient à se former. Ces trois espèces de fruits présentent cette particularité d'avoir en partie perdu leur goût sucré et leurs principes aroniatiques. Tomates. Perdent leur couleur rouge et leur goût, blanchissent complètopient.
Je ne donne, je le répète, ces expériences que comme des indications générales. Elles méritent en effet des critiques que j'aurais évitées si j'avais pu les refaire. La méthode comparative indispensable pour tirer des conclusions d'expériences^ où plusieurs facteurs peuvent agir, exige qu'il y ait seulement unç condition variant d'une expérience à, l'autre afin de pouvoir attribuer les différences de résultats i^ cette unique différence de condition. Or, dans ces expérien-
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ces on n'a pas toujours tenu compte de Taération. de la chaleur, etc.
Les diverses parties de la lumière exerçant, comme nous allons bientôt le voir des actions antagonistes très nettes il pourrait être fort utile, soit dans remploi des bains de lumière, si uaités mainte» nant en thérapeutique, soit dans les recherches biologiques, de pouvoir séparer les radiations afin d'étudier le rôle de chacune d'elles. Dans Tétat actuel de la science les études comparatives possibles sur Taction des différents rayons de lumière visible ou invisible sans réduire notablement leur intensité, comme par Tusage d'un prisme, sont limitées à remploi des écrans suivants :
latnrt d«t écraai. Rayou afisiant avec chaque écrai.
! Les parties agissantes, c'est-à-dire
1. Absence complète d'écran, \ la totalité du spectre solaire, vont de