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LA PREMIÈRE ÉTAPE DE FERDINAND BRUNETIÈRE

Quand on relit le Roman naturaliste, qui a été écrit de (875 à 1882, on est surpris de voir combien cette critique est encore actuelle et vivante. Certes, on peut dire que Brunetière a progressé depuis lors. Il a donné à son style plus de force et plus de mouvement. Il a perfectionné cet art de la composition qui « organise » tous les chapitres, toutes les périodes, toutes les phrases, pour l'action. Il a rendu sienne celte escrime du dialecticien qui fait de lui le premier avocat de France.

Mais, en 1876 déjà, quelle connaissance solide des sujets traités!... L'étude générale sur le roman naturaliste, qui porte cette date, ne ressemble que pour l'ampleur aux considérations vastes, mais candidement superficielles, développées avec dilection par les trop jeunes critî-

ques. Les traits sont précis, la méthode est claire, la pensée, vigoureusement personnelle. Et la suite du volume n'en dément point le début. Qui donc a mieux analysé les procédés de Flaubert, mieux défini son talent?

Même les « éreintements », qu'on a tant reprochés à Brunetière, paraissent-ils aujourd'hui si injustes, ou tout au moins si scandaleux?

Il fut dur pour Zola. Mais il ne le fut pasf| autant que M.Remy de Gourmont, hier encore, dans ses Epilogues, Pourtant on ne s'aviserait point d'invectiver à ce propos M. Remy de Gourmont et de le traiter de cuistre... En réalité, Brunetière ne méconnaissait pas Zola, s'il le maltraitait. Il a fort nettement indiqué, par exemple, ce qui fait la valeur toute particulière de r Assommoir (i). Mais le Roman expéri" mental ne lui en imposait guère. Avait-il tort? « Expérimenter sur Coupeau, disait-il, ce serait se procurer un Coupeau qu'on tiendrait en chartre privée, qu'on enivrerait quotidiennement à dose déterminée, que d'ailleurs on empêcherait de rien faire qui risquât d'interrompre ou de

I. Le Roman naturaliste {Le Roman expérimental, 1879, pp. 125 et 126).

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détourner le cours de l'expérience, et qu'on ouvrirait sur la table de dissection aussitôt qu'il présenterait un cas d'alcoolisme nettement caractérisé. Il n'y a pas autrement, ni ne peut y avoir d'expérimentation, il n'y a qu'observation, et, dès lors, c'est assez pour que la théorie de M. Zola sur le Roman expérimental manque et croule aussitôtpar la base (i). » Relisez le Homan naturaliste et, si vous pouvez, le Roman expéri' mental : au lieu d'avoir l'impression que Brunetière attaquait imprudemment, vous aurez presque celle qu'il se battait contre des moulins, tellement le Roman expérimental^ si j'ose ainsi parler, a cessé d'être (2).

Cependant, en 1879, il semblait hardi de le réfuter... De même il y avait de bonnes gens, épris d' « écriture artiste », qui trouvaient en 1882 Brunetière béotien parce qu'il n'appréciait pas la Faustin. Oui, en vérité, il prétendait que c'était an faux naturalisme l... Or, si nous feuilletons aujourd'hui ce roman bizarre, ni composé, ni

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