‹ L'évolution des idées chez quelques-uns de nos contemporainsChapitre 12 sur 36 · Voyez la lettre à Prévost-Paradol du 5 février i85a · texte numérisé non relu

Voyez la lettre à Prévost-Paradol du 5 février i85a

TAINE ET RBNAK

en un désir unique, qui est celui d'éc< idées et de résoudre mes problèmes *

Presque en même temps que la C dance de Jeunesse de Tainc, on vient les Lettres du Séminaire ^ de Renan sont loin de présenter le même intérêt là. En effet, sur le développement de de Renan et sur sa crise religieuse, ell tiennent rien ou presque rien, car toutes adressées à M""" Renan, à qui, dernière limite possible, il cacha son intellectuelle.

La première lettre du volume est d' Renan, qui annonce à son frère qu'ell lui faire obtenir une bourse entière au de Paris, <( accordée jusqu'à l'âge de ^ ans ». Déjà peu croyante, elle ne désir; tout qu'Ernest fût prêtre ; mais elle

j. A Léon Crousl*. — Poitiers, s5 ayril i85a.

a. Ernest Resa» : Letires da Séminaire, iS3S-i HAMN-LÉvr, éditeur. — Ces ietlres comprennent le Saint-Nicolas, d'issy et de Saint-Sutpice, et le ce SUiDisUs. Elles cessent dix mois après l'entrée d pension Crouzet.

iion exccHcnle de lui procurer, gralujles b<;in!fices de l'enseignement seconi, dans lasuile, le jeune clerc envisagea, fort de sa crise morale et avec une agaistancc, les avanliiges de carrière dans lésiastique, de façon qu'il ne semblait r de vraie vocation dès son entrée à . s'il prolongea un peu trop son séjour j séminaire, ne peut-on pas dire que sa )urtant si virile, si loyale en d'autres nces, luiavaildonné le fâcheux exemple éoccupalions exclusivement pratiques?

, à Saint-Nicolas, était un séminariste inaire à tous les points de vue. Sa piété t pas de la moyenne ; elle s'exprimait int et à intervalles de plus en plus I témoigne encore d'une g;rande naïveté naturel fort respectueux : il s'incline

eur, doDl ]es croyances commençaient à s'ébranler, avec regret la direction toute cléricale de mon édn- :1a 311 momcnl même oii elle le raisail entrer iiSaint-

Ma SŒur ffenrlettr-.

Erncal lUnan. — Henriette Renan. — Lellres iaii-

iiimanisme superficiel (qu'on enseignait à Saint-Nifiùmer en moi trois ans le raisonnenier.t, en minw liét'-aisaU la naSoflé première de ma foi. Mon M subit de grandes diminulioas... •> — Souvenirs — Saînt-Xicolas da C.hardonnel .

devant touleslesautorilés, il plaisante ra Il écrit sans sourire :.« Peu s'en est f nous n'ayons monté dans les appar mêmes de Louis-Philippe à Neuilly. Quell c'eût été pour nous, n'est-ce pas, m; maman ? Quel respect, quelle vénératîo sentiments de joie n'auriez-vous pas eus sant que votre Ernest aurait visité Vi ment de S. M. le roi des Français ' ? e Il aime sa mère très profondément, < même quelque chose d'un peu féminin soin qu'il prend des détails qui la concei veut qu'elle se chauffe, qu'elle sorte pi vent, surtout qu'elle n'omette pas de sa petite goutte de café quotidienne. Il sans cesse à cette petite goutte : « Ne n pas tous les jours de prendre la galtale vous en prie, ma chère maman ï. » El i pédantisme du mot n'est pas ici sans c on préfère certainement le rappel puéril «guttule B aux rengaines sentimentales i dent insupportables certaines pages de M

Henriette et des Souvenirs d'enfance et de jeunesse.

Cependant toute rhétorique n'est pas absente de cette correspondance au style gauche et sou vent incorrect. Le jeune Ernest ne sait guère exprimer les élans de sa tendresse filiale qu'en multipliant les vocatifs et les exclamations : « Oh! ma douce mère, je vous en supplie... ne vous privez pas pour nous ! Hélas ! ma bonne mère... le cœur me fend, quand je pense que vous souffrez peut-être!... O chère mère, voilà en quoi notre séparation est pénible ! Que ne suis-je auprès de vous pour vous prodiguer mes soins ! Je vous supplie, au nqmduciel, encore unefoisde vous soigner !...0 mabonne mère*!...,etc. » On songe involontairement aux épîtres des petites Bjles modèles dans les romans pour enfants qu'écrivait M""® de Genlis. Et pourtant n'est-ce pas le même procédé, employé avec plus de science, qui se retrouve dans la Prière sur V Acropole"?

Mais le sens artistique faisait complètement défaut, en ce temps-là, au jeune Renan. Certain ({ itinéraire » de Caen à Paris ne le montre que trop : (( Nous continuâmes de parcourir les beaux

I .Ernest Renan à M™« veuve Renan. — Paris, lo novembre 1839.

paysde laNormandie, d'une fertilité admirable; et nous traversâmes la vallée la piMS fertile de France. Après avoir dîné à Mantes, ville considérable... nous continuâmes de lonj bords charmants de la Seine, que nous i déjà souvent rencontrés; nous traversante les villages qui labordenl... ; et enfin nous vâmes au célèbre château de Saint-Germa Le futur auteur des Souvenirs ne valai comme paysagiste, ni même comme écriva consciencieux fabricants du guide Joanne.

Renan avait alors plus de dispositions les mathématiques* que pour le style : I mière année du séminaire de Saint-Nicoli places en dissertation française n'étaien glorieuses.

Nous ne pouvons l'ignorer, car les plai composition prennent une importance éi dans cette correspondance. Renana d'amui façons de proclamer ou d'avouer ses défai écrit triomphalement: «J'ai attendu la fin

I. Ernest Renan à M "• veuveRensn. — Paris, aoseplemli 3. Voyez les lettres du 8 et du i6 septembre jSï8. — marque aussi chez le jeune séminariste du bon sens tendance i ne pas se payer de mois i^ui est assez curieu) tend Lacordairc et Rafigoan, el les raisons qu'il doni préfërence pour le dernier sont solides. (LeUre da 7 mai

Tvarr^n l'iMM ;— n!p

lettre, ma chère maman, pour vous apprendre une grande nouvelle, une nouvelle que je ne vous ai pas encore annoncée depuis mon départ, une nouvelle qui vous comblera de joie, une nouvelle que je vous annonçais plus souvent autrefois, une nouvelle que je tâcherai de vous annoncer plus souvent désormais. Devinez-la... Je ne veux pas vous tenir plus longtemps en suspens. Cette grande nouvelle, c'est que... c'est que dans une composition en lettre latine, j'ai été... Enfin il faut vous le dire, j'ai été le premier*. » Mna® de Sévigné, dans une lettre célèbre que celle-là rappelle, faisait-elle plus d'embarras ? Une autre fois, avec presque autant de préparations, il confesse un échec : « Par un coup surprenant du sort, une révolution soudaine s'est opérée, les malins de la classe (c'est ainsi qu'on appelle vulgairement les forts) se sont oubliés et se sont laissés vaincre, Henri Nollin se place le septième 2, Alfred Foulon, naguère invincible, est rejeté à la dixième place. J'ai peine à vous le dire et à le croire... je suis le

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