‹ L'évolution des idées chez quelques-uns de nos contemporainsChapitre 26 sur 36 · DE MARCHENOIR A DURTAL · texte numérisé non relu

DE MARCHENOIR A DURTAL

Simplement, il avait résolu de s'enfoncer, comme il pourrait, dans ce silence, dans cette contemplation, dans ce crépuscule d'argent de Toraison, qui guérit les tristesses. Il savait d'avance combien la solitude est nécessaire aux hommes qui veulent vivre, plus ou moins, de la vie divine. Dieu est le grand Solitaire qui ne parle qu'aux solitaires et qui ne fait participer à sa puissance, à sa sagesse, à sa félicité, que ceux qui participent, en quelque manière, à son éternelle solitude. Sans doute, la solitude est réalisable partout et même au milieu des meutes courantes du monde, mais quelles âmes cela suppose, et quel exil pour de telles âmes I Or, il avait le pied dans la patrie de ces exilées : la famille chartreuse de Saint-Bruno^ la plus parfaite de toutes les conceptions monastiques, la grande école des imitateurs de la solitude de Dieu !

Les religieux qui le reçoivent (Léon Bloy nous en montre deux seulement) n'ont rien qui les personnifie : ils sont des saints-archétypes et font des discours. Presque aucun détail sur la vie du cloître, presque aucune description. « Marchenoir, le moins curieux de tous les hommes^ n'avait aucune hâte de visiter la Grande-Chartreuse. » C'est, non pas un réaliste, mais un frénétique Imaginatif — nnimaginijiquey comme on dit depuis que M. Hérelle a traduit le Feu^

i l'évolution des idées

e Désespéré observe la vie juste assez pour la laudire en connaissance de cause. Il ne s'occupe ssidûment que d'entretenir sa flambée intérieure \ les faits lui servent tout au plus d'allumettes. . la Chartreuse, il ne voit ni la Chartreuse ni ^s Chartreux : il voit seulement l'idéal monas- ■que. Mais il le voit dans toute sa grandeur et le synthétise en une seule page :

Notre liberté est solidaire de l'équilibre du monde

t c'est là ce qu'il faut comprendre pour ne pas s'é- )nner du profond mj'stère de la Réversibilité, qui îtle nom philosophique du grand dog^me de la lommunton des Saints. Tout homme qui produit ua ct« libre projette sa personnalité dans l'infini. S'il onne de mauvais cœur un sou à un pauvre, ce sou ■erce la main du pauvre, tombe, pcrc« la terre, troue ;s soleils, traverse le firmament et compromet l'unïcrs. S'il produit un acte impur, il obscurcit peultre des milllersde cœurs qu'il neconnattpas, quitorespondent mystérieusement à lui et qui ontbesoinque et homme soit pur, comme un voyageur mourant e soif a besoin du verre d'eau de l'Évangile. Un cte charitable, un mouvement de vraie pitié chante our lui les louanges divines, depuis Adam jusqu'à i fin des siècles; il guérit les malades, console les ésespérés, apaise les tempêtes, rachète les captifs, onvertit les infidèles et protège le genre humain.

DE MARCIfENOIR A DUHTAL

Toute la philosophie chrâtlenae est ds lance inexprimable de I acte libre et da d"uQe enveloppante et indestructible se Dieu, dans une éternelle seconde de st voulait faire ce qu'il n'a jamais fait, anéa homme, il est probable que la création :

poussière.

Mais ce que Dieu ne peal pas faire, da reuse plénitude de sa justice, étant Ué p> miséricorde, de faibles hommes, en verti berté et dans la mesure d'une équitablesal peuvent accomplirpour leurs frères. Mouri mourir à soi, mourir, pouraInstparler,auC en s'anéanlissant devant lui dans l'effraya tion solaire de sa justice, — voilà ce que p des chrétiens, quand la vieille machine c que dans les cieux épouvantés et n'a pre force de supporter les pécheurs. Alors souffle de miséricorde balaie comme un c'est l'horrible création qui n'est pas de de l'homme seul, c'est sa trahison énon mauvais fruit de sa liberté, c'est tout un de couleurs infernales sur le gfouffre éc Beauté divine *.

Cependant Marchenoir apprend auquel il se confesse qu'il est, sans qu

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