ROMANS DE FBMMES ET
d'enthousiasme, s'écrie : « Us restèrent k temps silencieux, la main dans la main, ^oû un bonheur infini : celui d'un couple élu, foi leur d'une race nouvelle ; un bonheur de dieu El, ce jour-là, Villebelle est bien un paradi
Mais, n'en déplaise àM™* Compain,la «rî des époux qui s'accordent n'est pas si « i velle u. Nous connaissons bon nombre de mi ges où, sans théories, — pardonnez-leur, dame! — on pratique le mariage parfaîtj l'on ne sait plus si quelqu'un commande, les deux volontés, pénétrées d'un même an et d'une même foi, sont unes. A ces « pies élus », voire livre naïf et noble plaira, suis sflr {sans qu'ils en approuvent toutes thèses), parce qu'il est plein d'âme et que vent, parmi des idées hétérogènes, le chri nismc intérieur y transparaît.
Et, en Usant l'Un vers F Autre, M"« Ce Yver se rassurera sans doute ; car elle cherc
lois de ce genre existent déjà en Autriche, dans tes pro Balliques, etc. M"= Avilard y eût élé praUg^e... [Cf. P> Femme, de l'abbé NiUDEi, p.;i8G.)
LE MAITRE DE LA ME
LE MAITRE DE LA MER
Quand on lit un ouvrage de M. de Yo on songe dès les premiers alinéas : « Voil auleur qui ne doit guère être populaire !
style souverainement (f distingué », d'une al hautaine, l'obstination à présenter les i sous une forme étudiée presque à l'excès i, tant que l'élévation constante de la peu semblent faits pour éloigner le grand publi( pourtant, cet écrivain, voué, croîrait-on, réclusion élégante des cénacles, a exercé, su grand public, la plus puissante influence. I. l'importateur du roman russe ; et si des mil de Français aiment Gogol, Dostoïcwsky, 1 toï — Gorki aujourd'hui — très probabler ils le doivent à M. de Vogué.
I. Pcut.#tre pourrir t-oa discerner cependant en si en romaas comme une tentative de sîmpliiicalio
i54 l'évolution des idées
Ensuite il patronna le nëo-christianisme. (A cette époque idyllique, M. Henry Béreng*er, jeune homme très sage, écrivait PEffort.) Et, quoique la plupart des néo-chrétiens aient mal tourné, ils avaient alors créé un état d'esprit qui fut relativement fécond.
Si nous continuons à étudier l'auteur du Roman russe^ les contradictions — ou les mystères — se multiplient.
Evidemment, il apparaît comme un idéologue. Mais en même temps il se montre imaginatif à la façon d'un artiste : personne ne cherche plus que lui, et mieux que lui ne trouve, les belles métaphores. Vous n'avez pas oublié l'évocation du labarum sur la tour Eiffel.
Cet idéologue est un critique. Ses études sur les romanciers russes le placent même au premier rang, à côté de Brunetière, de Lemaître, de Faguet, de Bourget (le Bourget des Essais de Psychologie contemporaine). Mais quand on y regarde d un peu près, on s'aperçoit que sa critique reste singulièrement personnelle : il poursuit sans cesse son rêve propre parmi les œuvres étrangères ; peut-être va-t-il, parfois, jusqu'à les déformer au gré de sa pensée.
LE MAITRE DE LA MER
Un tel « subjectivisme », s'exprimant s( forme que nous essayions plus haut de d^ implique une certaine aristocratie. En effei la naissance et par le tempérament, M . de \ semble doublement aristocrate. Mais il aime pas moins la démocratie ; l'avenir m fraie Jamais; et il tient à voir du bon, di bon, dans le présent. N'a-t-il pas un jour ac même ses collègues de la Chambre des Dépi (Cela lui a bien passé d'ailleurs, et, dan Morts qai parlent, il s'est repris vigour ment.) Pessimiste d'instinct, fort mélancc d'humeur, il garde pourtant une sorte d misme volontaire qui domine tout.
Serait-ce une opération du christianisme les plus fortes pages de M. de Vogué sont tiennes à coup sûr. Néanmoins, ce chrél salué le païen d'Annunzio comme un Irion leur ; il l'a introduit en France, solennellei ainsi qu'il avait fait naguère pour Tolsto dans Jean tTAgrève, il a montré une pa illégitime, purifiée par son intensité même lifiée par la douleur : presque une thés George Sand M...
t. Le plus curieux, c'est qu'il ne veut pas, mime a
LE MAITRE DE LA MER iSy
un idéal. Peut-être bien, au début, n'a-t-il pensé qu'à gagner de Targent ; mais, une fois Targent gagné, accumulé, entassé, il a voulu planter, au sommet de cette pyramide, un drapeau. Une espèce de prophète, Hiram Jarvis, le lui a fourni. Cet Hiram, Anglais, prêche Talliance des Etats- Unis avec r Angle terre afin de réaliser la suprématie mondiale des Anglo- Saxons, pour le plus grand bien de l'humanité comme pour la plus grande gloire du christianisme. Du judaïsme plutôt — car le Nouveau Testament semble étrangement éclipsé par r Ancien. La domination d'Israël sur les peuples (la race anglo-saxonne constituant l'Israël des temps modernes) forme le fond et oriente la pratique de cette religion dangereuse qui agrée volontiers comme apôtres des Cecil Rhodes et des Jameson.
Ainsi inspiré, Robinson projette la conquête de l'Afrique intérieure, du Ouadaï, au profit de la race élue. Il essaie d'employer à ce dessein, mais, bien entendu, sans lui révéler le but final, le capitaine de Tournoël — frère puîné du commandant Marchand — que le Gouvernement abandonne après une expédition héroïque et vaine. Ce capitaine se méfie ; d'ailleurs il ne veut
8 L'ivOLUTION DBS ID^ES
IIS aucun prétexte sacrifier son épée. C'est la le, très soulignée, entre le vieil honneur franis et l'esprit positif du Nouveau Monde. Le til honneur français, qui ne manque pas de mporler, fait peut-être un peu trop de phra-
La bataille recommence sur un autre terrain, r le mullimilliardaire et l'officier aiment la (me femme (nul n'est à l'abri de l'amour, mme tous les lecteurs de romans le savent).
encore, le mullimilliardaire est vaincu; mais
défaite surpasse moralement la plus grandiose s victoires, car il renonce de lui-même, et, ignanime, il veut aider son ex-adversaire. Il
jusqu'à renier la foi de Jarvis, — d'autant is volontiers que ce Jarvis, tournant à la folie,
devenu Mormon.
Et triste, mais toul-puîssanl, maître de son le autant que de la mer, Archîbald Robinson loigne seul dans sa gloire.
Quelle vertu ! Ce Crésus jankee serait-îl un rsonnage de Berquin?
Pas tout à fait. M. de Vogué nous montre, iz son héros, certains défauts compensatoires : spotisme, brutalité, grossièreté. Archibald ne
LE HAITBB DE LA MER
consent point d'abord à son dernier sacri maltraite l'aimée fort vilainement.
Ne crions donc pas trop à l'invraisemh D'ailleurs, dans un livre qui n'a rien de qui est l'œuvre d'un réel milliardaire î cain <, l'âme de Carnegie se révèle assez blable à celle de Robinson. Nous reconna celte mâle générosité — plus efficace enc plus consciente, puisque Carnegie pn quanta l'usage des « biens de ce monde théorie toute chrétienne. Toujours auss!
noblesse voulue, cette obstination un peu tatoire à mettre au service d'un grand d ou du bien public une puissance qui n'ava bord été acquise que pour elle-même 1
Néanmoins, chez Carnegie comme chez I son, nous découvrons à ces qualités rai envers inquiétant. Pénétrons avec M. de " dans l'antichambre d'Archibald ;
A l'apparition du financier, les solliciteurs ; reot : chacun fit un mouvement, aussitôt ré pour s'avancer à l'appel attendu de son nom. ]
I, L'Empire dti affaires, par Andrew GinwEaiB, Irai Arthur Maillet, avec une préface de Gabriel Ba.ivALoi. - Flixhirion.
l'évolutio» des idées
3n passa sans regarder, jeta quelques mois cusesà la ronde. .
!iil, un homme se détacha du groupe, suivit l'Acain hors de la pièce, l'arrâla résolumcnl sur le T : un gros homme roux, aus traits énergiques et aires, l'air d'un contremaître arrivé patron.
■ Un mot seulemcnl, M. RoLinson. Je suis Chaon, le propriétaire de l'usine des câbles sous-ma- . Slô donncï-vous votre commande, oui ou non ?
■ Oui, aux dernières conditions que j'ai tixées. Quatre mille cinq cents francs le kilomètre! Moi
usai soumis mes calculs; înformea-vous près de l'ous voudrez : au-dessous de six mille Francs, je liUe à perte !
Je regrette. Je ne puis donner plus de quatre ; cinq cents.
Réfléchissez encore, M. Robinson. Vous ne vou- , pas me ruiner. J'ai refusé toutes les autres com< des pour mettre en train la vôtre. J'ai acheté à crées matières premières. Si vous m'abandonnez, une lourde dette sur mon usine qui débute ; ce
dss mois de chômage pour mes quarante 1ers, des pères de famille, la plupart,, ,
Je suis fâché. Ma propre usine fabriqueàquatre
cinq cents francs le kilomètre, en Amérique.
ne supposez pas que je m'amuserai à faire hausis pri.'c d'un article dont j'ai besoin.
M. Robinson descendit l'escalier. Cet homme, enait de secourir généreusement un malheureux
i62 l'évolution des idées
personnage vrai, si nous en jugeons d'après les exemples approchés que la réalité nous fournit.
Mais, trop souvent, l'impression de vérité qu'il nous donne cesse dès qu'il commence à discourir. Ce Robinson, d'après M. de Vogué,^ manque de tout sens artistique ; il n'a aucun goût, ni presque aucune culture intellectuelle. Malgré cela, nous ne nous étonnerions point de lui voir la bonhomie goguenarde, très savoureuse parfois, d'un Carnegie, avec des trouvailles d'expression hasardeuses et divertissantes... Nullement. Assez guindé, d'ailleurs, Robinson parle la plupart du temps comme un homme de lettres français.
Tous les autres personnages en font autant.
Ils diffèrent sans doute par leur façon de s'exprimer — et pas beaucoup ! — mais ils ressemblent tous à l'auteur, ils gardent tous avec lui cet air de famille qui ne trompe point. Voici, par exemple, un journaliste boulevardier, Moucheron, assez réussi comme caractère — tout à fait « manqué » comme langage. M. de Vogué, ayant à développer des considérations nombreuses et diverses, les a distribuées entre ses héros, équitablement. C'est de la critique à plusieurs voix.
r64 l'évolution des idées
moment s'était mépris tout d'abord sur le sens des acclamations que son nom soulevait. Gomme tous ses pareils, Texplorateur était possédé par la passion de sa découverte. Un javait pourlui dans le vaste monde qu'un seul objet digne de Teffort commun, un seul intérêt urgent, un seul empire désirable : ce futur empire du Kanem et du Ouadaï qu'il voulait faire nôtre, et dont la conquête devait occuper la France, toute autre affaire cessante. Il était revenu à Paris avec Tespoir de gagner tous les cœurs à la foi qui brûlait le sien : sa propagande allait convaincre les incrédules, l'accueil enthousiaste du public lui en était garant...
Ses premières visites aux ministères avaient été autant de douches glaciales. En haut, chez les détenteurs du pouvoir ; en bas, dans les bureaux où le pouvoir se monnaye, il n'avait rencontré qu'objections, difficultés, promesses dilatoires. Aux démonstrations qu'il jugeait irréfutables, à ses adjurations pressantes, on ne répondait que par des hochements de tête, par des échappatoires décourageantes : prudence nécessaire, circonstances défavorables, insuffisance de crédits, obligation d'en finir au préalable avec d'autres entreprises...
Quinze jours après son arrivée à Paris, cet homme acclamé par la foule, jalousé par les camarades qui enviaient sa chance folle, ce glorieux vainqueur marchait tristement dans les ruines de ses espérances. Heureux encore quand il pouvait accuser l'incompré-
i66 l'évolution des idées
que passaient devant lui les officiers suj>érieurs, les chefs de bureau, importants, les mains pleines de paperasses qui accaparaient lattention du ministre et ne valaient pas, à l'estime de Tournoël, un hectare de sable du Ouadaï. Qu'il se voyait petit, perdu, dans cette brousse des bureaux, plus redoutable cent fois que la brousse africaine !
Et, par un retour logique, cette exactitude de l'observation générale conduit en bien des cas à Texactitude de l'observation particulière. Quand il est vraisemblable, tout à fait vraisemblable, qu'un personnage, momentanément, incarne une « manière d'être » propre à un peuple ou à une classe, M. de Vogué retrouve la réalité. Ainsi, Robinson voulant fonder un journal à Paris, Moucheron lui amène, comme candidat-directeur, le sénateur centre-gauche Huvier des Fontenelles ; et nous voyons se heurter deux conceptions : celle, toute pratique, du Yankee, lequel prétend se procurer un instrument d'affaires, contre celle, tout idéaliste — mais d'un idéalisme niais — du politicien qui rêve un quotidien aux nobles programmes destiné àsoulenir son vague parti libéral.
Rien n'est plus vrai — parce que la vérité
i68 l'évolution des idées
dique français que créera le «maître de la meri».
— La Fbùj..., fit avec un soupir M. Huvier desFontenelles. Presque une résurrection de ma chère feuille! Ne pensez-vous pas qu'il y aurait avantage à reprendre en entier mon ancien titre, la Voix libérale ?
— Comprends pas, dit l'Américain. Pas des mots, des choses. L'Océan est une chose : ma chose. Traitons d'abord la question financière.
Et le malentendu se prolonge. Ce parfait séna« teur finit par dire :
— Je reconnais là, Monsieur, les vastes conceptions d'un homme qui voit toutes choses de haut. Il ne nous reste donc qu'à préciser le point essentiel, le programme de l'organe libéral qui essaiera de rallier à ses opinions tous les bons esprits...
— Le programme ? fit M. Robinson : mais il tient en deux mots. Mon journal parisien devra, comme les autres, servir mes intérêts.
Mais M. Huvier des Fontenelles, imperturbable, débite son boniment politique : saines doctrines..., grand parti auquel j'ai honneur d'appartenir..., Tâme même de la Révolution..., cette âme passionnément libérale, résolument laïque, profondément humaine... ; droits de
d'une demi-douzaine de nouvelles. On ne s'en plaint pas, d'ailleurs, car ces hors-d'œuvre, presque tous agréables, rendent plus facile la lec* ture de cet ouvrage très sérieux.
Peg, par exemple, nous repose de Tournoël.
Cette Peg est une richissime miss américaine. Un jour, comme elle passe à Paris, un bijou superbe la tente et elle dépêche son père pour qu'il l'achète. Mais celui-ci ressort de la boutique, mécontent ; elle lui demande : « C'est donc bien cher? »
— Peu importe, répond -il, la difficulté n*est pas là; mais le marchand me dit que c'est une couronne de duchesse : alors, tu comprends... sur ta tête... ce serait un peu ridicule. . .
— Bien, papa. J'aviserai.
Le soir même, à un bal de charité, elle tourne la tête du jeune duc de Jossé-Lauvreins; les fiançailles se concluent dès le lendemain, et le père donne le bijou.
Ce qui paraît incroyable — beaucoup plus que l'anecdote, peut-être authentique — c'est que cette écervelée se montre par la suite une fort honnête femme, qu'elle donne même à Robinson
LE MAITRE DE LA MER
desconseiIsd'héroïsme,par dévotioiià l'honnf américain. On eût trouvé assez naturel de la v finir comme une Clara Ward.
Nous avons achevé, semble-t il, d'analyser Maître de la mer... Eh bien! nonl A côté roman principal,constilué parle développemt du caractère d'Archibald à travers les divers é' nements destinés à le mettre en valeur, et se les nombreux hors d'oeuvre qui surchargent agrémentent le récit, nous découvrons un seco roman: la liaison du capitaine de Tournoël &\ M""" Millicent Fiannona.
On pourrait considérer d'abord que la rii lité entre l'officier et le milliardaire fait par de l'histoire de celui ci; mais en réalité 1' constate que ces deux héros, le nouveau M; chand et la femme qu'il aime, viennent souds au premier plan, accaparent tout l'intérêt, rédi sent le « maître de la mer m presque à un n de Sganarelle avant le mariage.
Il faut donc accorder à cette idylle l'impc tance imprévue que l'auteur lui prête et quiti
Archibalc nona.
Oh! l'énigmatique femme! Elégamment, congrûmenl, romanesqucment énigmalique ! De même qu'il y a en Amérique des « professïonal beaulies », elle est, en quelque sorte, une professionnelle énigme. M. de Vogué nous affirme qu'on ne saurait la comprendre, elle nous confirme qu'elle ne se comprend gTière elle-même — et nous serions bien hardis de ne pas les en croire.
Comme on est aujourd'hui féru d'hérédité, cette Millicent nous devait d'en posséder une fort complexe, avec des variations de « milieux » assorties. Fille d'une Vénitienne et d'un Anglais, élevée à Venise, elle a épousé un vieil Italien, le commandeur Fiannona ; puis, partie pour l'Argentine, elle y est devenue veuve. Rentrant en Europe avec une fortune très ébréchée, elle a connu sur le paquebot Archibald Robinson et lui a plu. Mais elle rencontre à l'Opéra le capitaine de Tournoël — et c'est le capitaine qui lui plaît. Celui-ci, d'ailleurs, prend feu instantanément — comme Bajazet ou Jean d'Agrève.
Archibald, toujours pratique, songe première-
LS MAITRE DE LA MER
ment à employer, pour réaliser ses dest Tounioëi, l'influence de Millicent ; mais il captiver de plus en plus, et comme tout I se retrouve en Egypte (vous expliquer ] serait trop long), il demande sans amb belle Anglo- Vénitienne de devenir la « i de la mer ». M""^ Fiannona hésite, hésil ... Tournoêl, qui s'est cru trahi, scmb abandonnée à jamais ; il vagabonde au côté de son Ouadaï ; il a écrit à l'ex-aim de partir, une lettre amère et copieu:
congé était signifié péremptoirement. El de Millicent la pressent, la bousculent la marier de force. Décidément, elle co tout en faisant contre bonne fortune cœur... Point du toutlLe capilaine de reparaît : il a trouvé son Ouadaï eue inaccessible que Millicent. Et, par 1 rencontre un beau soir la traîtresse, en i pagne, devant le mausolée de Kaït-be; tôt l'explication commence, sans amén part de l'officier. Mais, en définitive, l'aime... Reprise tout entière en une seci veut lui persuader qu'elle ne l'a poîr (c'est d'ailleurs vrai). Poliment — ou ^
impoliment — il ,doute... Alors elle lui crie :
— Louis, me croyez-vous celle qui appartient à deux hommes? Répondez : cela, le croyez vous?
— Gela, non, dit-il avec conviction.
— Alors, puisqu'il le faut pour être crue... Louis! Prenez-moi I . . . et croyez-moi * !
Instantanément toute convention s'évanouit, les grandes idées s'envolent, comme balayées par un coup de vent. Nous voici en pleine passion — passion toute « amorale )),mais vivante.
Oh ! la forme reste toujours chaste, aussi chaste que celle de Racine, mais le fond suggère le même rapprochement, car nous retrouvons là cet amour simple, tout puissant, qui se manifestait, bien avant le romantisme et ses grandes tirades, dans le théâtre du xvii® siècle.
Cependant tout finit à merveille. Robinson se désiste, pour ainsi parler. Tournoël et l'orageuse Millicent régularisent leur union (je demande pardon à M . de Vogué d'employer des termes aussi prosaïques) ; et il nous est permis d'espérer qu'ils auront beaucoup d'enfants franco-
T. Ne pensez- vous pas que ce singulier argument ae/ hominem, si vite donné, pourrait faire soupçonner le contraire de ce qu'elle prétend prouver?
ment aptes, en ce moment précis, à représenter des cas généraux, il arrive à Texactitude par en haut, pour ainsi dire, aussi bien qu'un observateur ordinaire y arriverait de plain-pied. Cela prouve — certains hommes d'action ont tort de penser le contraire — qu'il peut y avoir des idéologues à idées justes. M. de Vogué n'en «erait-il pas un ?
Du même coup nous tenons l'explication de -son influence. Malgré la nature hautaine, aristocratique, peu abordable pour le gros public, de sa littérature, il a exercé sur nous tous un empire indirect, grâce à une compréhension supérieure des besoins présents. Lorsque le naturalisme déclinait, il a introduit en France le réalisme mystique des Russes ; plus tard, et juste quand il le fallait, il a patronné le néochristianisme. A force de sympathie voulue et intelligente pour ses contemporains, il parvenait ainsi à leur être utile. Sans doute, une élite seulement le suivait ; mais cette élite entraînait la masse ; et le colossal succès d'un Tolstoï dans notre pays a pu être dû, pour une grande part, à l'inspiration heureuse d'un académicien ignoré du vulgaire.
;uère conciliables avec la séréoité ni avec la itabililé. Quelles lullcs probables entre ces tenlances direrg^entes I Et, si les unes ou les autres inissent par dominer, M. de Vogûë ne pourra- -il évoluer dans un sens peut-être imprévu ?
Ceux qui se le tïgurenl à jamais établi dans ine certitude et figé dans une attitude se Irom- )ent du tout au tout. On devine chez ce penseur il mérite ce nom) une volonté virile, mais aussi les doutes profonds et une inquiétude innée, lien n'est à la surface. Nul auteur ne se montre noiiis enclin aux confidences. Maïs son œuvre — très sincère — parle pour lui. Et elle n'a pas acore dit. tout ce qu'elle aurait à dire.
i6 décembre igo3.
UN DI\'ORCE
l82 L'évOLUTION DES IDÉES
quand sa fille, née du second mariage, va faire sa première communion. (L'on voudra bien imputer la complication de cette phrase et de toutes celles qui suivront à la complication même des situations que le divorce engendre.) Par un reste de respect pour le catholicisme, Mme Darras avait exigé de son deuxième mari, libre penseur convaincu, que cette enfant reçût une éducation religieuse; et voici qu'aujourd'hui la piété de la fillette gagne la mère. Celle-ci^ peu à peu, subit la contagion de la foi, que bientôt sa raison ne repousse plus.
Mais cette foi renaissante ne lui apporte que le trouble. M°^« Darras qui, selon l'Eglise, vit dans l'adultère, ne peut s'approcher des sacrements. Elle a demandé conseil à un prêtre de paroisse, qui Ta effrayée, scandalisée même, par sa sévérité . Elle vient maintenant chez un Oratorien expulsé, chez un mathématicien célèbre, le P. Euvrard, dont elle a entendu parler élogieusement par Darras,comme lui.ancien élève de l'Ecole polytechnique. Mais le P. Euvrard, plus doux dans la forme, se montre aussi sévère pour le fond, car il ne lui appartient pas de modifier les lois de l'Eglise. M™e Darras, qui
UN DIVORCE fSZ
avait été brutalisée par M. de Cliambaull,alcoolique et débauché, s'imagine qu'elle pourrait demander à Rome l'annulation de son premier mariage. L'Oratorien la détrompe. Et il lui répète qu'elle ne peut se confesser, puisqu'elle s'est mise elle-même hors de l'Eglise.
La pauvre femme s'en va donc peu réconfortée. Une phrase du P. Euvrard sur les désastres familiaux causés par le divorce lui laisse même une angoisse qui ne se dissipe point.
^ Ce pressentiment n'est que trop vite justifié.
De son premier mariage, M^^ Darras a eu un fils, que Darras a élevé avec un soin admirable — et auquel il a d'ailleurs communiqué ses convictions antireligieuses. Jusqu'alors l'accord du beau-père et de Lucien de Chambault avait été parfait en apparence : un événement imprévu le rompt soudain.
Lucien de Chambault, étudiant en droit, a connu une étudiante en médecine, Berthe Planât. Il l'aime de l'amour le plus profond, le plus respectueux, le plus honnête. Jamais il ne s'est déclaré ; mais il la voit tous les jours ou presque ; il cause avec elle longuement des idées qui
f 84 L EVOLUTION DES IDEES
les passionnent tous deux. Ils s'unissent par l'esprit et par l'âme.
Cependant Darras a découvert cette liaison, qu'il a cru d'une nature vulgaire,et son affection pleine de sollicitude s'en est émue. Ingénieurconseil au Grand-Comptoir, il a recouru à la police de ce puissant établissement financier pour se renseigner sur la jeune fille. Il a appris qu'elle avait été la maîtresse d'un étudiant nommé Méjean,qui l'avait abandonnée, et qu'elle faisait élever à Moret, près de Fontainebleau,un enfant né de cette liaison.
Darras n'hésite plus : une telle aventurière doit en vouloir à la fortune de Lucien; il faut le sauver.
Il fait donc appeler Lucien pour le mettre au courant. Mais celui-ci se révolte; il entre en fureur; il ne veut rien croire de ce que lui révèle son beau-père ; et il le quitte avec des paroles menaçantes. Pour la première fois, il s'est permis une allusion hostile au second mariage de sa mère...
Darras est bien obligé de raconter cette scène à sa femme; en vain ratténue-t-il : M™e Darras y voit le commencement du châtiment, la réali-
UN DIVORCE l85
sation des prédictions involontaires du P. Euvrard.
Or, le conflit s'accentue. Lucien, par un très grand hasard — faut-il dire une chance? — n'a pas eu affaire à une aventurière, mais à une « femme nouvelle », à une « cerveline » du plus récent modèle connu. Quand il vient, frémissant de honte, pour lui apprendre quelles calomnies on a inventées contre elle, Berthe Planât lui déclare loyalement que ce ne sont pas des calomnies. Elevée par un père et par un oncle révolutionnaires, elle a cru un jour^ et elle croit encore, à la supériorité de l'union libre sur le mariage ; elle a voulu conclure une très morale union libre avec ce Méjean; — mais il était de mauvaise foi ; il l'a trompée, puis abandonnée, comme un mari... Elle n'enapas moins agi selon sa conscience ; elle s'estime et prétend qu'on l'estime.
D'abord désespéré et indigné, Lucien, vaincu par la sincérité, indéniable de Berthe, par ses arguments — et par l'amour, donc I — revient trois jours après pour lui off'rir de l'épouser. S'il l tient au mariage civil, ce n'est point parce qu'il lui attribue encore une valeur morale ; mais il
i86 l'évolution des idées
Tenvisage comme un moyen de prouver devant le monde son respect pour Berthe. Il reconnaît l'utilité pratique de cette formalité légale dans la société actuelle : rien de plus.
Berthe accepte. Par malheur, Darras, que Lucien est retourné voir avec confiance, ne veut rien entendre : non seulement il persiste dans sa première opinion, car il considère toujours la jeune fille comme une aventurière ; mais, eu outre, ayant le culte de laloi, il refuse d'admettre même en théorie la légitimité des unions libres. Selon lui, Berthe Planât est coupable envers la société. Et l'altercation, d'une violence croissante, se termine par une rupture. Lucien a osé comparer le second mariage de sa mère, qui avait eu un enfant du premier, avec celui qu'il prétend contracter avec Berthe, qui a eu un enfant de Méjean ; et Darras n'a pu supporter ce rapprochement — ce blasphème.
Sous l'émotion de cette querelle atroce, ]\|rae Darras révèle soudain à son mari sa conversion et ses remords. « Nous ne sommes pas mariés ! » lui crie-t-elle.
L'honnête Darras, consterné, puis furieux, discute en vain. Bien que sa femme l'aime et
UN DIVORCE
qu'il l'aime, leurs deux pensées sont à jar séparées et hostiles.
Darras conserve malgré tout l'espoir de r blir la paix et l'entente morale, s'il parviei ramener Lucien. Il recourt donc à la police, l'intermédiaire d'un haut fonctionnairedu mi tère de l'Intérieur, afin de découvrir d'au défaillances dans le passé de Bertlie.
Cependant Lucien est allé demander le < sentement de son père, M. de Chambaull. Ci ci, mortellement malade, a donné ce conse ment, qui suffît d'après la loi. Les Darras 1 prennent par le notaire du mourant. Ils !
alterrés.
Darras se ressaisit vite. Convaincu que M Chambaull ignore le passé de Berthe Plana décide héroïquement de renseigner lui-mëm premier mari de sa femme.
Mais l'état du malade est trop grave pour ] mettre une entrevue de ce genre. La garde Lucien a placée auprès de son père — Be Planât elle-même — s'y oppose. Elle re Darras qui a insisté. II l'accuse d'agir par i rêt. Insultée, elle riposte durement. Elle déc qu'elle épouse Lucien pour le bonheur de ci
l'évolution des IDÉB))
[u'elle lui donnera une affection toute à Foyer, n On ne sépare pas un fils de , et pour toujours », a dit imprudemirras. El elle répond : n Ce n'est pas les ai sépares. » Elle ajoute : « Quand ;ux familles, on n'en a pas, et il n'en a
noment, Lucien rentre. Repris qu'il est our filial pour son vrai père mourant et it, il ne fait même pas attention au beau- Lrras s'en va très troublé, accablé de celte nce bien pire que la colère et doutant
son jugement sur Berthe.
! Chambault meurt d'ailleurs avant que entement soitvalable. Et quoique Darras nu de bons renseignements du minis- '" Darras oppose à son fils un nouveau u'imporle ? Il ne voudrait à aucun prix ;hez son beau-père. Puis il a maintenant iaux devoirs envers lîerthe. II contracic avec elle — si l'on peut dire contrac-
ce cas — une union libre. Ils partiront e pour l'Allemagne, avec l'enfant, qui jamais connu d'autre père que lui.
Ie,ils poursuivront leurs études de méde-
ON DIVORCE
cine (car il a abandonné le droit). Dans ' ans, Lucien en aura ving^t-cinq, et il pour marier sans le consentement maternel.
Néanmoins, pour M"" Darras, le pire i n'a pas encore éclaté. Après le départ défini son fils, elle aborde avec Darras le grand d duquel toute sa vie— toute leur vie — dépi désormais. Puisque M. de Chambault est i elle peut et naturellementelle voudrait se ne à l'église. Nalurellement aussi, Darras r avec indignation de se prêter à une cérén où il semblerait renier ses propres croyant reconnaître que son mariage n'a pas été lég jusqu'alors.
AfFolée par la violence inaccoutumée du penseur, M"" Darras s'enfuit avec sa fille même laisser un mot d'explication. Darras consterné, désemparé, lamentablement irrf Il se rencontre enfin avec le P. Euvrard Mme Darras a choisi comme négociateur, i péré (on le serait à moins), il pose des c tions fort dures. Si elle ne rentre pas, il re dra sa fiile comme il en a le droit, et, i de son engagement, il l'élèvera dans l'i gion; si elle rentre, elle devra rétractei
igo
paroles odieuses, déclarer que leur mariag'e est valable.
Le P. Euvrard conseille à la pauvre femme de rentrer pour sauvegarder réducatîon religieuse de sa fille, mais à la condition qu'elle vivra avec Darras comme une sœur — et qu'elle ne rétractera rien.
Elle rentre... Elle balbutie : « M. Euvrard m'a dit tes conditions. » Mais Darras, ému à pleurer, lui répond : « Mes conditions?... Il n'y a plus de conditions. Il n'y a plus que toi, toi qui es là, toi que j'aime, toi que je retrouve et <jue je ne laisserai plus partir. »
Vaine bonté I Amour vain ! Le désaccord fatal subsistera. « Et, se sentant la prisonnière de ce -divorce, — comme avait dit si profondément le prêtre, — la mère de Lucien et de Jeanne maudit une fois de plus cette loi criminelle, à la tentation de laquelle sa faiblesse de femme avait ■succombé, loi meurtrière de la vie familiale et de la vie religieuse, loi d'anarchie et de désordre ^ui lui avait promis la liberté et le bonheur, et elle n'y trouvait, elle après tant d'autres, que !a servitude et la misère 1 »
Ce roman, roman à thèse s'il en fi semble-t-il concluant contre le divorce?
Évidemment, il ne s'agissait point vaincre les calholiques, puisqu'ils étal vaincus d'avance. II s'agissail de prou indifférents, aux libres penseurs même, vile du divorce. Et je crains bien que, pi Bourget n'ait rien prouvé du tout.
Permettez-moi d'imaginer ce qu'en d vrai libre penseur, un libre penseur lil comme les adhérents trop logiques qui o blé par leur intransigeance le récent de Home. Il raisonnerait ainsi, je suppc n'y a qu'un malheur dans cette famille, heur qui entraîne tous les autres : le n M°" Darras au catholicisme. Sans cette contreuse conversion, les Darras conlin à penser de même, à goûter la paix d'i faite entente morale. Quant au conflit i cten — qui serait déjà moins calamité religion n'intervenait point — il ne se rail pas sans un reste de superstition cl ras. Ce faux libre penseur a la religion d
le culte des simagrées légales. Le préjugé qui Tenipêche d'admettre runion libre est la seule cause de sa rupture avec son beau-fils. Si M™* Darras restait incroyante et si Darras était libertaire, il n'arriverait rien : cette famille heureuse n'aurait point d'histoire ; le combat ne commencerait pas, faute de combattants. Après s'être renseignés , les parents consentiraient au mariage du fils; Darras resterait le véritable père de Lucien — le père spirituel, comme vous diriez, vous autres dévots.
« Vous avez prouvé que le divorce ne convient pas aux catholiques ; — on s'en doutait un peu ; — vous avez prouvé, en outre, a contrario et sans le vouloir, qu'il conviendrait fort bien aux vrais libres penseurs. En résumé, il résulte de votre démonstration que le divorce n'est pas antisocial, mais an ticatholîque. Merci! »
Et, s'il était en verve, mon libertaire ajouterait sans doute : « Sur les quatre principaux personnages du roman, j'en vois trois, Darras, Lucien et Berthe, qui sont instruits, volontaires, lucides, vraiment moraux; seule M"® Darras est impulsive, sentimentale et ignorante; seule aussi elle cède à la tentation religieuse. Vous l'avouez
UN DIVORCE igS
donc : le calholicisme n'a de prise que natures inférieures. »
D'autre part, en ce qui concerne la l n'est pas besoin d'être libertaire pour rer que la situation serait presque identique s Chambault, devenue veuve, s'était rem l'église avec Darras. Lui-même l'obser justement : « ... Quand Lucien a osé au propos de toi: v Elle était ma mère avai « la femme », c'est ton second maria nous a reproché. Tu l'aurais fait, ce mariage, étant veuve au lieu d'être dîvo reproche aurait été le même. Je t'aurais i veuve, que le caractère de ce malheuri fanl se serait heurté contre le mien, aus ment, à l'occasion de son absurde projt aurais faîtun second mariagedans ces coi là, encore une fois, que le P. Euvrard i pas le droit de te le reprocher, et tu sub!
mêmes épreuves... » M"" Darras répom « Non, pas les mêmes. Lucien m'estimi j'avais été veuve, nous nous serions n l'église, et alors il n'aurait pas eu le <3 comparer le mariage que nous avons fait qu'il veut faire... » Mais c'est absurde, j
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Lucien, irréligieux et même antireligieux comme son beau-père, n'aurait aucune raison de respecter davantage le mariage bénit par un prêtre.
En vérité, cette femme est exaspérante !
Bourget, avec une largeur d'esprit qu'on doit admirer, a fait la part la plus belle possible à ses adversaires : Darras, Lucien et Berthe repré-» sentent, pour ainsi dire, la libre pensée idéale. Mais du moins aurait-il fallu que M™e Darras, de son côté, représentât le plus pur catholicisme . Or, outre qu'elle montre peu de cœur lorsqu'elle abandonne Darras sans même lui laisser une lettre, elle semble incarner les convenances mondaines autant, sinon plus, que la religion. Je crains qu'elle ne soit moins chrétienne que Mme Aubray — cette fille un peu « toquée » de celui qui écrivit /a Question du divorce. AMi^e Aubray manquait la sagesse du monde; à M"*® Darras manque la hardiesse du christianisme.
L'opinion de Darras sur Berthe — de Darras, le plus hostile des juges — s'est modifiée, il l'avoue, après leur entrevue. Il a obtenu de bons renseignements par le ministère de l'Intérieur. Enfin, Lucien est décidé, sans aucun retour possible, à posséder dans l'union libre celle qu'on
UN DIVORCE igO
Fempêched'épousercivilement.Que devrait donc faire M"^^ Darras? Consentir au mariage civil, voir son fils, voir sa belle-fille, les aimer, se faire aimer etfaire aimer le christianisme en elle, s^efforcer de les amener plus tard au mariage complet, au mariage religieux. Son refus n'est pas d'une catholique véritable. M est d'une bourgeoise un peu pharisîenne .
Bourget a eu sans doute tort de ne pas aborder de front la question du divorce. Ce qui distingue essentiellement le divorce du mariage des veufs, c'est que la première union, dissoute par la loi, ne l'est point en réalité tant que les deux conjoints vivent. Dans les Deux Ecoles de Capus — et je choisis cette pièce parce que je pense qu'on ne peut suspecter l'auteur d'avoir eu des intentions morales — dans les Deux Ecoles, Le Hautois, prétendant d'une femme divorcée, déclare péremptoirement : « La loi est la loi. » Et Henriette, la femme divorcée, riposte : « Mais la réalité est la réalité... Comment ! Des gens qui ont voyagé quelques jours ensemble sur un
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paquebot ne sont plus indifférents les uns pour les autres, ils se quittent avec des poignées de main et une certaine émotion, et vous voudriez qu'un mari et une femme, brusquement, sur un signe de la loi, n'aient plus un souvenir commtini?... » La rencontre possible et le heurt des deux maris vivants (ou des deux femmes), le premier mari restant toujours mari, en dépit des fictions légales ^; leur lutte désastreuse pour l'éducation des enfants issus du premier mariage : •voilà les deux problèmes du divorce. Du dernier surtout, l'Eglise se préoccupe,puisque c'est en vue des enfants, et non du seul bonheur des époux, qu'elle considère l'institution matrimoniale ^.
i. Les deux Écoles^ acte II, scène vu. Et. dans la dernière scène du dernier acte, comme les divorcés partent ensemble, M"* Joulin, mère d'Henriette, conclut: «... Je crois que c'est moral, parce que... je vais vous dire une chose, mes enfants... vous- connaissez mes principes. Pour moi, vous n'avez jamais été divorcés. »
» Sujet traité par Paul HEtxviEudans le Dédale.
3^ Deux mères pour un enfant, par ezem{)Ie. Ce sujet a ëté traité par M"*'» Bentzon dans une œuvre de jeunesse écrite en 1868 et publiée en ï%g% avec une préface où l'auteur disait : « Il est assez rare, je crois, qu'un romancier relisant par hasard, au bout de vingt-cinq ans et plus, son premier ouvrage, découvre que le sujet de ce roman, oublié de tous et d'abord de luim^rne, est ce qu'on appelle un sujet d'actualité. C'est ce qui m'est arrivé pourtant avec Un Dioorce. » En effet, ce roman s'intitulait Un Divorce... Et maintenant la sur prise de M™" Beotzon doit redoubler, car il est plus que jamais d'actualité.
— Sur la question des enfants après le divorce, on peut citer
UN DIVORCE 1.97
Bourget a compris l'un et Tautre problème* II montre l'impossibilité pour le second mari d'oublier l'existence du premier : « Depuis qu'il avait épousé la femme divorcée d'Edgar de Chambault, jamais Darras ne s'était désintéressé entièrement de cet homme... L'idée de ce que pensait cet homme à qui sa femme avait appartenu vierge, des images q»i'il gardait dans sa mémoire, des droits du sang qu'il conservait malgré tout sur Lucien, le poignait, le suppliciait. » Et Bourget esquisse une lutte entre les deux pères à propos du fils...
Mais ce ne sont que des détails, presque de simples indications. Au premier plan, se déroule un drame qui pourrait aussi bien avoir pour cause le « remariage » d'une veuve ayant un enfant et le conflit de cette femme, catholique, avec son second mari libre penseur.
On peut conclure qu'Un Divorce, en tant (jue roman à thèse, est une œuvre manquée.
ausai Rose et NinettSy d'Alphonse Daudet, et la Seconds Vie de Michel TeissiePf d'Edouard Uod.
I. Vt-yez Mariage et Union libre, de G. Fonsegrive, Plûn, 1904. C'est l'ouvrage le plus solide, écrit au point de vue calholîque, sur CCS questions si souvent mal Irai.ées par les romanciers.
i<)8 l'évolution des idées
Mais est-elle manquëe au point de vue littéraire? Aucunement.
Je ne parle pas du style, bien entendu. Bourgei a toujours les mêmes défauts. La lourdeur, le pédantisme et une gaucherie surprenante gâtent ses meilleures pages. « Ce n'était rien et ce rien suffisait pour que des flots de poésie rwm^lassent dans ses veines. » Cette plate métaphore avec ce cacophonique imparfait du subjonctif, voilà ce que trouve l'auteur à' Un Divorce pour exprimer la puissance et la grâce d'un jeune amour ! Et c'est une de ses moindres peccadilles...
On peut aussi, comme d habitude, se divertira relever, parmi les remarques profondes du psychologue, quelques bonnes naïvetés. « Il (Lucien) ne se doutait guère, tandis qu'il gagnait ainsi cette ruelle inconnue, débris de l'antique rue Neuve-Saint-Etienne, où mourut Pascal, qu'à ce même instant sa mère s'engageait dans une autre rue, contemporaine de celle-là, pour y avoir avec k religieux proscrit l'entretien sur lequel
e de scènes dramatiques relises par le t indispensable, sans un chapitre de trop, « un détour; les trois unités enfin, dans la lure où le roman le comporte; — el nous ns une sorte de tragédie racontée, saisissante le raccourci et la force, qui présente .peu lalogues. Sauf Pierre et Jean de Maupas- L, vous ne découvrirez guère chez nos conporains d'ouvrage aussi vigoureusement bâti s sa simplicité.
hose curieuse. Un Dioorce semble même un lan où la situation l'emporte en intérêt sur personnages. La psychologie, quoique juste*, ient relativement sommaire et n'apparaît i comme l'objet principal. Cherchez : depuis réparable jusqu'à l'Etape (je veux oublier lu profonde), vous ne trouverez point, je s, une œuvre de Bourget où un pareil ren-
Volci, par exemple, une observation exacte, mais amusanle Bourgel, admirateur si d^vol des claaaei dirigeantes. quand Uarras se rencontre av«c Bertbe : n De plus en i mesure qu'avançait cet étrange entretieu, la véracité de nterlocutrîce s'imposait à lui. Cette évidence aurait dû, la logique de ses principes, désarmer l'énergie de sod oppo- L. Le grand bourgeois français qu'il était resté, malgré léories, n'apercevait au contraire, dioa cette bonoe foi posde l'amie de son beau-Bis, qu'un moyen de séparer les s gens. ■ £b 1 eb ! les grands bourgeois frsnçaisl. .. Qui
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versement se produise. L'auteur a presque ■ ses habituels monologues, ce que j'appell volontiers ses explications au tableau.
S'il pousse trop loin en ce sens, il po tomber dans d'autres défauts. La perfectioi léraire n'est point, pour ainsi dire, à l'ic mais au centre. Bourget atteint aujourd'h juste milieu. En exagérant ce genre, il cor serait des œuvres trop visiblement factices tous les événements d'une existence ne sun nent pas à la fois. Cette invraisemblance, m saire au théâtre, deviendrait trop criante i le roman.
Mais, au fond, ce danger, comme plusi autres, est inhérent au roman à thèse.
Tout roman à thèse, en effet, pour démonstratif, doit nécessairement être logii Et la vie ne l'est pas, au moins en appare On s'oblige donc à la fausser ou à la trop plifier, à la rendre une et claire aux dépen la vérité quotidienne *.