BOULEVARD S AIN T-G E R M AI N, I
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Le but principal de cet ouvrage est d’étudier la marqbe de l’esprit lorsqu’il abstrait et généralise, de montrer que ces deux opérations sont à évolution complète, c’est-à-dire qu’elles existent déjà dans la perception et, progressivement, par étapes successives qu’on peut déterminer, atteignent les formes les plus élevées, le symbolisme pur, accessible seulement au petit nombre.
C’est une vérité banale, que l’abstraction a ses degrés comme le nombre a ses puissances ; mais il ne suffit pas de l’énoncer; l’important serait de fixer ces degrés par des marques nettes, objectives, non arbitraires. On aurait ainsi l’avantage de préciser les divers moments de cette évolution ascendante et de ne pas confondre des abstractions de nature très distincte. On éviterait aussi, nous le verrons, des questions et discussions équivoques qui reposent tout entières sur le sens très étendu de ces deux termes : abstraire et généraliser.
Ribot. — Idées générales. ^
l’évolution des idées générales
En conséquence, on s’est attaché à établir que le développement progressif de ces opérations de l’esprit comprend trois grandes périodes: celle des abstraits inférieurs, précédant l’apparition de la parole, se passant du mot (non de tout signe) ; celle des abstraits moyens, accompagnée du mot dont le rôle, d’abord accessoire, grandit peu à peu ; celle des abstraits supérieurs où le mot existe seul dans la conscience et correspond à une substitution complète.
Ces trois périodes comportent elles-mêmes des subdivisions, des formes de passage qu’on essaiera de déterminer.
Ceci est une étude de psychologie pure d’où l’on a rigoureusement éliminé tout ce qui se rapporte à la logique, à la théorie delà connaissance, àla philosophie première : il ne s’agit que de genèse, d’embryologie, d’évolution. C’est donc sur l’observation que nous devons nous appuyer et sur les faits dans lesquels s’incarne et se révèle le travail de l’esprit. A ce titre, nous trouverons notre matière et nos principales sources d’informations : pour les abstraits inférieurs, dans les actes des animaux, des enfants, des sourds-muets non éduqués; pour les abstraits moyens, dans le développement des langues et les documents ethnographiques des peuples primitifs ou demi-civilisés ; pour les abstraits supérieurs, dans la Constitution progressive des notions et théories scientifiques et des classifications.