CHAPITRE PREMIER
l’abstraction avant la parole
Sauf les cas très rares, s’ils se rencontrent (peut-être au premier moment de la surprise et dans les états qui se rapprochent de la sensation pure), où l’esprit reflète passivement, comme un miroir, les impressions extérieures, l’activité intellectuelle est toujours réductible à l’un de ces deux types : associer, réunir, unifier ; ou dissocier, isoler, séparer. Ces deux opérations essentielles sont au fond de toutes les formes de la connaissance, des plus basses aux plus hautes, et constituent son unité de composition.
L’abstraction appartient au second type. Elle est un procédé naturel et nécessaire de l’esprit, dépendant de l’attention, c’est-à-dire de la limitation, spontanée ou volontaire, du champ de la conscience. L’acte d’abstraire exige, pour se produire, des conditions négatives et positives, et il en est le résultat.
Les conditions négatives consistent essentiellement en ce fait que, clans un tout complexe, nous ne pouvons bien saisir qu’une qualité ou un aspect, variables suivant les moments, parce que la conscience, comme la rétine, est restreinte à une étroite région de perception claire.
La condition positive consiste en un état que l’on a nommé avec raison : un « renforcement psychique » de ce qu’on abstrait, qui a pour conséquence naturelle l’affaiblissement de ce dont on abstrait. La vraie caractéristique de l’abstraction est dans cet accroissement partiel d’intensité. Quoiqu’elle suppose une opération éliminatoire, elle est en fait un procédé positif de l’esprit. Les éléments ou qualités d’une perception ou d’une représentation qui sont omis par nous, ne comportaient pas nécessairement cette suppression. Nous les négligeons seulement, parce qu’ils ne nous conviennent pas pour le moment, et à titre de moyen (1),
L abstraction étant donc, malgré des apparences négatives, une opération positive, comment se la représenter? « Elle a besoin de l’attention, mais elle est plus que l’attention. Elle est une augmentation d’intensité; mais elle est plus qu’une augmentation d’intensité. Supposons un groupe do représentations a ^ h ^ c = d. Faire absti'action de ô et de c en faveur de a, c’est, à ce qu’il semble, obtenir a=d~[h S’il en était ainsi, 6 et c seraient conservés tels quels dans la conscience ; il n’y aurait pas d’abstraction. D’autre part, la représentation du tout d ne
(1) ScHMiDKüNz, Ueber die Abstraction, Halle (Stricker 1889) — Cet opuscule (43 pages) contient un bon exposé historique et théoriqùe de la question.
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pouvant être supprimée purement et simplement, ô et c ne peuvent être totalement anéantis. Ils subsistent donc à l’état de résidus qu’on peut désigner par a:, et la représentation abstraite est non pas a, mais a -j- a; ou A. Ainsi, les éléments des représentations abstraites sont les mêmes que ceux des représentations concrètes ; ils sont seulement les uns fortifiés, les autres affaiblis : ce qui amène des groupements nouveaux. L’abstraction consiste donc dans la formation de nouveaux groupes de représentations qui, renforçant certains éléments des représentations concrètes, en affaiblit les autres éléments (1). »
On voit, d’après ce qui précède, queTabstraction, quant à son origine, dépend des causes qui suscitent et maintiennent l’attention : ces causes, nous les avons décrites ailleurs, et ce n’est pas le lieu d’y revenir. Remarquons seulement que, comme l’attention, l’abstraction peut ^être instinctive, spontanée, naturelle ; ou bien réfléchie, volontaire, artificielle. Sous la première forme, l’abstraction d’une qualité ou d’une manière d’être résulte d’une attraction quelconque ou de l’utilité : aussi est-elle une manifestation commune de la vie intellectuelle qui se .rencontre même, nous le verrons, chez beaucoup d’animaux. Sous la deuxième forme, plus rare et plus haute, elle vient moins
(1) ScHMiDKüNZ, owo. Cité. —L’auteur, qui insiste avec raison sur le caractère positif de l’abstraction (que l’on considère trop souvent comme une négation) fait remarquer qu’aucun concept, pas même celui d’infini, n’est, quant à sa genèse psychologique, le résultat d’une négation : car, « pour tirer de l’idée d’une chose finie l’idée d’infini, il faut d’abord abstraire de la chose sa qualité d’ètre finie, ce qui est un acte positif; ensuite, pour constituer l’infini, il suffit ou bien d’augmenter continuellement le temps, la grandeur, l’intensité du fini, ce qui est un procédé positif; ou bien de nier les limites du fini, ce qui revient à nier une négation. »
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des qualités de l’objet que de la volonté du sujet; elle suppose un choix, rélimination souvent laborieuse des éléments négligeables, et une difficulté à maintenir dans la conscience claire l’élément abstrait. En définitive, elle est toujours une application particulière de l’attention, qui, adaptée, suivant les cas, à l’observation, à la synthèse, à l’action, etc., agit ici comme instrument d’analyse.
Un préjugé fort accrédité veut que l’abstraction soit un acte mental relativement rare. Il se traduit dans la langue courante, pour qui « abstrait » est synonyme de difficile, obscur, peu accessible. C’est une erreur psychologique qui résulte d’une vue incomplète : on réduit illégitimement l’abstraction tout entière à ses formes supérieures. En fait, la faculté d’abstraire, du plus bas au plus haut degré, reste toujours identique à elle-même; son développement dépend de celui de l’intelligence (en général) et du langage ; mais elle est en germe même dans les opérations primitives dont l’objet propre est le concret : c’est-à-dire la perception et la représentation. Plusieurs auteurs récents l’ont bien montré (1).
La perception est par excellence la faculté de connaître le concret. Elle vise à embrasser la totalité des caractères de son objet, sans y parvenir complètement, parce quelle est tenue en échec par un ennemi intérieur : la tendance naturelle de l’esprit à simplifier, à éliminer. Le même cheval, au même moment, n’est pas perçu de la même manière par un maquignon, un vétérinaire, un peintre, un profane. Pour chacun d’eux, telles qualités, qui varient de
(1) Voir en particulier Hôffding, Psychologie; trad. ail., 2e éd., pp. 223 et suivantes.
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]’un à l’autre, sont en relief, et telles autres sont dans l’ombre. Sauf les cas d’investigation prolongée, méthodique (et alors c’est observer et non plus percevoir), il se produit toujours une sélection inconsciente de quelques caractères principaux qui, groupés, deviennent un substitut de la totalité. Il ne faut pas oublier que la perception est avant tout une opération pratique, qu’elle a pour premier moteur l’intérêt ou l’utilité; que, par suite,nousnégligeons — c’est-à-dire que nous laissons dans le champ de la conscience obscure — ce qui, actuellement, ne nous touche ni ne nous sert. Il est bien superflu de passer en revue toutes les formes de perceptious (visuelles, auditives, tactiles, etc.), et de montrer qu’elles sont régies par cette môme loi d’intérêt ; mais il convient de remarquer que le mécanisme naturel par lequel la séparation se fait entre les éléments renforcés et les éléments affaiblis est une ébauche grossière de ce qui sera plus tard l’abstraction, que les mêmes ressorts sont en jeu et qu’ils se réduisent finalement à une direction particulière de l’attention.
Avec l’image, étape intermédiaire entre le percept et le concept, la réduction de l’objet représenté à quelques caractères fondamentaux s’affirme plus encore. Non seulement entre les diverses représentations que je puis avoir de tel homme, de tel chien, de tel arbre, il y en a une qui doit exclure actuellement toutes les autres ; — il faut que je voie mon chêne verdoyant, jauni par l’automne ou dépouillé de feuilles, bien éclairé ou vaguement estompé, — mais môme cette représentation individuelle, concrète, qui a prévalu entre toutes les autres, n’est qu’une esquisse, une réduction de la réalité avec omission de beaucoup de
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détails. A part les hommes très exceptionnels chez qui la vision et l’audition mentales sont parfaites, adéquates (à ce qu’il semble) à la perception elle-même, ce que nous appelons une représentation exacte ne l’est que dans ses grands traits. Que l’on compare l’image que l’on a d’un monument, les yeux fermés, à la perception elle-même ; le souvenir d’une mélodie à son exécution vocale ou instrumentale. Chez la moyenne des hommes, l’image, prétendue copie de la réalité, subit toujours un appauvrissement considérable, qui, chez les moins doués, est énorme : elle devient alors un simple schéma qui confine aux concepts inférieurs.
Sans doute, on peut objecter que dans la perception et la représentation, le travail de dissociation est bien incomplet et partiel. Mais, en vérité, il serait étrange, illogique, que l’abstrait triomphât au sein même du concret : nous avons voulu seulement montrer qu’il y est en germe, sous forme embryonnaire. Lors donc que l’abstraction apparaît dans sa forme propre, c’est-à-dire .comme la conscience d’une qualité unique et isolée du reste, elle n’est pas une manifestation nouvelle, mais un perfectionnement : elle est une simplification, de simplifications.
L’état de conscience ainsi obtenu par la fixation exclusive de l’attention sur une qualité et par sa dissociation idéale d avec le reste, devient, comme on le sait, une notion singulière, ni individueUe ni générale, mais abstraite, qui est la matière de la généralisation.
Le sens de l’identité, le pouvoir de saisir la ressemblance est, comme on l’a dit avec raison, « l’ossature de la pensée » ; sans lui, nous serions perdus dans le flux inces-
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sant des choses (1). Existe-t-il dans la nature des ressemblances complètes, des événements totalement semblables ? C’est très douteux. On pourrait croire que celui qui lit une phrase plusieurs fois de suite, écoute plusieurs fois le même air, déguste l’un après l’autre les quatre quartiers d’un môme fruit, éprouve dans chaque cas des perceptions identiques. Il n’en est rien. Un peu de réflexion montre que, outre les différences dans le temps, dans les dispositions variables du sujet, dans l’effet cumulatif de perceptions réitérées, il y a au moins entre la première perception et la seconde cette différence radicale qui sépare le nouveau du répété. En fait, ce que nous donne l’expérience extérieure et intérieure consiste en ressemblances mêlées de différences extrêmement variables en degrés, c’est-àdire des analogies. La ressemblance parfaite supposée entre les choses s’évanouit à mesure qu’on les connaît mieux. A première vue, un peuple nouveau offre au voyageur un type général bien déterminé ; puis, plus on observe, plus l’uniformité apparente se résout en variétés. «J’ai pris la peine, dit Agassiz, de comparer entre eux des milliers d’individus de la même espèce; j’ai poussé dans un cas la minutie jusqu’à placer à côté les uns des autres 27.000 exemplaires d’une même coquille [genre Neretina). Je puis assurer que sm- ces 27.000 exemplaires, je n’en ai pas trouvé deux qui fussent parfaitement identiques. » Cette faculté de saisir les ressemblances — base de la généralisation — est-elle primitive au sens absolu du mot? Marque-t-elle le premier éveil de l’esprit, en tant qu’il con-
(1) W. James, Psychologie, I., 459.
naît ? Pour plusieurs auteurs contemporains (H. Spencer, Bain, Schneider, etc.), la conscience d’une différence est le moment primordial; la conscience d’une ressemblance ne vient qu’après. D’autres soutiennent la thèse inverse (1). En réalité, cette recherche du primum cognitum est hors de nos prises ; elle échappe à l’observation et à l’expérience comme toutes les questions de genèse. On ne peut se décider que d’après des arguments purement logiques, et chacun des deux partis fournit des raisons qui ne sont pas sans valeur. Il y a de plus, au fond de cette discussion, la grave erreur d’assimiler sans preuves l’état embryonnaire de l’esprit aux formes adultes et de supposer dès l’origine une distinction tranchée et nette entre la discrimination et l’assimilation. C’est une question ouverte, que la psychologie actuelle est incapable de trancher d’une manière positive. Ce qui est vrai, incontestable, de Tesprit tel que nous le connaissons, c’est-à-dire développé et constitué, c’est que les deux procédés vont de pair et se supposent réciproquement
En somme, l’abstraction et la généralisation, considérées comme actes élémentaires de l’esprit et rédui-
(1) H. Spencer, Principles of Psyehology, 1.1., part. 2, ch. ii. — Bain (Emotions and Wül, chapitre dernier) dit qu’il n’y a rien de plus fondamental dans l’intelligence que le sentiment de la différence qui existe entre des impressions consécutives ou coexistantes. « Quelquefois la ressemblance produit le choc nécessaire pour éveiller l’intelligence, mais cette ressemblance est un mode de là différence. » Pour un exposé et une discussion étendue de ce problème, consulter Ladd, Psyehology descriptive and explanatory, ch. xiv. Il convient de remarquer que les anciens psychologues, en considérant comme primordiale la« faculté de comparaison » qui se fait par ressemblance et par différence, avaient bien observé le même fait, tout en le décrivant en termes différents.
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tes à leurs conditions les plus simples, supposent :
La première — l’abstraction — une dissociation opérée dans les données brutes de l’expérience. Elle a des causes subjectives qui se réduisent finalement à l’attention. Elle a des causes objectives, réductibles à ce fait qu’une qualité déterminée nous est donnée comme partie intégrante de groupes très différents. « Une impression totale dont les éléments ne nous auraient jamais été donnés à part dans l’expérience serait réfractaire à l’analyse. Si tous les objets froids étaient humides, et tous les objets humides froids ; si tous les liquides étaient transparents, et si aucun objet non liquide n’était transparent; nous aurions bien de la peine à distinguer par des noms le froid de l’humide, la liquidité de la transparence... Mais ce qui a été associé tantôt à une chose, tantôt à une autre, tend à se dissocier des deux et à devenir pour l’esprit un objet de connaissance abstraite. C’est ce qu’on pourrait appeler une loi de dissociation par variations concomitantes (!'. »
La seconde, —la généralisation,— repose sur l’association par ressemblance ; mais même à son plus bas degré, elle la dépasse, car elle exige un acte synthétique de fusion. Elle ne consiste pas, en effet, en une évocation successive de semblables ou d’analogues, comme dans le cas où l’image de Saint-Pierre de Rome me suggère celle de Saint-Paul de Londres, du Panthéon de Paris et autres églises à dimensions colossales, de môme architecture et à coupoles gigantesques. Elle est une condensation. L’esprit ressemble à un creuset au fond duquel un résidu de ressem-
(1) W. James, Psychology, l, 302 et suiv.
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blances communes s’est déposé, les différences s’étant volatilisées. — A mesure que l’on s’éloigne de cette forme primitive, élémentaire, la constitution de l’idée générale exige d’autres conditions psychologiques qui ne peuvent être énumérées en passant.
Nous arrivons ici, en effet, au but principal de cet ouvrage qui est, non de disserter après tant d’autres, sur la nature de l’abstraction et de la généralisation ; mais de les suivre pas à pas dans leur développement, sous leurs multiples aspects. Dès qu’on dépasse la représentation individuelle pure, on entre dans une hiérarchie ascendante de notions qui, à part le caractère commun à toutes d’être générales, sont de nature fort hétérogènes et impliquent des habitudes mentales distinctes. La question tant de fois discutée ; Qu’avons-nous dans l’esprit, quand nous pensons par idées générales ? ne comporte pas une seule réponse, mais des réponses variables suivant les cas ; et pour répondre pertinemment, il faut fixer d’abord les principaux échelons de cette hiérarchie et pour cela il faut une notation objective qui leur donne une marque extérieure, non arbitraire.
Une première marque nous est fournie par l’absence ou la présence du mot. L’abstraction et la généralisation, sans l’aide possible du mot, constituent le groupe inférieur que quelques auteurs récents désignent par le nom bien approprié d'images génériques (1), terme qui laisse trans-
(1) Ce terme est emprunté aux travaux bien connus de Galton sur les photographies composites, qui ne remontent guère à plus d’une vingtaine d’années. Huxley, dans son livre sur Hume (ch. iv), me parait le premier qui l’ait transporté dans la psychologie, comme le montre le passa<^e sui-
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paraître leur nature intermédiaire entre l’image pure et la notion générale proprement dite.
La deuxième classe, que nous dénommons abstraits moyens^ suppose le mot. A leur plus bas degré, ces concepts dépassent à peine le niveau de l’image générique : ils se réduisent à un schéma vague dont le mot est un accompagnement presque superflu. A un degré plus haut, les rôles sont intervertis : le schéma représentatif, de plus en plus appauvri, s’efface devant le mot qui passe, dans la conscience, au premier plan.
Enfin, la troisième classe, celle des concepts supérieurs, a pour marque propre de n’être plus représentable. S’il surgit quelque image dans la conscience, elle n’aide pas sensiblement la marche de la pensée et quelquefois l’entrave. Tout se réduit, en apparence du moins, au mot seul.
Cette notation des degrés de l’abstraction ne peut, poulie moment, être donnée qu’à grands traits et grossièrement. Chaque moment de cette évolution devra être étudié
vant : « Pour éclaircir la nature de cette opération mentale, on peut la comparer à ce qui se passe dans la production des photographies composites, lorsque, par exemple, les images fournies par les physionomies de six personnes sont reçues sur la même plaque photographique, pendant un sixième du temps nécessaire pour faire un seul portrait. Le résultat final est que tous les points dans lesquels les six physionomies se ressemblent, ressortent avec force, tandis que tous ceux par où elles diffèrent restent dans le vague. On obtient ainsi un portrait générique des six personnes... Ainsi, nos idées d’impressions complexes isolées sont incomplètes d’une façon et nos idées de plusieurs impressions complexes plus ou moins semblables, sont incomplètes d’une autre façon, c’est-à-dire qu’elles sont génériques... Il s’ensuit que nos idées des impressions susdites ne sont pas, dans le sens strict du mot, les copies de ces impressions et, de plus, elles peuvent exister dans l’esprit indépendamment du langage. » — Au lieu du terme images génériques, Romanes emploie le mot « recept », pour marquer leur place intermédiaire entre le « percept » au-dessous, et le « concept » au-dessus.
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en lui-même et fixé par la détermination de ses caractères intérieurs et extérieurs. Quan t^à la légitimité, à la valeur objective et pratique de cette distribution hiérarchique, un voyage d’exploration d’un bout à l’autre de notre sujet, à travers les détails, peut seul la confirmer ou l’infirmer.
Nous commençons donc par les formes inférieures, avec le dessein d’y insister assez longuement, parce que d’ordinaire elles sont très négligées ou môme omises. C’est la période prélinguistique de l’abstraction et de la généralisation : le mot manque totalement; c’est un facteur inconnu. En quelle mesure, sans son aide, est-il possible de dépasser le niveau de la perception et de l’image consécutive et d’atteindre une forme intellectuelle plus élevée ? Pour répondre d’après les faits, nous avons trois sources d’informations assez copieuses : les animaux, les enfants avant la parole, les sourds-muets non éduqués.