L*AGCUBIL PAIT AUX VOYAGEURS
ses compagnons de route, comme esclave à Alger où il fut vendu 5.000 francs.
Les risques de terre et de mer sont réduits de nos jours à peu de chose; mais si nos pères ne pouvaient effectuer de médiocres déplacements sans craindre toutes sortes de mésaventures, nous n'avons plus, nous autres, au cours des voyages les plus lointains, à espérer aucune sorte d'aventure. Les facilités de la locomotion, qui en ont développé l'usage, en ont diminué l'intérêt. Leurs résultats sont moindres pour les gens que pour les choses, moindres pour les voyageurs que ^ pour les marchandises. Peut-être, au point de vue de l'effet utile et même du simple agrément, ne sont-ils pas eif rapport avec l'accroissement prodigieux du nombre des kilomètres parcourus.
Ce qu'il y a de plus curieux à connaître, ce sont des hommes et des mœurs beaucoup plus que des paysages. Les paysages sont en nombre très borné ; sauf la mer, la montagne, le désert, quelques fiords et quelques cascades exceptionnelles, on trouve en tous lieux, sur quelques centaines de kilomètres carrés, tous les paysages imaginables : le ruisseau, le fleuve, le lac, la plaine, la prairie, le rocher, la forêt, 1^ lande, avec leurs accidents de terrain. Gela se reproduit indéfiniment quand on va indéfiniment loin et
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cela se voit rassemblé en un morceau de territoire que Ton peut explorer en quelques jours.
L'homme est bien plus divers, mais il offrait plus de différence dans Tintérieur d'une seule province ou d'un pays de médiocre dimension, il y a cinq cents ans, qu'il n'en offrira peut-être dans cinquante ans sur toute la planète. Forcés de voyager lentement, nos pères voyaient mieux le peu qu'ils voyaient et en tiraient plus de parti que bien des contemporains qui voient beaucoup sans beaucoup apprendre ou qui même vont très loin sans voir beaucoup.
Les voyageurs, étant rares jadis, excitaient la méfiance, mais provoquaient aussi la curiosité : ils vont et viennent librement aujourd'hui; il n'est plus de pays où on les tienne, la nuit, enfermés dans leur chambre à l'auberge, comme en Espagne sous Philippe V, et nul jeune couple n'est plus dérangé au lit, comme au xviii* siècle en de petites cités épiscopales d'Italie, par les sbires du Saint-Office, gardien des mœurs, qui les invitaient à justifier de leur mariage. Mais on n'accueille plus l'inconnu de passage, comme on faisait volontiers alors ; s'il n'est muni de recommandations, il ne pénétrera chez nul habitant de la ville où il séjourne et n'aura commerce qu'avec les patrons d'hôtel.