‹ L'évolution des moyens de transport [microform]. Voyageurs--lettres--marchandisesChapitre 43 sur 75 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Le coût des transports sur route, du moyen âge à Louis-Phlippe.

Le tarif de la « petite vitesse » depuis sept siècles. — Les prix de port de la tonne de mille kilos par kilomètre. — Le gros charroi est libre. — Les colis « portés au trot » sont réservés aux Messageries royales. — Monopole pour les paquets inférieurs à 25 kilos. — Taxe ofûcielle de ce que nous nommons « Colis postaux ». — De Paris à Lyon ou Bordeaux 7 fr. 50 par 5 kilos sous Louis XVL

— Prix exorbitants du moyen âge pour les petits colis.

— Ils représentent les frais de voyage d*un exprès. — Variations brusques des anciens tarifs à quelques années d'intervalle. — « Commissionnaires. — Entrepreneurs par la voie des rouliers. » — Une main pour indiquer la fragilité. -— Les avaries de transport et les procès pour indemnités. — 0 fr. 73 à 1 fr. 86 pour la tonne de blé, par kilomètre. — Sous Louis XV, de Paris à Lyon 1 fr. 10 par kilomètre. — Noyé dans la boue. — Les frets .de retour.

— Manque de chevaux. — Les « roussatis » du Midi. — Elargissement des bandages de roues au commencement du xix^ siècle. — Le roulage sous Louis-Philippe.

Pour faire pareille besogne, il fallait un outil que nos devanciers ne possédaient pas : si le lait

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pur était en 1913 moins coûteux à Paris qu'il y a cinquante ans, tout en rapportant davantage au fermier qui le fournissait, c'est qu'il venait il y a cinq ans aussi vite de 150 kilomètres que de Garches ou de Montfermeil sous le second Empire. Et si la pierre à bâtir de nos grandes villes, bien qu'amenée d'une carrière lointaine faisait réaliser à la fois un gain nouveau au propriétaire qui l'extrayait et une économie à l'entrepreneur qui l'employait, c'est que le remorqueur ou la locomotive avait fait voyager ce bloc énorme pour quelques francs. Avec le roulage d'autrefois, la pierre eût trop enchéri en route et le lait fût resté en route trop longtemps. Quel fut donc, dans les sept siècles 'qui ont précédé le nôtre, le tarif de la « petite vitesse ? » non que je prétende ici dresser, pour le moyen âge et les temps modernes, une nomenclature analogue à celle du copieux in-folio qu'est le livret Chaix de nos Compagnies de chemins de fer. L'œuvre serait assez malaisée et d'ailleurs fastidieuse. Mais, grâce aux prix de transport que j'ai recueillis en assez grand nombre, pour des marchandises variées et s'appliquant à des poids et à des distances précis, il est possible, en traduisant les chiffres anciens en chiffres de 1913, de savoir ce qu'il en coûtait jadis par kilomètre

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et par tonne de mille kilosy et de comparer au présent un passé jusqu'ici obscur ^

Les transports qui, pour les voyageurs et les lettres, devinrent, aux xvii*' et xvni* siècles, Tobjet de monopoles assez jaloux, demeurèrent libres pour les marchandises. La loi seule de l'offre et de la demande régla, depuis le moyen âge jusqu'à la fin de la monarchie, le voiturage des marchandises, la « petite vitesse » du moins, c'est-àdire le gros charroi. Pour les colis légers, portés au trot, — allure correspondant à la « grande vitesse » actuelle, — leur trafic était, depuis Louis XIV, réservé aux Messageries Royales; celles-ci obtenaient fréquemment condamnation à dommages-intérêts (de 20 à 70 francs) des rouliers qui s'étaient illégalement chargés de paquets inférieurs à 25 kilos, ou en avaient indûment groupé plusieurs pour atteindre ce poids.

La taxe officielle appliquée par les diligences à ce que nous nommons les « colis postaux, » était graduée suivant la distance : de 50 centimes, chiffre minimum pour 5 kilos expédiés à 40 kilomètres, elle s'élevait par 20 kilomètres de

1. Voyez les tableaux de prix des moyens de transport dans le tome VI, p. 621, de mon Histoire Économique de la propriété, des ealaireSy des denrées et de tous les prix en général depuis 4200 jusqu'à 4800,

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25 centimes, de sorte qu'à destination de Lyon ou de Bordeaux, 5 et 10 kilos, au lieu de 80 centimes et 1 fr. 25 en 1913, payaient sous Louis XVI 7 fr. 50 et 15 francs. Ce tarif de la fin de l'ancien régime, avec son supplément de 50 centimes pour livraison à domicile, était cependant inférieur d'un tiers à celui des premiers coches publics au temps de Louis XIIL

Il eût paru bien bon marché aux gens des xiVet XV siècles, où les petits colis payaient proportionnellement le plus cher, grevés qu'ils étaient des frais d'une voiture souvent aux trois quarts vide II en coûtait 10 francs pour le port d'une robe de Paris à Gompiègne (1302), 96 francs pour celui d'une grande cage de perroquets de Montargis à Paris, 128 francs pour quelques poissons de Paris en Franche-Comté et 72 francs pour un baril de lamproies de Paris à Arras (1405). Au XVI' siècle le port d'une épinette de quelques kilos, — cet embryon des pianos futurs, — était. payé'84 francs de Tours à Cognac; celui de deux « harnais d'armes », - armures complètes, - 108 francs de Besançon à Bruxelles (1501); celui de six gerfauts, de Bruxelles à Prague, 166 francs

Ces prix et beaucoup d'autres du même genre ne sont pas, à proprement parler, la rémunéra-

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tien effective d'un « transport » de marchandises, mais la dépense de voyage d'un exprès, indépendante de la charge à lui confiée. C'étaient des manifestations de luxe, disparues de notre temps, où elles seraient sans objet. Elles suppléaient à la « grande vitesse » inexistante, mais n'ont pas plus d'analogie avec un trafic organisé que n'en ont, par exemple, avec le tarif actuel des cercueils par chemin de fer, des cortèges funéraires qui rapatrient processionnellementy parfois de fort loin jusqu'au tombeau familial, un cadavre princier : ainsi en coûta-t-il 160.000 francs pour ramener d'Italie à Thouars (Charente) escorté d'une foule de prêtres et de chevaliers, entre deux rangs de porteurs de torches en cire, le corps de Louis de la Trémoïlle", tué à la bataille de Pavie (1525).

Lorsque, au contraire, 500 plumes de chapeau payent 56 francs de Paris à Nevers (1618), ou six fromages de Parmesan 26 francs de Milan à Bruxelles, nous voyons bien, et que les charretiers devaient sur le parcours avoir d'autres clients, et qu'ils en avaient cependant fort peu, puisqu'ils exigeaient pour de si faibles poids un pareil fret. Plus tard, lorsque des services réguliers fonctionnèrent, le port des petits colis fut moins fantaisiste : 20 francs pour une valise par le coche de

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