CHAPITRE XXIII
Les transports internationaux.
Les traités de commerce du moyen âge. — La voie maritime et ses dangers. — Les Barbaresques dans la Méditerranée. — Le protectionnisme à rebours; droits de sortie. — Il est pratiqué par la plupart des nations d'Europe. — Les Anglais introduisent, au xvn® siècle, des tarifs différenciels contre les vaisseaux étrangers. — Goût de l'aristocratie ^britannique pour les « affaires. » — Relations maritimes bien précaires encore au xvm» siècle. — Les douanes françaises. — La traversée de la Manche, ses tarifs et ses hasards sous Louis XV et sous le Consulat.
Non que les traités de commerce fissent défaut ni les lois internationales sur la mer; il s'en voyait au contraire de vénérables par leur antiquité, toutes stipulant liberté « absolue »..., sauf que les neutres, en cas de guerre, trouvés à bord de navires appartenant à des belligérants, étaient traités en ennemis. Pour les marins de leur propre pays, les coutumes n'étaient guère tendres
LES TRANSPORÎS INTERNATIONAUX
au moyen âge : celle de Saint-Malo porte que a le pilote ou locman, si le vaisseau s'empire par faute qu'il ne sait pas conduire, il doit réparer les dommages s'il a de quoi et, s'il n'a de quoi, il doit avoir la tête coupée »*
Quoique, dès le xviii" siècle, l'on se fût interdit mutuellement de laisser débarquer et vendre les marchandises apportées par des brigands « écumeurs et autres gens laborant sur la guerre », la voie maritime, par sa nature la moins chère de toutes, demeurait la plus dangereuse. Sans admettre ce que prétendent les marchands de Rouen sous Louis XIII que les bateaux de harengs et de morues fussent dévalisés dans la Manche par des pirates, il est bien connu que la Méditerranée fut une ferme fructueuse pour les Barbaresques jusqu'à la fin du xviif siècle. Le taux du fret s'en ressentait : de Messine à Marseille, la soie payait 180 francs les 100 kilos; de Bilbao à Nantes, la laine ne payait que 22 francs.
Le quintal de laine, il est vrai devait en outre 129 francs de droits de sortie. Le protectionnisme à rebours fut longtemps pratiqué par la plupart des nations d'Europe, au moyen d'une taxe sur les exportations qui, de 6 p. 100 au minimum, s'élevait jusqu'à 50, 100 et 150 p. 100 pour les marchandises dont chaque pays pré-
tendait avoir le monopole : en Espagne, c'étaient rhuile d'olive, la cochenille « indispensable pour les teintures cramoisies », le petun (ainsi nommait-on le tabac au xvii* siècle) de Varinas (Pérou), « le meilleur de tous, dont les nations du Nord ne se peuvent passer » ; en Portugal, le sel estimé plus fort que le nôtre ; en Angleterre, l'étain, le charbon de terre et la draperie.
Avec cette distinction que l'impôt anglais, variait du simple au double selon que les draps étaient embarqués sur un vaisseau indigène ou étranger. Les premiers en Europe, nos voisins de Grande-Bretagne avaient mis en pratique des théories commerciales que notre compatriote Bodin, dès le xvi* siècle, développait dans sa République, mais que nous n'appliquions pas. Bien que nous eussions avec les Anglais, depuis Henri IV, un traité garantissant « liberté et égalité du commerce le plus que faire se pourrait », ils faisaient bénéficier leurs nationaux de tarifs différenciels qui, pour les vins, allaient jusqu'à la confiscation de ceux qui étaient apportés dans des navires français.
Par contre, en temps de guerre avec le Royaume-Uni, ses marchandises entraient dans nos ports sous le nom d'armateurs français « moyennant quelques présents aux gouverneurs