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CHAPITRE XV Le Cabinet noir et les lettres chiffrées

La • S«crrl de U potte • au xvu* tiède. — • Cabinet noir • au iviii*. — Aux archiTea natiooalM, dani f l'arnoira d« fur • tool le* • LeUret priTéet, copiéea daoi las buretui do la Poate », aooa la RaaUuralioD. eo ISlt- U19. - U •omttauûom dat toctret par l'Etat sous le cardinal de Rieballao. — Enerea tynpattiiquei et alphabeU myilériaax. — Chiffrage des lettres: dirers procédés employés. - Laoga^ allégorique. — Décbiffreurs attitrés; Antoine Rossignol. — Il est pensionné de eo 000 frsncs. — « Régies assurées et infaillibles pour •iThiiTri r et lire ce qui sera écrit par figure. » — Manière de cbilfrer par lettres al points, par le carré, le triangle ou roelogona. — Las ehèssis et grilles changés chaque fois. ~ Le « senrièa du secret ». — Le gama, à base de vif-arveat pour enlever la cire. — La duchesse d'Orléans tv I l.-iitit que la poste oavre mal ses lettres et les lirre avr. u.»p de retard. — c Ce crapaud de Torey. • — Le cabinet noir, par sea • extraiu » irraaponsables devient un coupe^gorge. — Louis XV* garde le secret au x dame« » . ~ Discrétioa dea commis.

En dirons-nouB autant de ce que Ton apjiclaii :ia xYii* siècle le « Secret de la Poste », par

160 î*^:voi.i 1 il. rnANSPORT.

ironie H&ns doulc un (»ai antiphrase, puisque cette expression, remplacée sous Louis XV par celle de Cabinet noir, désignait précisément Touvcrture subreplice des lettres privées par le pouvoir public? Il était d'usage de laisser passer librement, même en temps de guerre, les messagers des souverains ; à plus forte raison en pleine paix, Wallcnstein, qui n'avait pas w la manière » flt-il scandale d'intercepter les dépèches de Suède en Transylvanie. Mais de -tout temps et en tous pays, il était défendu aux particuliers d'envoyer sans permission des courriers à l'étranger ou d'en recevoir, et les dépèches du dehors étaient tenues de suivre en traversant la France, un itinéraire légal, — celles d'Espagae ou d'Italie devaient prendre par Bordeaux et Lyon, — sous peiue, si elles déviaient de cette route, d'amende, de punition corporelle et de confiscation des chevaux.

A en juger par les procès dont elle est l'objet, la violation du secret des correspondances parles simples citoyens constituait un délit ; pour l'Imitât, c'était chose moins sacrée; elle passait, suivant une tradition ancienne, pour un attribut gouvernemental, aussi bien sous les premiers Valois que sous les derniers Bourbons : V « armoire de fer w, aux Archives nationales, contient un car-

CABINET NOIR tr I RTTRBt CIIFFRÉIK K'I

ton eDiier intilulé : « Lettres privées, copiées dans les bureaux de la poste » sous la l^stauration, en 1818 et 1819.

Sealement, pour que le cabinet noir donnAt des résultats vraiment rructueux. il fallait que les postes fussent aux mains de l'État, ce qui n'était pas le cas au xti* 8i^cle, et que cependant la multiplicité des lettres ne compliquât pas trop le choix, comme de nos jours; tandis que sous l'Afx i*>n Hégime rien ne s'opposait à de paisibles soustractions. Le surintendant de Nouveau écrivait (1633) au cardinal de Richelieu : « J'ai trouvé dans le paquet de Gand une lettre de la qualité de celles que Votre Éminence sait qu'elle m'a commandé de retenir et de lui faire voir. J'ai cm qu'elle aurait agréable l'envoi que je lui fais tant de l'original que de la copie d'icelle... J'estimerais, sauf le meilleur avis de Votre Éminence, qu'il serait nécessaire de supprimer entièrement ledit paquet comme perdu, d'autant qu'étant, comme il est, compote de dfux lettres xeu- Umentf en ôtant une, ce serait découvrir entièrement les affaires et nous ôter le moyen de continuer ce petit négoce ;... sinon Votre Éminence me renverra le tout, on le pourra rendre mercredi prochain comme ayant été oublié par le précédent courrier... Il sera nécessaire de

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le renvoyer en la forme qu'il est, pour l'ourrir avec la dextérité requise et remettre les queues (les leltres en leurs mêmes places... Si on le garde, on peut l'ourrir sans aucune sorte de cérémonie que celle que Votre Eminence aura agréable d'y observer.r. J'envoie aussi les extraits de quelques autres lettres que j'ai fait copier... » Semblables rapports sont & foison dans les archives du temps. Le secrétaire d'Etat de Noyers rendait compte au premier ministre des lettres et paquets ouverts à Calais sur la demande de notre ambassadeur en Angleterre : « On les referme, dit-il, assez adroitement, ainsi qu'avait mandé ledit sieur Ambassadeur... m Ne trouvant pas ce qu'il cherche, mais voyant des lettres à l'adresse de Sourdéac, « nous avons cm qu'il pourrait y avoir de quoi apprendre des nouvelles de Flandres ; ainsi Votre Eminence les recevra et, s'il le juge à propos, les refermera et renverra par le prochain ordinaire... Si l'on s'aper* çoit en Angleterre que l'on ouvre les paquets, ajoute de Noyers, je crains qu'ils ne fassent de môme et qu'ils n'ouvrent les dépèches du Roi ; à quoi il serait aisé de remédier si M. l'Ambassadeur avait un homme à Douvres, pour les recevoir des mains du maître de la chaloupe qui les porte de Calais ».

cABi.\rT xoin iT LtTTHi^ rHirriiÉR« IttS

Faule de messagers spëcia..., ..: etsayait de it mettre à Tabri de« indiicrétioDs ; jamais les encres sympathiques et les alphabets mystérieux ne jouèrent un aussi grand rôle. Il n'est pas rare de voir des missives d'une grande étendue qui ne contiennent pas un seul mot en clair. Parfois les correspondants convenaient de puiser dans un livre quelconque, choisi par eux, les mots dont ils auraient besoin; chaque groupe de chiiïres indiquait la page, la ligne et le rang de ce mot dans la ligne ; système d'ailleurs long et lat>orieux. Sans aller jusqu'au chiffre, on avait recours aux termes de conventions, au langage allégorique alors fort à la mode : dans les dépèches administratives, Hichelieu est désigné sous les pseudonymes de Ntttor, AmadeaUy Calori ; Maiarin sous ceux de Colmardo ou Frère^Coupe^ Choux; le Roi devient Le Chêne ou Alexandre; la Seigneurie de Venise t'appelle Julien, un esturgeon signifie une alliance.

Les gouvernements avaient leurs décbiflTreurs attitrés : celui de Henri IV était un certain Chorriu, à qui, si l'on en croit d'Aubigné, nul chilfre ne résistait. Mais le plus habile de l'Europe en ce genre fut Antoine Rossignol, paoTre garçon d'AIbi que « les mathématiques (?) amenèrent, dit Tallemant, à une sorte de divinatiop

164 l'évolution des moîbns de transport

merveilleuse >. H Tutilisa pour la première fois lors du siège de Réalmont en 1626, au service du prince de Condé et passa tôt après à celui de Richelieu. Il y avait des chifTres qu'il lisait tout de suite, mais aucun ne lui échappait. Devenu rapidement un personnage indispensable, gratifié d'une charge de maître à la Chambre des Comptes et d'une pension de 60.000 francs, Rossignol, à qui Perrault consacre une notice dans ses Hommes Illustres, inculqua sa science à son fils, qui le suppléa dans sa vieillesse, mais sans l'égaler. Louvois lui préférait un autre déchiffreur nommé Luillier, et les virtuoses en ce genre ne manquèrent pas, puisque les lettres chiffrées, interceptées à la poste, qui abondent dans les dossiers de jadis, y sont toutes traduites en clair.

Il circulait, dès le premier tiers du xv.. ^.^cle, des traités manuscrits révélant les « Règles assurées et infaillibles pour déchiffrer et lire ce (lui sera écrit par ligures », et recommandant aussi u plusieurs façons d'écrire qui ne pourront être déchiffrées ». De toutes les lettres, dit l'auteur d'un de ces manuels, « les toyelles sont les plus usitées et, parmi les voyelles, E est la plus fréquente ; de sorte que, si Ton remarque un chiffre qui retient sans cesse, on peat être

CAIIXrr NOIR ET LtTTlIBS ciimiAis 165

8ûr que c'est an E. Lorsqu'un group« compote de trois chiffres comnieiice par E, ce doit être Kut, ^au,fiix mais plus probablement A/i/; lorsqu'il flnit par K, ce peut être V'i>, /i>, tue, vue ; mais c'est ordinairement que. Deux figures semblables à la fin d'un root sont infailliblement deux E, comme dans armée. Un mot de trois chiffres, le premier et le troisième étant semblables, sera ordinairement non ; un chiffre seul faisant un mot c'est -^-'-•nement a ou y ou o... »», etc.

i<{ue l'auteur donnât le « moyen de reconnaître les lettres inutiles, inexistantes et de remplissage », ses procédés, fondés sur la place et la fréquence d'un même caractère, ne serraient de rien pour les chiffres plus compliqués, où la même figure signifie, suivant sa place, trois ou quatre lettres différentes : ainsi le P est employé trois fois dans deux mots pour signifier tantôt 0, tantôt M et tantôt I. Les diyerses manières de chiffrer par lettres et points, par le carré, le triangle ou l'octogone, parchâssis et grilles aTec signes d'intelligence que l'on change chaque fois suivant Tordre dans lequel on emploie la grille, tous ces systèmes, si parfaits que les modernes n'ont pas eu à les perfectionner, n'offraient qu'une sécurité illusoire.

Le « service du secret », pour enlever la cire

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des cachets sans qu'il y parût trop, puis pour rétablir plus ou moins proprement la fermeture, se servait d'un amalgame à base de vif-argent, nommé gama^ sur les mérites duquel les contemporains diffèrent assez d'opinion : « On ne saurait comprendre, dit Saint-Simon, la promptitude et la dextérité de cette opération ». Au contraire, d'après la Palatine, duchesse d'Orléans, il arrivait souvent que les lettres remises aux destinataires portassent des traces très visibles d'effraction : « La poste, écrit-elle à la duchesse de Hanovre (1682), nous fait l'honneur de refermer bien subtilement nos lettres. Mais à cette bonne Madame la Duchesse (de Bourbon^ on les lui envoie souvent dans un singulier état et déchirées par en haut ».

Louvois proct'dait d'ailleurs plus rondement que son successeur, M. de Torcy : «« C'est une misère, écrit plus tard Madame, que la façon dont va la poste aujourd'hui (1705). Du temps de M. de Louvois, on lisait les lettres aussi bien qu'à présent, mais on les remettait du moins en temps convenable. Maintenant que ce crapaud de Turcy a la direction de la poste, les lettres se fout attendre un temps influi ». Quand cette princesse constatait que « toutes les lettres qui entrent en] France ou qui en sortent sont

cABi^kT Nom rr litt»u ciirmÉin 187

ouverteH », elle venait d'en faire l'upértence par une missiTe à sa Unte (1701^, que la poste, trouvant trop forte pour se contenter, à l'ordinaire, d'en donner un extrait, avait envoyée au Hoi en original : II** de Maintenon y était traitée de « vieille ordure ».

Pour la belle-sœur du Boi, tout s'arrangeait avec une scène et des excuses ; pour les simples

I r^rticuliers, le « cabinet noir » avait ce grave in<:onvénient d'être un coupe-gorge : des commis peu délicats pouvaient, dans ces « extraits », faire dire tout ce qu'ils voulaient aux lettres décachetées, detferrir ou perdre quelqu'un près du souverain et des ministres, en inventant ou falsiflant les correspondances, puisque rien ne garantissait l'authenticité et l'exactitude des copies.

II est même curieux que ce monstrueux organisme n'ait pas donné de pires résultats, surtout au xviti* siècle où les intendants généraux, qui travaillaient directement avec le Roi, répartissaient les extraits entre les mains des ministres intéressés, des hommes politiques, des favorites, des courtisans d'importance. Une discrétion relative y fut observée; Louis XIV se taisait scrupuleusement sur les intrigues amoureuses qui venaient ainsi à sa connaissance et Louis XV, comme son aïeul, « gardait le secret aux dames ».

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On en peut dire autant des douze ou quinze hommes de conûance, vieillis dans le métier, seuls admis à pénétrer dans cette chambre des postes qu'ils appelaient entre eux » le Secret ».

UlAriTHK XVI

Le nombre des lettres depuis Louis XIV Jusqu'à Napoléon.

mbrv P Htnint des courrieri. — Pour l'Aiiglelerre, Jnsqu'eo I&M, 3 natngert frmncaii éi S anglais. — 10 ou It jours de Paris à Londres. — 110 lettres par jour, eo 1693. di* Francs M Anglslsrre, ou 4ê.%H par sa. — Eo 1013, 17 millions si demi. — Pour Roms, 40 Isttres psr jour en 1700. — En 1013. de Francs sa ItsUs, 9 millions par an. — Paris a S boites à IsUres en 1716. — Les lettres ne pèsent goèrs qos 4 4 5 grammes. — Poids concédé à la • Isttrs simple • 7 gramme et demi. — La « lettre simple • paie, en 1703, 1 franc pour Lyon et Calais: 1 fr. 10 pour Marseille, 1 fr. 70 poor Strasbourg, 85 centimes poor Nancy. — Les tarifs ne sont pas toujours appliqués. ~~ Sopplémeots pour les « droiu de traverse » du piéton ksbdoînadaire. — S francs pour une brochure, de Paris à Montmorency, sous Louis XV. — Les • franchises • sttoifnont sncore plus du quart de chaque ordinaire sons le Consolât — Abonaomsnts stsc les maîtres des postas. — Les flietean narrons. — Articles d'argent; eoTois de fonds. — Lss Isttrss ehaijgéss. — Droit de 9 p. 100 ; nilnimnm do psnoption t francs. — Eo 1801, le total annnsi dos rnooTsments d'argent ne monte encore qu'à 2S milUnn* d^ francs; en 1913, 9 milliards de francs.

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La louche besogne de ces fonctionnaires était assez facile avec le nombre restreint des courriers de jadis et des dépêches dont ils étaient porteurs. Pour l'Angleterre par exemple, les lettres étaient, jusqu'en 1634, acheminées par la voie de Rouen et Dieppe, « fort longue à cause du trajet de 25 lieues de mer; >» le service était fait par trois messagers français, et trois anglais, voyageant à leur compte et mettant trois semaines à aller et venir. L'Angleterre fut la première à les remplacer par des courriers allant une ou deux fois par semaine en poste de Londres k Douvres; la France de son côté établit à Calais et à Boulogne deux agences de transit dont les chefs s'engagèrent à faire tenir les lettres de Paris à Londres en dix ou douze jours au p\u<

Or la recette des bureaux de Calais et de Boulogne, en 1693, nous apprend que les lettres expédiées de France en Angleterre n'excédaient pas le chiiïre modeste de 110 par jour. Cent dix lettres par jour ou 40.000 par an, c'est aujourd'hui à peu près le nombre annuel des envois postaux de France... pour le Congo belge. Nous écrivons, en 1ÎM3, r>0.000 lettres au Japon cl 60.000 au Venezuela. Quant A l'Angleterre, le cbifTre des lettres qui y sont adretséM par les Français est de 17 millions et demi par an ; joi-

hOMBIII DB LBTTIIB!$ Dl .AP01>.0N 171

giMt-y lafcartMpotUlet, le8 journiuxj^t papiert d'alTairos et les échantilloos, le tout monte à 80 millioos et demi.

Four Rome, la moyenne journalière au commencement du XTiu* siècle était de 40 lettres seulement ; la recette postale qu'elles produisaient atteignait à peine le quart des frais de Toyage de l'ordinaire bimensuel qui les portait. Aussi avait-on concédé à l'entrepreneur, pour couvrir ses dépenses, le monopole de transport des petits paquets dont il avait droit de remplir 4 caisses à son proQt. Le bureau de Lyon avait seul des rapports directs avec l'Italie; sur la route d'Aix k Nice, la malle des lettres, jusqu'au temps du cardinal de Fleury (1728), était encore confiée à des muletiers ou, à défaut, à des enfants qui conduisaient des bourriques. En 1913, de France en Italie, le chiffre des lettres expédiées annuellemeut passe 0 millions et demi, celui de la totalité des envois postaui atteint près de22 millions.

Avec les pa)'S non limitrophes il n'existait guère de Mnrke direct; mais les banquiers, les gros oégociaots se chargeaient des réexpéditions par leurs correspondants personnels; on adressait ainsi, parle courrier hebdomadaire de Hollande : • A Monsieur un Tel à Amsterdam, pour M. un Tel à Labeck, ou à Copenhague » des plis, qui

parvenaient presque toujours, bien que lentement.

Pans, en lo.)3, n avait encore que 4 bottes à lettres ; il en eut 0 eu 1695 et 8 en 1716, y compris celle de Tbôtel des Postes, rue- des Bourdonnais, levées chacune deux fois par jour, à midi et à sept heures du soir. Ces boites devinrent des bureaux de quartier lorsque fut créée (1759) la « petite poste >» à 0,25 centimes, —deux sous, — pour les lettres circulant à l'intérieur de la capitale, imitation perfectionnée de la « pennypost n de Londres. Essayée déjà cent ans avant par un ingénieux académicien, Eenouard de Villayer, qui échoua (1653), cette idée hardie, souvent discutée, consistant à remplacer les petits savoyards par une équipe de facteurs officiels, ne semblait pas encore, au dire de Barbier, appelée à un grand succès, lorsque le philanthrope Chamousset l'exécuta à ses risques et périls, moyennant concession du produit pendant vingt ans.

La lettre distribuée par la « petite poste », dans l'enceinte de Paris, jouissait d'une tolérance de poids de 60 grammes; le tarif de la poste ordinaire, en France, ne concédait que 7 grammes e( demi à la « lettre simple » et 15 grammes à la «< lettre double »; au-dessus, on payait pour

NOMBIIR DB MTTIIBS Dl iv A NAPOI^t» 173

I ooce, soit 31 grammes. Le tarif de 1676 introduisait, entre la « simple > et la ■ double • lettre, UDe catégorie intermédiaire, celle de la « lettre avec enveloppe •, assez rare sans doute puisque jusqu'au milieu du xu* siècle Tusagc persista, comme on sait, d'écrire l'adresse au dos de la feuille pliée et cachetée à la cire, laquelle ne pesait souvent pas plus de 4 grammes. Un mémoire de la direction des postes, en 1703, constate que dans un paquet d'une once on a compté jusqu'à 7 et 8 « lettres simples ».

Le§ taxes postales, cinq ou six fois remaniées et qui, exprimées eu monnaies anciennes, semï)\r ' que doubler depuis 1625 jusqu'à la Hi < 1, subirent aie /oMc/ peu de changement

et même tendirent à diminuery si on les traduit toutes en monnaie actuelle d'après la valeur intrinsèque et relative des anciens « sous » aux diverses dates : ainsi la lettre simple de Paris à L>on payant 3 sous en 16fô, 6 sous en 1703 et tt sous en 1760, se trouve effectivement tarifée à 0,90 centimes en 1625, 1 franc en 1703 et 0,84 centimes en 1760. Le prix variait suivant les localités de 0,50 centimes à 1 fr. 75 centimes; mais il n'était pas exactement proportionné à la distance : il en coûtait davantage pour Strasbourg (1 fr. 70 centimes en 1703) que pour llar-

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seille (1 fr. 20); Calais, à 1 franc, était plus cher que Nancy à 0,85 centimes et le port était le même de Lille à Madrid, par l'ordinaire d'Espagne, que de Paris à Perpignan.

Les tarifs officiels ne nous donnent d'ailleurs qu'une idée peu exacte des frais de port qui incombaient à nos pères : les premiers tarifs n'entrèrent en vigueur que bien longtemps après leur promulgation, quelques-uns n'y entrèrent jamais : une lettre de Paris à Amiens coûte 2 fr. 50 centimes en 1657, tandis qu'elle était censée depuis des années devoir être taxée à 0,50 centimes, et l'on paye 13 francs le port d'un arrêt du Conseil de Paris à Toulouse (1634) qui, d'après les pancartes, aurait dû se payer six fois moins. Le chiffre, inscrit sur la lettre au départ, était rayé souvent en cours de route par les maîtres de poste, qui exigeaient à l'arrivée un (irix supérieur. Sans admettre toutes les exactions reprochées aux messagers, dont on se plaignait fort, il est certain que les ports sont plus élevés dans la réalité que sur les tarifs, et la raison en est fort simple : c'est que les tarifs ne concernaient qu'un petit nombre de villes, celles par où passaient les grands courriers, ou qui s'étaient reliées, par un piéton hebdomadaire et moyennant un supplément de 35 centimes, — le droit

•If II i — aiî bureau ic piij^ voisin, (^uani

aux a. calilét, cbeft-lieux de canton ou

communes rurales, le destinataire d*ooe lettre adreatée • au maître de la poste de X..., pour faire tenir s'il lui plaît à Ifonaieur X..., à tel endroit, » ne Yoyait réclamer, pour de courti trajets, dea Uiet de 5 et 6 francs.

De Hollande, où il existait un service direct

pour Paris une lettre, une brochure, dès le

milieu du xvii' siècle, ne payait guère que 2 fr. 50;

lais, de Paris à Montmorency, elle coûtait

francé, en 1760, i Jean-Jacques Housseau, qui

- en plaint d'ailleurs amèrement comme des ports

de lettres en général : « Ils le ruinent, dit-il,

(nrce que tous les désceurrés de France et de

I Kuropelui écrivent et, qoi pis est, exigent des

réponses ». Mirabeau se voyait incapable aussi de

(>ayer les lettres qu'il recevait dans les premiers

mois des États Généraux. L'aCTranchissement

préalable, essayé plusieurs fois, arait donné lieu

i des abus : les petits commis, préposés à la

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