CHAPITRE XIV Les lettres confiées aux fermiers des postes
Le poli ... . i, tiit.^ il t'Ut neD Ut: ..'••■■■. .in avec les postes, jusqu'à Louis XIÏI. — Pierre d^Alméras permet aux courriers ofûciels de se charger des dépèches du public. — L'adjectif « ordinaire > devient un substantif. — Premier tarif de 1625. — Jérôme de Nouveau. — - LoQTOis réunit au domaine royal les poitei intérieuret. — Il exploite ù Hon profit personnel les postes dites étrangèrei. — Les fermiers généraux des postes, Louis Rouillé et Léon Pajot. — Leurs débuts ; leur dynastie qui se maintint 70 ans. — La poste, au lieu d'accepter les lettres, les exige ; son monopole. — Les messagers disparaissent. — Louis XIV se fâche contre Louvois. — Le roi fait la besogne d'employé supérieur. — Produit des 115 bureaux des postes étrangères, comprenant une douxaine de départements français en 1G93 : 3.580.000 francs. — ' 31.000 francs de ports pour le bureau de Venaillet.
Le port des lettres n eut ainsi, jusqu'au règne de Louis XIII, rien de commun ayec les postes. Les seuls plis confiés aux chevaucheurs qui couraient la poste étaient les plis royaux, en France
comme ailleun». Lv-^ i^remiers relais échelonnés en Allemagne, sur la route de Vienne à Bruxelles, par l'empereur llaiimilicn n'étaient que pour sa commodité personnelle et c'était uniquement sur les fonds de la couronne qu'étaient payés encore en 1503 les 50.000 francs par an que touchait l'entrepreneur « Messire de Taxis ».
La transmission des correspondances privées s'était donc organisée toute seule, tant bien que mal, et si Ton veut absolument trouver aux postes modernes un fondateur, celui qui mérite ce nom fut un fonctionnaire en son temps fort effacé et inconnu de l'histoire : Pierre d'Alméras. Le « Cirand Maître des coureurs, t. institué sur le pnftirr au XV* siècle, avait été remplacé au XVI' siècle, toujours sur le papier, par un « Contrôleur général des Postes », jusqu'à ce qu'un édit de Henri IV (1608) confiât ce rôle, précédemment imaginaire, à un « général des postes » en chair et en os : ce fut Guillaume Fouquet de la Varenne, longtemps porteur attitré des « poulets • d'amour et même un peu proxénète du Vert-Galant. Son successeur (1612) Pierre d'Alméras, fils d'un partisan de Languedoc, riche financier lui-même, qui paya cette charge 2.500.000 francs, s'avisa que les courriers officiels, • tenant la poste pour le Roi » le long des
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grandes routes, feraient, avec les chevaux Trais dont ils étaient propriétaires, une concurrence utile aux messagers qui voyageaient lentement pour ménager leurs montures.
Aux estafettes qui portaient les dépèches de la Cour il permit de se charger de celles du public; puis, l'innovation ayant réussi, il établit des courriers ordinaires, — Tadjectif devint rapidement un substantif : « le prochain ordinaire •, — partant et arrivant ^ jour fixe et les multiplia, ainsi que les bureaux, au fur et À mesure des besoins et de la clientèle. Des lettres patentes donnant à Aimeras juridiction sur les maîtres de poste, c'est-à-dire créant quelque cohésion, et un premier tarif, bien succinct, des ports de lettres (1625), telles furent les deux mesures, noyées au milieu du fatras d'ordonnances liscales d'un jour, qui se trouvèrent amorcer sans bruit l'un des organismes vitaux de la société luture. La hiérarchie, tentée par Aimeras, fut repoussée d'abord aussi bien par les agents qu'il s'agissait d'embrigader que par les autorités provinciales qui prétendaient garder ces subalternes sous leur dépendance; le tarif, mal accepté du public qui préférait marchander avec les courriers, ne prit force de loi qu'au bout d'une vingtaine d années ; xlélai asseï bref pour qui
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connaît ien emiinrraï^ d'un mécanisme nouToau, qu'entravait par surcroît la guerre étrangère : en effet, les maîtres de poste, déjà très irrégulièrement payé^. avaient été réquisition! r..r merdes compagnies de postillons i:....
par 9nite de cette levée malencontreu-
rit Richelieu, périssent tout à fait iiovj. -..
Depuis dii ans, Alméraa, à cette époque,
•^tait plus en fonctions. Son successeur, Jérôme
de Nouveau, courtisan assidu quoique ridicule,
;..„..« «..., doute insumsanl à sa gloire le titre
lendant des postes », car il acheta suc-
ssivement ceux de « capitaine de la meute des petits chiens blancs pour le cerf » et de « grand trésorier des Ordres du Hoi >*, ce dernier moyennant 1.340.000 francê(i0eO).Son hôtel de la Place Royale (la mairie actuelle, place des Vosges) servait de rendez-vous à la meilleure compagnie; sa table était renommée, mais lorsqu'il mourut des suites d'une chute de cheval (1065), il laissait 4.900.000 francs de dettes. De plus, il se trouvait « en perte d'office », selon le langage du
• II* siècle, ayant négligé de payer le droit annuel pour s'assurer l'hérédité de sa charge, qui fut perdue pour les siens et fit retour au Roi. Sa femme, • la plus grande folle du monde eu bra-
l~i I /évOLUTION DES MOYENS DE TRANSPORT
verie », dit Tallcmant, resta daos un complcl dénûmcnl.
Une gestion aussi médiocre de ses aiïaires particulières ne fait pas augurer, chez le surintendant de Nouveau, de hautes capacités d'organisateur dans la direction du service public qu'il avait hérité, bien rudimentaire encore, de son devancier. Les postes avaient pris pourtant, durant ces trente années, une extension que l'on pourrait croire automatique, si Tonne savait que des commis habiles, «< maîtres des courriers du royaume », opéraient dans l'ombre, tant pour eux-mêmes que pour le compte du principal propriétaire.
De propriétaire privé, les postes n'en eurent plus à dater de Louvois... ; la plus grande parti* d'entre elles du moins, car le tout-puissani ministre de la Guerre, en réunissant au domaine royal le produit des postes dites inUrieuret dont les anciens tenanciers furent largement indemnisés, se lit octroyer à lui-même la jouissance dos postes dites âbangèrei^ cadeau princier comme on le verra tout à l'heure. Il y eut ainsi (1668-1681) deux sortes de bureaux sous la surintendance de Louvois : les uns, ceux des frontières terrestres et maritimes, des territoires occupés par nos armées et d'une douzaine de département
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actuels, qu'il exploiUil à son pr<
avec des agents dépendant de lui ,
• rnprenant le reste du territoire, donnés à bail .1 un fermier uéiiéral. Olui-ci, sauf recours au bureau du lk)n.seil, juge supérieur des litiges, gérait son entreprise au point de Tue nuancier
1 toute indépendance; politiquement, il demeorait fonctionnaire docile de la Cour.
r.es premiers détenteurs de la ferme, Louis
•uillé et Léon Fajot, déjà employés dans les ; î . fondèrent une dynastie d'habiles gens, <)ui »f maintint soixante-dix ans, en faisant les affaires de l'Ktat sans négliger les leurs. Rouillé avait commencé par être porteur de lettres à
»urs, puis à Paris oii il avait gagné la faveur de Luuvois; Pajot était filleul du ministre BouthiU lier de Chavigny et avait été successivement commis et maître des courriers. Les deux familles Tajot et Rouillé s'allièrent aussi étroitement que , ossible et placèrent dans les postes tous leurs enfants, gendres et petits-enfants, sans parler <les cousins. Plusieurs acquirent quelque renom : >•• 2* Pajot, comte d'Onsenbray, dut à son goût
our la physique l'entrée comme membre honoraire à r.\cadémie des Sciences; le 4* Rouillé, comte de Jouy, devint sont Loois XV ministre de la Marine, puis des Affiairea étrangères; mais
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c'est par leur besogne postale qu'ils méritent de nous intéresser.
Aimeras avait accepté de prendre les lettres; Louvois les exigea, La poste fut investie d'un monopole, les messagers durent s'affilier à elle ou disparaître. Les baux successifs, à partir de 1672, attestent l'augmentation rapide des correspondances; encore nous laissent-ils ignorer le produit brut des taxes ; nous ne connaissons pas davantage les frais d'exploitation et le bénéfice des fermiers. Grâce aux soins que les Rouillé- Pajot avaient de cacher leurs opérations et même d'en détruire les traces, — on brûlait, dit-on, les états tous les quinze jours, — il serait difficile de déterminer exactement leurs profits. Nous pouvons cependant nous en faire une idée approximative par un document, relatif aux postes « étrangères >», conservé, seul de son espèce, dans les papiers du contrôle général des Finances.
On avait dit au Uoi que ces postes rapportaient à Louvois 6.50(J.OOO francs, — un traitant aurait même offert de les afTermer à un chiflTre peu inférieur. — Lorsque le prince parlit pourMons, en 1(>91, il eut une scène avec son ministre, et peu s'en fallut que celui-ci ne fût dépouillé; révolution qui se fit quatre mois plus tard, à sa mort. Bien des plaintes s'étant produites, notam-
Lirmii co!iFi*i« An rifiniviis du potrts 157
ment sur le défaot de (iiiM des tarifs, Pancienno part «ie LouYoid fut confiée provisoirement à un maître i\v% requêtes, qui en compterait <Uvaut U Hoi Seul. Le monarque arrêtait les états de ta main, • traTail, disait Pontchartrain, plus consi- «lt*rnl>te que relui d'un écmain à gages » ; mais Loiii> \IV no reculait pas deTani certaines cor-
La r.r. iir> .!.< 1 17) hiircnnx «-..mposant ce qu'on ap;.«'l:iit I.> p .vt,.s . ir:i!i/. rt-à montait (10U3) à :{..\s. i.fMMi fiaiu -. -Imiii plu» ilu quart, — 966.000» - pr>\' M lit de 3t Yilles alors occupées par les ariii»^ - tnti. aises telles que Courtray, Namurou Tuiirnay en li* Igique, Trèfes, Huningue ou Fribourgen Allemagne, Pigoerol en Piémont, GenèTe et Neuch&tel en Suisse. La guerre n'empêchait pas la transmission réciproque des correspondances entre les belligérants, et notre bureau de Cbambéry, par exemple, passait, « en dépenses », & l'armée de Catinat les Lettres « pour des officiers ennemis ».
Dans les départements du Nord, du Pas-de- Calais et de la Somme, possédant ensemble trentequatre bureaux d'un rendement brut d'un million de francs ; dans l'Alsace, la Lorraine et la Franche-Comté, qui toutes ensemble ne comptaient que dix-neuf bureaux produisant tn2.000 francs.
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les agents de LouTois fonctionnaient seuls, tandis que dans l'Aisne, l'Oise ou les Ardennes, leurs douze bureaux partageaient le senrice avec la Ferme générale. En outre, pour les frontières maritimes ou pour celles d'Italie et d'Espagne, les lettres étaient centralisées dans dix-huit villes, telles que Kouen, Nantes, Bordeaux, Bayonne, Perpignan, Toulouse, Montpellier, Aix, Lyon, dont la recette montait à 728.000 francs.
Le bureau spécial de Versailles, où aboutissaient toutes les relations de la Cour avec l'étranger, figure modestement pour 31. 300 francs de ports; ce qui ne surprendra guère si l'on songe que, dès ces temps reculés, les plis officiels jouissaient de la franchise diplomatique et que la formule, « pour les expresses affaires de Sa Majesté », couvrait nombre d'abus aimables qui ont <nrvt^cu jusqu'à nos jours.