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eau. OpendftDt. si Ton regardait vivre» je ne dit pat les riches ou les bourgeois, producteurs et consommateurs d'importance, mais le plus simple paysan dans son village, on ne s'étonnera plus que, pour faire vivre comme elle vivait en 1914 Li famille qui occupait cette maisonnette, il fallût tnuiivoir et véhiculer un pareil poids.
Presque tout ce qu'elle consommait venait de loin et les chosM mêmes qu'elle produisait sur place, comme les grains ou le bois, pour qu'elles nVocbértssent pas à l'excès, pour que le pain blanc de sa table et la bûcbe de son foyer ne devinssent pas, en se faisant rares, des objets de Inxe qui lui eussent échappé, devaient être multipliées par des apports lointains, dans l'intérêt de cette famille paysanne. Il fallait que le froment du Nord vint alimenter le Midi, que le froment d'Amérique, de l'Inde ou de la Russie comblât les vides de la récolte française. Si le charbon de terre n'avait pas remplacé le bois dans tons les usages industriels, si les citadins ne l'avaient pas employé de préférence comme combustible ; si, même aux champs, le maréchal, le bouilleur de crû, ne s'était servi de houille pour sa forge ou son alambic, le bois, disputé par des consommateurs plus fortunés, eût été arraché aux campagnards.
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Pour sa nourriture quolidienne, celle famille rurale unait de café tlu Brésil, du sucre de l'Aisne ou du Pas-de-Calais, de morue de Saint-Pierre et Miquelon ou de Terre-Neuve; le pétrole (jui brftlail dans sa lampe de faïence blanche suspendue aux solives du plafond, venait de Bornéo dans l'océan Indien ou de Bakou sur la mer Noire; sa bougie était le produit de graisses internationales, peut-être de gadoues des I^llats-Unis, désinfectées, blanchies et déshydrogénées par un procédé scientilique récent. Sa faucheuse était importée d'Amérique, à moins qu'elle n'eiU été fabriquée par la succursale française de quelque International I/nrvester. De Lorraine venaient le fer de sa charrue, l'acier de ses essieux, de ses bandages de roues, de ses instruments aratoires, la ronce artificielle de ses clôtures. Le lien de corde, enroulé sur le front de ses Taches, était fait avec les flbres de Manille (Iles Philippines mariées au chanvre russe de Riga. Les poutres de son toit, le plancher de son grenier, étaient arrivés tout équarris et débités de Suède et de Norvège, d'où lui venaient aussi, sous forme de sapin brut, le papier do son journal et son propre papier à lettres. Sa chemise, son mouchoir, ses serviettes de coton venaient de la Louisiane «m du Texas, la laine de ses habits venait d'Argen-
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Une ou d'Australie, et, «i Ton objecte que parmi les fouruitoreH qui précèdent « beaucoup sont de faible poids, on se souviendra <]t: illienide
kilos d'engrais artificiel qui ! icnt set
labours on ses prairies Tenaient, les nitrates du Chili, les phosphates do rAfrique du Nord.
Dm diverses provinces françaises et même de toutes les parties du monde étaient apportés à ce paysan cent objets nécessaires ou utiles à son exploitation agricole, comme à sa nourriture, à soti vt^iement, à son éclairage personnel; mais il n'usait pas moins des moyens de transport pour exporter, à des prix avantageux, presque tout ce qu'il produisait et qu'il n'aurait pu continuer de produire pendant un an, ou m^me seulement pendant quinze jours, si des trains entiers de chemins de fer n'étaient partis sans cesse de la •itation la plus voisine, chargés de ses volailles, de ses légumes, de ses fruits, de ses fleurs, aossi bien que de ses grains, de son bétail on de son vin.
C'est ainsi que le transport des marchandises pst le plus important de tous, non seulement en lui-même^ par le nombre des kilogrammes, mais par tet consf^quencet : la civilisation moderne, si complexe, repose sur lui tout entière, parce qu'il est la condition essentielle de toute production
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et de toute consommation, partant de toute industrie, de toute richesse, de tout bien-être. C'est la révolution des transports qui a mis fin à ce désolant paradoxe de naguère : Textrëme abondance des récoltes devenant une cause de ruine pour les producteurs, par un avilissement des prix dont les r,onsommateursn*étaient pas à même de profit» r.
M Mourir de faim sur un tas de blé », suivant le mot connu de M"* de Sévigné, n'était pas seulement le fait d'une province exceptionnellement favorisée où le grain ne trouvait plus d'acheteurs, mais celui de régions très vastes et même de la France entière, à certaines époques où, les défrichements allant plus vite que l'accroissement de la population et l'ofTre de denrées dépassant la demande, tout progrès était paralysé. Par contre, la cherté, dont soutiraient les consommateurs, n'était jamais avantageuse aux producteurs, parce qu'elle Si\A\i pour cause nécessaire la disette; l'on ne pouvait si bien vendre que ce dont mil n'était vendeur.
Si l'on trouve, du xni" au xvi' siècle, des hectares de vignes à iiO et même A 70 francs, — de notre monnaie, — en Languedoc, tandis qu'il s'en voyait à 4.000 et 6.000 francs à Argenteuil et à Vanves, à 7.000 et 8.000 francs en Basse-