Bull. Soc. Géol. de Fr. (20), t. XXVII, p
3. Stanislas Meunier. Comptes rendus du Cottgrès international de Géologie, 2 vol. in-S*», Paris, 1900, t. I.
Il reste à dire que la présence des gros blocs dans le diluvium, sur laquelle Belgrand s'appuyait pour admettre des courants très violents et pour s'opposer à l'intervention des glaciers, est expliquée très simplement par des éboulements de berges, des entraînements par les glaces du fond ou par les glaçons de la surface, des transports entre les ramifications de racines flottanc sur la Seine comme il en flotte actuellement sur le Mississipi, etc.
Il est remarquable que beaucoup de dépôts à allure diluvienne ont été interprétés par l'hypothèse glaciaire. C'est le cas pour le drift américain.
Un grand nombre de géologues, tant Européens qu'Américains, attribue l'extension de ce drift à la fusion de la prétendue grande calotte de glace polaire de l'époque quaternaire. On voit donc que c'est illégitimement que de Lapparent et d'autres ont donné le Groenland d'aujourd'hui comme représentant les conditions des temps glaciaires. Il n'est lui-même qu'un reste de la glaciation supposée où les fjords étaient remplis de glace et où V inlandsis devait être beaucoup plus épais qu'il ne l'est aujourd'hui.
En 1839, Conrad, bien connu par ses recherche» paléontologiques sur le tertiaire américain, essaya d'expliquer l'origine du drift : selon lui, le pays était d'abord couvert de grands lacs qu'un changement dans le climat convertit en glaces jusqu'au fond ; alors, une action souterraine les souleva en les inclinant convenablement dans des directions variées. La région devint ainsi un centre de dispersions des avalanches qui étendirent au loin les graviers, les sables et les blocs
LES THÉORIES SEDIMENTAIRES
qui composent le drift. Le glissement des glaces produisit le poli et la striation observés sur les surfaces rocheuses en place.
C.-H. Hitchcok modifia progressivement ses premières opinions sur le diluvium et dans sa Géologie de VEtat de Vermonty qui parut de 1856 à 186 1, il déclare qu'il ne met pas en doute que, dans une partie de ce qu'on appelle en Nouvelle-Angleterre, le phénomène du drift, n'ait été produit par des glaciers établis sur les flancs de la chaîne des montagnes Vertes. Il ajoute qu'il attribue les caractères essentiels de ce drift à des icebergs et à des glaces flottantes alors que les continents s'affaissaient graduellement au-dessous de l'océan. Les trois directions prépondérantes du drift furent aussi à ses yeux des arguments contre la supposition d'un immense glacier continental.
Andrews, en i86g, publia une note dans American Journal 0/ Sciences pour démontrer que le drift de l'ouest est un dépôt d'eau douce. Le bowlder drift n'a pas selon lui une origine glaciaire, mais dérive de courants d'eau charriant seulementde grandes quantités de glaçons. D'après l'auteur, ces matériaux ne venaient pas seulement du nord ; ils étaient apportés de toutes parts dans une vaste nappe d'eau assez profonde pour couvrir des collines de graviers de 800 pieds de hauteur. La région sans drift est un point où les courants aqueux furent trop violents pour admettre aucun dépôt de matériaux.
Les conséquences relatives au drift américain ont leurs analogues dans les hypothèses qui concernent en Europe le grand phénomène erratique du nord.
V ÉVOLUTION DES TUÉoniES GÉOLOGIQUES
Pour de Charpentier comme pour Agassîz, des glaciers ont recouvert non seulement la Scandinavie, mais dUi^si le nord de l'Allemagne et le nord-ouest de la Russie. Actuellement encore, les géologues allemands et suédois sont assez unanimes pour admettre Texistence d'une nappe glaciaire unique et continue depuis TAngleterre jusqu'à la Russie. Cela ferait une surface de plus de 6 millions et demi de kilomètres carrés^ qui aurait été prise sous un glacier continu» conclusion tout à fait invraisemblable.
D'après Lyell, les glaces flottantes ont eu le rôle principal dans l'extension des matériaux erratiques du nord.
On objecte qu'une mer capable de jeter des blocs erratiques en Lusaoe, à plus de 400 mètres d'altitude, n aurait pas manqué d'inonder^ non seulement la Belgique, mais l'Angleterre et la plus grande partie de la France. Mais on ne sait pas quelles ont pu être alors les inflexions de la surface terrestre et par conséquent la forme des rivages.
Dans un mémoire publié en 1841, Darwin a décrit le terrain erratique des Terres magellaniques ; il a montré que ce terrain présente les mêmes caractères que le terrain erratique du nord.
Des théories spéciales ont été également avancées quant à la dissémination des blocs erratiques. Sans nous arrêter k la légion des superstitions dont témoignent les noms donnés à beaucoup de ces blocs (Pierres du Diable, des Fées, de Gargantua, etc*) il nous faut éoumérer quelques suppositions très différentes les unes des autres. De Luc tenta d'expliquer leur dispersion
LES THÉORIES SÉ^IMENTAIRES
par des explosions gazeuses : il les compare aux blocs qui tombent parfois à de grandes distances des cratères volcaniques. Cette opinion fut réfutée sans peine par de Buch et par de Charpentier * .
Le géologue américain Abraham Gesner, qui fit vers 1836 de grandes études en Nouvelle- Ecosse, était d'avis que les blocs erratiques « ont sans aucun doute été précipités sur le sol par des explosions volcaniques depuis l'inondation générale de la planète » ^. Élie de Beaumont cherche « dans un grand dégel géologique » l'une des causes des phénomènes erratiques . Son idée est d'attribuer la fusion des neiges qui couvraient les Alpes et les Pyrénées, à des gaz de la nature de ceux qui se dégagent dans les éruptions volcaniques et auxquels sont dues les averses désastreuses qui dévastent souvent les flancs et les environs des volcans, c'est-à-dire de courants gazeux composés en grande partie de vapeur d'eau ^.
Ebel et Dolomieu * supposaient que dans les premiers temps qui suivirent le soulèvement des Alpes, des plans inclinés s'étendaient depuis leurs sommets les plus élevés jusque sur les pentes du Jura. Les débris erratiques, peut-être secondés par l'eau, avaient glissé sur ces pentes pour s'arrêter dans les positions qu'ils occupent encore. Ultérieurement des courants aqueux avaient séparé ces blocs de leur pays d'origine.