I. Les terrains agalysiens, gneiss et roches subordonnées
En dehors de la série, sont les masses éruptives divisées en deux groupes : les terrains pyrogènes ou roches volcaniques modernes, et les terrains typhoniens ou roches ignées anciennes.
On remarquera cette succession dans le temps entre les roches abyssiques, pélasgiques, et thalassiques qui témoignent que dans Tespritde l'auteur, la mer a successivement diminué de profondeur et a donné à chaque moment des produits identiques sur tous les points de la Terre.
Querelle des Plutonistes et des Neptu- NISTES. r— A la fin du xviil° siècle, s'ouvrit une discussion qui passionna le monde scientifique tout entier et qui concerne la part revenant réciproquement à la chaleur et à Teau dans le développement de la série sédimentaire.
Ce fut un vrai combat entre deux écoles également considérables par le nombre de leurs élèves et par l'illustration de leurs chefs.
L'une c'est l'école écossaise, dont le fondateur fui James Hutton \
Sa doctrine dite plutontste, peut être résumée en peu de mots, car elle explique l'histoire du globe avec autant de simplicité que de grandeur. L'atmosphère est la région où les roches se décomposent ; puis leurs débris vont s'accumu-
I. Tkeory of the earth or an investigation of the laws observable in the composition^ dissolution and restoration of land upon the globe by, James Hutton M. D. F. R. S. E. D. , and meraber of the royal Academy of agriculture et Paris. Lu le 7 mars et le 4 avril 1885, à la Société royale d'Edimbourg, 96 pages in-4". La 2» édition est intitulée Theory of the earth, with proofs and illustrations^ in four parts, Edimbourg, 2 vol. in.8<», 1795.
LES THÉORIES CHRONOLOGIQUES
1er dans le fond des mers. C'est dans ce vaste laboratoire que les matières meubles sont ensuite minéralisées et transformées, sous la double action de Tocéan et de la chaleur, en roches cristallines, ayant l'apparence des roches anciennes, lesquelles sont soulevées plus tard par l'action de cette même chaleur interne et démolies à leur tour. La dégradation d'une partie du globe sert donc constamment à la reconstruction d'autres parties et l'absorption continue des dépôt inférieurs produit sans cesse de nouvelles roches fondues, qui peuvent être injectées à travers les sédiments. C'est un système de destruction et de renouvellement dont on ne peut reconstituer ou pressentir le commencement ni la fin. Comme dans le mouvement planétaire où les perturbations se corrigent elles-mêmes, on voit des changements continuels, mais renfermés dans de certaines limites, de telle sorte que le globe ne porte aucun caractère d'enfance ni de vieillesse ^
En face de ce système où l'on assiste à la transformation des roches sédimentaires sous l'action de la chaleur, la doctrine de Werner qualifiée de neptuniste constitue un contraste absolu. A ses yeux, le granit et les autres roches cristallines sont des dépôts de la mer, tout aussi bien que les roches stratifiées et fossilifères. A une époque reculée, les diverses matières dont dérivent ces terrains ont été, soit dissoutes, soit suspendues dans l'océan. C'est de cet océan chaotique que se seraient successivement séparés tous les terrains,
I. Daubrée fait à ce propos une remarque singulière : « En considérant cette action comme continue, Hutton, dit-il, a obscurci sa belle conception. » Voir Etude sur le Métamorphisme, i vol. in-4", Paris, 1860, p. 12.
les uns par voie chimique, les autres par voie mécanique. Cette seule différence de formation distingue les roches cristallines et les roches sédimentaires.
En somme, dans le système de Werner tous les terrains ont été produits dès l'origine tels que nous les voyons aujourd'hui. L'activité interne du globe est complètement méconnue, aussi bien dans la formation des roches cristallines et des dépôts métallifères, que comme cause des dislocations subies par les terrains stratifiés de tous les âges*.
La lutte donna lieu à mille incidents intéressants. Par exemple, Brocchi, un ardent apôtre du neptunisme, écrivait^ : « Lorsqu'on leur fait voir (aux vulcanistes) que ces roches auxquelles ils donnent le nom de laves, alternent à Aix, à quinze, à vingt reprises avec le calcaire ; lorsqu'on leur montre qu'en quelques lieux, elles sont remplies de testacés marins qui se trouvent dans l'état le. plus parfait d'intégrité ; lorsqu'on leur cite le basalte placé sur une substance aussi combustible que l'est le charbon fossile, comme on l'a vérifié sur la montagne du Meisner dans la liesse; et lorsqu'enfin l'on considère que ces faits lumineux ne font pas la moindre impression sur leur esprit, et qu'ils poursuivent leur carrière avec indifférence, on est forcé de conclure que de pareilles conversions sont jextrèmement difficiles et je dirais presque désespérées. »
1. C'est à l'âge de vingt-quatre ans que Werner a publié, en 1774. son Traité des Catiictèrcs des Minéraux. Bientôt après, en 1780, il commença à développer dans ses leçons les principes de la géognosie. Sa classification des terrains date de 1787.
2. Conchyliologia fossile suhapenniiia, i vol. in-4», Milan. 181 1.
LES THÉORIES CHRONOLOGIQUES
« Mais, répond Breislak^ les neptuniens sontils plus dociles lorsqu'on leur présente une roche absolument semblable, soit par ses caractères externes, soit dans ses principes chimiques, à leurs trapps, à leurs basaltes, grùnstein, mandelstein, etc. ; et qu'on leur fait voir que cette roche s'est formée par le refroidissement d'une matière fondue, dont on reconnaît lé cours près d'un volcan, ou encore actif comme le Vésuve, ou d'une époque assez récente pour que le cratère se soit conservé intact comme quelques-uns de l'Auvergne et du Vivarais ; lorsqu'on leur fait observer que dans plusieurs lieux, ces roches sont accompagnées de pierre ponce, de scories, de verres, etc., substances certainement produites par le feu; lorsqu'on leur montre des couches de ces roches qui se sont insinuées et qui ont été comme injectées au milieu des masses et des couches d'autres pierres, exactement comme une matière fluide dans les interstices des autres substances ; lorsqu'on leur fait remarquer que ces roches, presque toujours gisantes sur les sommités des lieux qu'elles recouvrent sans aucune adhérence aux autres roches placées au-dessous, quoique celles-ci se soient formées à des époques très récentes; lorsqu'enfin, invités à expliquer d'une manière intelligible et qui corresponde aux forces connues de la nature, comment on doit concevoir leur dissolution et leur précipitation et quelle origine il assignent au fluide et aux matières qu'il tient en dissolution, ils se trouvent engagés dans un labyrinthe de difficultés dont ils ne peuvent sortir qu'à force