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CHAPITRE PREMIER LES THÉORIES COSMOGÉNIQUES

Les systèmes cosmogéniques doivent être mentionnés au début de nos études : ils contiennent les diverses manières d'envisager les rapports de dimension, de situation, d'importance absolue entre la Terre et le Ciel et la 'comparaison en est des plus intéressantes, puisqu'en les passant en revue, on va du Ciel, considéré comme un simple détail subordonné à la planète, jusqu'à la planète reconnue comme un détail insignifiant perdu dans la profondeur de TUnivers sans limite.

Ainsi que nous le remarquions plus haut, il est légitime de croire que si l'homme primitif avait pu avoir quelque idée de son isolement, il eût été plus accessible au découragement résultant de son impuissance. Grâce aux apparences premières, il fut conduit inévitablement à s'attribuer une suprématie évidente sur la nature qui l'environnait et qu'il arriva à dompter, à plier à la satisfaction de ses besoins : le Soleil, la Lune, les astres sont faits pour la Terre.

Se voyant au centre de toute chose par l'apparence même de l'horizon circulaire et de la voûte hémisphérique du Ciel, il s'habitua à l'idée que tout avait été créé pour st)n usage exclusif. Les

LES THEORIES COSMOGENIQUES

Chinois appellent encore leur pays Vempire du milieu.

Chez nous-mêmes, « le Ciel et la Terre » est une locution qui désigne les deux parties d'un tout où la Terre a incontestablement plus d'importance absolue que le Ciel...

Cosmogénie de Moïse et des anciens. — Ce point de vue peut être retrouvé dans la conception biblique du firmament qui, d'après son nom lui-même et conformément à la description qui nous en est donnée, est la charpente solide du monde et consiste en une voûte d'acier poli à la surface de laquelle sont fixés le Soleil, la Lune et les autres corps célestes.

La notion de la voûte du ciel a tout naturellement donné lieu à celle des constellations, associant, à cause de leur projection sur cette sphère idéale, des étoiles qui n'ont en réalité aucune relation mutuelle spéciale.

En outre, le sentiment primitif attribue au monde physique une si faible dimension que le projet de construction de la tour de Babel est pleinement justifié à tous les yeux. En Grèce et dans bien d'autres régions, nul dans le peuple ne doute de la proximité des dieux préoccupés avant tout des actes des hommes et venant à chaque instant se mêler à eux.

Quand il s'agit de préciser les dimensions du monde, un philosophe fit preuve de hardiesse en comparant la surface du Soleil à celle du Péloponèse tout entier. On n'était pas loin encore du temps où l'on croyait qu'un soleil nouveau se formait chaque matin pour parcourir le ciel pen-

VÉVOLVtlON DÈS TïiÉOklES GÉOLOGIQUES

dant le jour et aller se dissoudre et s'éteindre le soir à rhorizon *.

Les anciens nous ont laissé plusieurs théories cosmogéniques intéressantes . Mais seule , la Genèse a eu de l'influence sur la science géologique qui, avec Cuvier même, et encore après lui, a dû compter avec elle.

On sait que le livre de Moïse nous raconte au verset 3 du chapitre premier, cette parole de Dieu : « que la lumière soit » ; et au verset 16, que le Créateur fit le Soleil, la Lune et les étoiles, c'est-à-dire postérieurement à la lumière.

Avec une remarquable indépendance d'esprit, Hervé Faye * a écrit : « La Genèse est à la fois la plus ancienne tradition et le plus ancien monument de la science primitive : mais ajoutons immédiatement que, si les plus hautes vérités religieuses ont été communiquées au monde par l'intermédiaire d'hommes inspirés, cette inspiration n'a jamais porté sur les questions d'ordre scientifique. Imaginez- vous que Dieu ait jamais révélé la vérité scientifique sur un point quelconque ? Mais personne ne l'aurait comprise.

Aujourd'hui encore, nous ne la comprendrions pas ; les mots mêmes manqueraient pour l'exprimer. Représentons-nous donc un homme* inspiré de Dieu, ayant reçu en dépôt des vérités ou des prescriptions qu'il doit transmettre à ses contemporains et aux âges futurs. Ces vérités, d'ordre moral ou religieux, sont, au rebours des vérités de la science, immédiatement accessibles à toutes les intelligences ; mais pour les imprimer éner-

1. Faye. Sur rOriî>iue du Monde: Théories cosmogoniqties des Anciens et des Modernes, i vol. in-S». Paris, 1884, p. 18.

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