Philosophical Magasine, année 1847, p. 194, Londres
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tait Tavis que rallongement du jour sidéral a très probablement provoqué une altération delà forme de la terre.
En 1860, Rogers concluait que les strates entre le lac Ontario et la région houillère de la Pensylvanie avaient dû se déposer sur un fond de mer en voie d'affaissement progressif. Il expliquait ainsi rénorme épaisseur de ces couches. Agassiz était d'une opinion diamétralement opposée.
Théorie pentagonale. — Elie de Beaumont rattache les dislocations du globe à son refroidissement spontané K « Le refroidissement séculaire, dit-il, c'est-à-dire la diffusion lente de cette chaleur primitive à laquelle les planètes doivent leur forme sphéroïdale et la disposition généralement régulière de leurs couches du centre à la circonférence par ordre de pesanteur spécifique, présente un élément auquel il me semble depuis longtemps que des effets extraordinaires pourraient être rattachés. Cet élément est le rapport qu'un refroidissement aussi avancé que celui des corps planétaires établit sans cesse entre la capacité de leur enveloppe solide et le volume de leur masse interne. Dans un temps donné, la température de l'intérieur des planètes s'abaisse d'une quantité beaucoup plus grande que celle de leur surface dont le refroidissement est aujourd'hui presque insensible. Nous ignorons sans doute quelles sont les propriétés physiques des matières dont Tin-
I. D'après le témoignage de La Bêche qui a intercalé dans son Manuel de Géologie, traduit par Brochant de Villiers (i vol. in-S», Paris, 1835, p. O16 à 665) un chapitre spécialement écrit pour lui de la main d'Elie de Beaumont et daté du 13 août 1833. Les travaux de Léopold de Buch, qui datent des environs de 1825-1830, ne sont certainement pas étrangers à ceux d'Elie de Beaumont sur les systèmes de montagnes.
LES THÉORIES OROGÉNIQUES
térieur de ces corps est composé ; mais les analogies les plus naturelles portent à penser que l'inégalité du refroidissement, dont on vient de parler, doit mettre leurs enveloppes dans la nécessité de diminuer sans cesse de capacité, malgré la constance presque rigoureuse de leur température, pour ne pas cesser d'embrasser exactement leurs masses internes dont la température décroit sensiblement. Elles doivent, par suite, s'écarter légèrement et d'une manière progressive de la figure sphéroïdale qui leur convient et qui correspond à un maximum de capacité ; et la tendace graduellement croissante à revenir à une figure à peu près de cette nature, soit qu'elles agissent seules ou qu'elles se combinent avec les autres causes intérieures de changement que les planètes peuvent renfermer, pourrait peut-être rendre complètement raison de la formation subite des rides et des diverses tubérosités qui se sont produites par intervalles dans la croûte extérieure de la Terre et probablement aussi de tous les corps planétaires. » C'est en 1829 qu'Elie de Beaumont présenta à l'Académie des Sciences un mémoire qui fut le point de départ de ses recherches. Après avoir adopté l'idée de Cuvier sur les révolutions subites et violentes de la surface du globe, il déclarait que chacune de ces révolutions a coïncidé avec Tapparition d'un ensemble de chaînes de montagnes offrant toutes la même direction et formant un seul et même système.
Il constatait alors quatre systèmes de soulèvement et par conséquent autant de révolutions géologiques. Ces systèmes étaient ceux de la Côted'Or, des Pyrénées, des Alpes occidentales et des Alpes principales.
L'année suivante, il y ajoutait la considération de cinq autres systèmes ; ceux des Pays-Bas, du Rhin, du ïhuringerwald, de la Corse et du Hundsrûck.
Et successivement, il augmenta le nombre de ces systèmes jusqu'à 23 *.
La marche des idées qui ont conduit un esprit orienté avant tout vers les considérations mathématiques, à la conception du réseau pentagonal est facile à reconstituer.
Le point de départ, c'est la constatation dans tous les pays du monde des cassures profondes ou géoclases parcourant Técorce terrestre dans tous les sens. Et la conclusion c'est que les failles se recoupant en tous les sens dessinent un réseau à la surface de la Terre.
Tout le monde est d'accord jusque-là ; mais où commence l'hypothèse et en même temps la difficulté, c'est alors que l'auteur proclame que ce réseau de cassures est régulier.
Constater cette régularité, en dehors de régions limitées comme les champs de fracture de la Saxe, est évidemment impossible. Et pourtant Elie de Beaumont est tombé dans cette illusion dont est si souvent victime le théoricien qui croit voir partout des confirmations de ses idées.
Elie de Beaumont prétendait être parvenu à la conception du réseau pentagonal par l'observation des angles que font certaines directions naturelles des chaînes montagneuses avec certains grands cercles de comparaison qu'il a tracés sur la sphère d'après des considérations spéciales.
I. Notice sur les svstèihes de mofi/ao-/tes, ^ vol. in-8», Paris, 1853.
LES THÉORIES OROGÉNIQUES
« Il m'a paru, dit-il, que je n'avais rien de mieux à faire que de mettre mon imagination en campagne pour tâcher de trouver sur la sphère' un réseau systématique de grands cercles dont les intersections mutuelles reproduisent les angles que l'observation m'avait indiquée.
« D'après ces considérations, au lieu d'essayer un réseau symétrique mais de forme arbitraire, dans lequel j'aurais pu introduire quelques-uns des angles donnés par l'observation, j'ai d'abord essayé purement et simplement, l'assemblage des plans qui constituent le système régulier de la cristallographie ; mais je n'en ai rien pu tirer de satisfaisant et je n'ai pas tardé à l'abandonner. Ce système qui dérive de trois plans rectangulaires, est sans doute le mieux approprié à la division de l'espace solide que remplissent les molécules équidistantes des cristaux réguliers, mais il n'a pas des avantages aussi décisifs pour la division de l'espace angulaire, ni pour celle d'une enveloppe sphérique. C'est alors que j'ai pensé au réseau dont la partie essentielle est constituée par 15 grands cercles se. coupant de manière à dessiner 12 pentagones sphériques réguliers '. On remarque, en effet, qu'on peut assembler autour d'un point de la sphère trois triangles équilatéraux ayant des angles de 120**, puisque 3 x 120 = 360^, ou bien quatre triangles équilatéraux ayant des angles de 90", puisque 4 X 90** = 360** ; ou enfin cinq triangles équila-
I. Ces considérations se rattachent à celles qui sont intervenues pour expliquer la réduction par retrait des nappes de basalte en prismes hexagonaux. A cause de l'excès sphérique, la sphère n'est pas divisible comme le plan en hexagone et le pentagone joue à son égard le rôle de celui-ci vis-à-vis du plan.
LÉVOLUTIOy DES THÉORIES GÉOLOGIQUES
téraux ayant des angles de 72**, puisque 5 X 72 = 360^. De là trois réseaux différents qui se rattachent Tun à Tautre pour former un réseau compliqué où domine la symétrie pentagonale. »
Ainsi que nous Tavons dit dans l'introduction, le succès de la doctrine d'Elie de Beaumont fut prodigieux. On en fit les bases, que Ton a cru définitives, de la Géologie tout entière.
Arago ' ayant à exposer les résultats obtenus par Elie de Beaumont s'exprime ainsi :
« Cicéron disait qu'il ne concevait pas comment deux augures pouvaient se regarder sans rire. Ce mot, il y a un certain nombre d'années, aurait été appliqué aux géologues sans qu'ils eussent trop le droit de s'en plaindre ; car la science qu'ils professaient était alors une simple collection d'hypothèses bizarres et dont aucune observation précise ne montrait la nécessité. Aujourd'hui, au contraire, la Géologie a pris rang parmi les sciences exactes. »
Beguyer de Chancourtois a qualifié le réseau pentagonal de « condensation des propriétés des cinq solides réguliers qui, restés sans usage depuis leur découverte par Pythagore et Platon, apparaissent, grâce à un nouvel effort du grand génie comme les principes de la configuration du globe terrestre » ^
Les confirmations de la théorie furent de tous les jours, depuis celles concernant les faits les plus généraux jusqu'à celles concernant les plus minces détails.
1. Annuaire du bureau des longitudes pour l'année 1850. — Astro* nomie populaire y III, 72.