CHAPITRE V LES THÉORIES SÉISMOLOGIQUES
Le tremblement de terre a souvent été considéré tout simplement comme une punition du ciel.
M. Milne, dans une conférence faite en 1888 devant la société des Sciences (Rigaka Kiotai) de Tokio, racontait que les nègres de Charleston voyaient dans le séisme qui a ravagé cette ville le 31 août 1886, la conséquence de la méchanceté du cœur humain.
C'est dans le même ordre d'idées qu'il faut classer le procédé auquel recourut en 1862 le roi de Dahomé pour faire cesser des tremblements de terre : « le sol est violemment agité, raconte Alexis Perrey*, M. Euschart fut appelé sur le marché oii il trouva le roi assis sur une estrade et entouré de ses amazones sous les armes. Le roi lui dit que c'était l'esprit de son père qui agitait la Terre, parce que les coutumes n'étaient plus observées. Trois chefs Ishagga faits prisonniers dans la dernière guerre, furent amenés devant lui et lui dirent qu'ils allaient annoncer à son père que les coutumes seraient mieux observées que jamais. Chaque chef but alors à la santé du roi et fut décapité » .
Les naturels des îles Andaman adorent, sous
I. Sur les Tremblements de terre en 1863, in-80, Bruxelles, 1864.
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le nom d'Erenchangala, un démon des forêts qui cause les tremblements de terre *.
C'est à des tendances analogues qu'il faut attribuer la responsabilité attribuée si souvent à des divinités ou à des saints, lors des tremblements.
Dans son mémoire Ueber Erdbeben und Vulcanaus-brûche' Edm. Neumann rapporte qu'un tremblement de terre ayant renversé le 15 septembre 1506, à Kioto, un grand nombre de maisons et le château de Fushimi, le guerrier Taiko Toyotomi Hideyoshi se rendit au temple du dieu Daibuzu dont la statue venait de tomber, lui reprocha dans une apostrophe vigoureuse sa faiblesse et son incapacité et, comme sanction de son mépris, lui lança une flèche.
Dans la mythologie Scandinave, Loki ayant tué son frère Balouwin, la justice céleste le lia sur un rocher, la face tournée en haut, de façon à recevoir le venin corrosif d'un serpent établi audessus de lui. La femme de Loki s'imposa la tache d'intercepter la pluie douloureuse en interposant une écuelle entre le reptile et le coupable. Mais il lui faut aller vider l'écuelle quand elle est pleine, et c'est pendant sa courte absence que les convulsions du patient ébranlent la Terre.
Les aborigènes du plateau Colombien racontaient comment, en punition d'un crime, Bochica la bonne déesse, avait condamné le géant Chibchacum à porter sur ses épaules la masse de la Terre qui reposait auparavant sur des piliers de bois de Gayac. Ces tremblements de terre n'ont
I. M. V. PoRTMAKN. Journal of ihe royal asîatic Society^ new séries, XIII, 475, 1881.
i.Mittheilungen deutschen Gesselschafften filr Natur- und Vollkeskunde ost Asiens, 15" livraison, p. 17, in-40, Yokohama, 1877.
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d'autre cause que les mouvements de fatigue et d'impatience de cet atlas du Nouveau Monde.
Dans bien des .pays, le tremblement de terre est attribué à l'existence d'êtres vivant sous le sol.
Au Japon, d'après Milne, c'est un insecte des tremblements de Terre dont le corps est couvert d'écaillés et qui est porté par huit pattes ; ou bien encore un grand poisson.
Dans l'Inde, le pilier du monde est un éléphant; dans l'Amérique du Nord, c'est une tortue ; à Célèbe, c'est un cochon.
La trouvaille des squelettes fossiles de mammouths et de rhinocéros, a inspiré aux habitants de la Sibérie la supposition d'animaux souterrains dont les tremblements de terre trahissent les piétinements.
Pour les populations du Kamtshatka, le dieu Thuil se livre fréquemment au plaisir de la chasse : ses chiens fouillent-ils le sol pour déloger le gibier, on en ressent le contre-coup en tremblements de terre.
Les philosophes chinois disent que Yang, l'esprit viril, s'étant introduit dans la Terre, il force celle-ci à se dilater et ébranle le sol dans ses tentatives pour s'échapper. Ses efforts étant plus violents sous les montagnes que sous les plaines, à cause de la surcharge , les séismes sont bien plus intenses dans le nord de la Chine, qui est montagneuse, que dans la partie méridionale de TEmpire.
Au dire de Pline ^ les Babyloniens plaçaient
I. BoLLAKRT. Antiquaria rescarches, p. 12. Cité par Simonin, La Terre y I, p. 56, 1. « Babyloniarium doctores existimant terrae motus... vi side-
dans les astres le principe des tremblements de terre.
Et de nos jours, Alexis Perrey a consacré de longues années à démontrer les relations entre les tremblements de terre et Tâge de la Lune. Selon lui, les secousses sont plus fréquentes au moment de la pleine Lune et à Tépoque du périgée qu'à tout autre moment. Les observations ultérieures n'ont d'ailleurs pas confirmé cette supposition.
En 1756, un auteur du nom de Gautier avait publié à Paris des cartes en couleur représentant la situation des lieux sujets aux tremblements de terre. Il concluait de la distribution de ceux-ci que le Soleil a une influence décisive sur le phénomène*.
On a été jusqu'à attribuer les secousses de tremblements de terre à l'arrivée dans notre atmosphère de matériaux extra-terrestres*. Il s'agit de séismes observés plus ou moins en même temps que des pluies d'étoiles filantes ou que des explosions de bolides, car l'auteur ne se donne pas la peine de distinguer les deux phénomènes , cependant essentiellement différents, (c Pour expliquer, dit-il, cette influence des astéroïdes, l'hypothèse qui se présente le plus naturellement à l'esprit est que ces corps exercent une action mécanique directe sur la surface
rum fieri, sed illorum trium (c'est-à-dire Saturne. Jupiter et Mars) quibus fulmina assignant. y> Historia naturalis, Lib. II, chap. lxxix.
1. Cité par E. Bertrand. Recueil de divers traités sur l'Histoire Viiturelle de la Terre et des fossiles. 1 vol. in-4», Avignon, 1766.
2. Aperçu sur le râle des astéroïdes inférieurs dans la physique du globe, par F. Chapel, ancien élève de l'Ecole polytechnique. I vol. in-S", Paris, 1883, p. 61, ch. vrii.
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externe du globe et que les secousses ne sont que l'effet dynamique du choc des bolides contre le sol, ou le contre-coup de Tébranlement qu'ils déterminent dans l'atmosphère. »
Haies ^ rattache les tremblements de terre a une influence atmosphérique.
Le physicien Kluge, et bien d'autres, pensent que les brusques variations du baromètre peuvent occasionner des tremblements de terre, surtout en amenant des pluies qui font écrouler des cavernes dont la chute agite la surface du sol^.
L'apparition d'aurores boréales et de phénomènes magnétiques pendant certains tremble- * ments de terre a fait penser à Ami Boue que le magnétisme terrestre est le principe moteur de ces commotions. Il ajoute que celui-ci détermine des causes secondaires telles que le développement de gaz souterrains.
Aristote rapporte, et d'ailleurs pour le réfuter^, qu'Anaxagore attribuait les tremblements de terre au feu et à l'éther : il aime mieux substituer à ces deux agents l'activité des vents souterrains. Cette opinion qui était aussi celle de Pline *, fut ressuscitée au xvii® siècle.
L'abbé Bertholon a rattaché les tremblements de terre à des actions purement électriques^. Cette opinion avait déjà été émise vers 1760, par plusieurs physiciens tels que Percival, Priestley,
1. Réflexions physiques sur les causes des Tremblements de terre présentées à la Société royale de Londres, le 5 avril 1750.
2. D'après Boscowitz. Les volcans et les tremblements de terre, I vol. gr. in-80, Paris, sans date, p. 598.
3. Aritotelbs, Lib. II, Meteorologicum, cap. VII, 4, lib. II.