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Journal de physique , t. LXXVIII, p

LES THÉORIES COSMOGÉNIQUES

directe de leur masse et en raison inverse du carré de leur distance. Dieu les a créés tels qu'ils sont, les a fait tourner sur leur axe et les a lancés en ligne droite, soit dans le vide, soit dans un milieu non résistant. Leur orbite est le résultat de ce mouvement impulsif et de leur gravitation.

Cosmogénie de Kant. — Nous devons nous arrêter un ^loment sur un Mémoire que Kant publia en 1755* : « Je suppose, dit l'illustre penseur, que tous les matériaux dont se composent les sphères de notre système solaire, les planètes et les comètes, ont été décomposées à l'origine des choses et que leurs éléments primitifs ont rempli alors l'espace entier dans lequel circulent aujourd'hui ces astres. Cet état de la nature, lorsqu'on le considère en soi et en dehors de tout système, me paraît être le plus simple qui ait pu succéder au néant. A cette époque, rien n'avait encore pris une forme. La forme des corps célestes isolés... constitue un état postérieur. »

Amené ainsi à rechercher les causes déterminantes de cet « état postérieur », Kant les trouve dans l'adjonction à l'attraction universelle démontrée par Newton, d'une force répulsive agissant surtout quand la matière est amenée à un degré extrême de division et qui cesse d'être sensible à une distance très faible. Dans ces conditions, où les éléments possèdent par essence les

I, Allgemeine Naturgeschichte und Théorie des Himmels. Kœnigsberg et Leipzig.

Thomas Wright en 1750 publia à Londres un mémoire intitulé An original theory ofthe Vniverse dont Kant a reproduit les principales idées dans le célèbre mémoire cité plus haut.

forces qui peuvent les mettre en mouvement, le philosophe proclame que l'espace est le siège d'un mouvement continu : « La matière est un effort constant pour se façonner. » Les éléments disséminés d'espèce plus dense attirent à leur surface les particules plus légères qui les environnent et eux-mêmes convergent vers des points encore plus denses. C'est ainsi que se font, dans la masse primitivement uniforme, des amas de matière que Kant pense immobiles et dont chacun constitue une étoile.

Considérant ensuite un de ces amas pris à part, l'auteur suppose que chacun de ses éléments constitutifs tend, en vertu de l'attraction, à tomber vers le centre de gravité commun, et il admet que dévié du droit chemin par Faction des particules voisines, il engendre, comme ses semblables le font de leur côté, des mouvements tourbillonnaires inclinés et orientés de toutes les manières. Alors, les particules constituantes se distribuent en deux groupes : les unes sont entraînées dans un mouvement de rotation qui les maintient, par la force centrifuge engendrée, dans la région superficielle de l'amas. Les autres, au contraire, paralysées dans leur effort par leurs chocs mutuels, tombent vers le centre commun et c'est leur réunion en ce point unique qui donne naissance au Soleil.

Sans s'arrêter à une série d'objections suscitées par ce système, Kant poursuit ses spéculations en ce qui concerne l'origine des planètes aux dépens de la substance enveloppant le Soleil qui d'ailleurs « n'a pas encore l'éclat flamboyant qui se produira sur sa surface après sa complète formation ». Il montre la masse d'abord sphéroï-

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dale, se modifiant par le fait seul de sa rotation et passant à la forme ellipsoïde par la surélévation équatoriale et l'aplatissement polaire. En même temps, par une sorte de répétition du travail intestin qui a produit le Soleil, il se constitue à diverses distances du centre, des condensations de matériaux qui seront « des noyaux » planétaires. Les conditions spéciales de leurs mouvements comme Texcentricité et Tinégale inclinaison de leurs orbites sont Tobjet d'explications secondaires dans le détail desquelles nous ne pouvons pas entrer. Il en est de même pour la densité, pour la masse et pour le volume relatif des planètes.

« Ici, dit M. Wolf\ se place une très curieuse remarque par laquelle Kant croit pouvoir établir la certitude formelle de son hypothèse. S'il est vrai que le Soleil et les planètes soient formés des mêmes éléments, — mélangés dans le Soleil, distribués par ordre de densité dans les diverses planètes, — la densité moyenne de celles-ci doit coïncider avec celle du Soleil. Or, adoptant les nombres de Buffon, Kant trouve pour rapport de ces densités celui de 64 à 65 ; avec les données actuelles, la densité moyenne des planètes est 0,20, celle du soleil 0,25. Vérification fort singulière de Thypothèse hardie par laquelle pour la première fois, et sans le secours des méthodes plus récentes d'observation, Kant avait osé affirmer l'identité de constitution du Soleil et des planètes ! »

COSMOGÈNIE DE Laplace. — La découverte

I. Les hypothèses cosmogoniques, p. ii, i vol. in-8», Paris, 1886.

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d'un nombre immense de nébuleuses, parvenues à divers états de concentration, nous fait, pour ainsi dire, assister à la création de nouveaux soleils. C'est Thistoire de cette genèse que Laplace a su déduire des principes les plus incontestables de la mécanique ^

On sait comment la légitimité du principe fondamental de Laplace, déjà si fortement établie sur l'œuvre de Newton, a reçu une sorte de consécration dé l'expérience célèbre de Plateau.

Celle-ci fait assister à la séparation successive des anneaux équatoriaux d'un sphéroïde fluide tournant autour d'un de ses diamètres, et c'est un point d'autant plus précieux qu'une confirmation analogue manque à la plupart des autres doctrines imaginées jusqu'ici.

La nébuleuse en se concentrant s'est séparée de ses voisines et, dès lors, elle a pris un mouvement régulier de rotation.

En même temps qu'elle se concentrait, son moment d'inertie par rapport à son axe de rotation allait en diminuant et la vitesse angulaire de rotation augmentait.

Il est arrivé un instant où les portions voisines de l'équateur ont eu une force centrifuge égale à l'attraction : alors elles ont cessé de participer à la concentration et ont formé un anneau équatorial.

La moindre inégalité dans celui-ci a déterminé, autour de l'un de ses points, la concentration de sa substance : il s'est rompu et il a donné

I. Exposition du Système du Monde ^ 2 vol. in-8», an IV. Il faut remarquer que le mémoire de Laplace est postérieur de quarante ans à celui de Kant, qui lui était d*aill,eurs complètement inconnu.

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une planète. Le même phénomène s'est représenté plus tard dans chaque planète et a déterminé à ses dépens la formation des satellites.

On a fait valoir bien des faits confirmatifs. Ainsi :

La plupart des satellites placés à très petite distance de la planète et animés en conséquence d'une faible vitesse de rotation relative, ont pris des formes allongées suivant la ligne qui joint leur centre à celui de la planète. Cette déformation a amené un nouveau ralentissement dans le mouvement relatif de rotation en raison des frottements intérieurs auxquels ce mouvement dut donner lieu. De sorte que la rotation devient égale à la révolution autour de la planète et que le satellite présente constamment la même face à celle-ci.

A propos de Tidentité des mouvements du Soleil et des planètes, Laplace écrit :

« Des phénomènes aussi extraordinaires ne sont point dus à des causes irrégulières. En sou-» mettant au calcul leur probabilité, on trouve qu'il y a plus de deux cent mille milliards à parier contre un^ qu'ils ne sont point l'effet du hasard, ce qui forme une probabilité bien supérieure à celle de la plupart des événements historiques dont nous ne doutons point. Nous devons donc croire, au moins avec la même confiance, qu'une cause primitive a dirigé les mouvements planétaires. »

Cependant, malgré l'immense succès qui l'a accueillie à son apparition, la théorie cosmogonique de Laplace a été l'objet de plusieurs critiques qu'il convient de mentionner.

La plus grave, que Faye a formulée d'une ma-

nière si frappante, concerne le contraste réciproque des différentes parties du système solaire ^

Celui-ci est plutôt comme l'association de deux systèmes emboîtés Tun dans l'autre : le plus extérieur (Neptune ^t Uranus) est rétrograde ; le plus intérieur est direct.

D'après Faye, si les choses s'étaient passées comme le dit Laplace, c'est-à-dire si le Soleil était antérieur à la Terre, les astres se lèveraient à l'ouest et non à l'est, et la Lune serait animée d'un mouvement rétrograde comme les satellites d'Uranus et ceux de Neptune.

La concentration du Soleil marchant parallèlement à la séparation des anneaux, l'astre central ne s'est vraiment constitué qu'après la séparation de beaucoup d'anneaux.

Faye admet au commencement une grande nébuleuse qui tourne de façon que les vitesses angulaires soient en raison directe des distances ; il s'y constitue des anneaux concentriques à partir de l'orbite de Mercure et peu à peu ces anneaux se condensent en globes planétaires autour desquels peut se faire un système de satellites. Tous sont animés d'un mouvement direct. En même temps, l'espace se nettoie par la constitution du centre d'attraction qui appelle à lui toutes les particules non condensées et détermine la production du Soleil.

Cette production détermine une nouvelle distribution des vitesses en raison inverse du carré des distances, et il en résulte un petit déplacement des planètes déjà formées.

Enfin c'est après cette constitution que lespla-

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