American Journal^ année
LES THÉORIES SÉISMOLOGIQUES
la Terre est dans un état constant d'incandescence et qu'il existe sous la surface de grandes cavités et des canaux de communication d'un volcan à un autre. C'est la circulation des matières souterraines qui produit les roulements caractéristiques des tremblements de terre : c'était d'ailleurs se conformer aux enseignements de Humboldt et de Newton. Ces canaux étaient en relation avec la mer, ce qui expliquait la présence du sel dans les émanations volcaniques.
Une opinion qui a séduit beaucoup de personnes est que les phénomènes séismiques « sont le résultat de la libération des compressions orogéniques des couches terrestres, lorsque quelque partie de ces mêmes couches finit par céder sous l'effort' ».
Mais cette hypothèse n'est pas complète; elle oublie qu'une partie (et sans doute la plus notable) de l'énergie ainsi emmagasinée provient du réchauffement de roches recouvertes par des roches plus chaudes à la suite des refoulements venant d'en bas et déterminant le changement d'état des corps fluidifiables préalablement introduits dans leurs pores.
D'ailleurs, cette énergie ne saurait rester perpétuellement emmagasinée et elle doit nécessairement subir une déperdition plus ou moins lente. Si le refroidissement se déclare et s'accentue dans la partie intéressée les éléments atteignent peu à peu un état d'équilibre qui ne se manifeste plus au dehors par des mouvements, et le sol profond conserve les témoignages de
I. De Montessus de Ballore. La Science séismologiqiie, p. 545, I vol. in-8", Paris, 1907.
r: ÉVOLUTION des théories géologiques
véritables séismes avortés. Nous verrons plus loin, par l'histoire des laccolithes, que l'écorce terrestre a révélé de même les indices de volcans manques, c'est-à-dire dans lesquels l'énergie emmagasinée s'est peu à peu dissipée sans donner lieu à des effets violents.
On s'est préoccupé aussi d'expliquer certains phénomènes accessoires du séisme. Par exemple, la répétition des secousses si différentes d'un cas à l'autre et aussi le déplacement du centre d'ébranlement selon une direction déterminée*.
A cette occasion, il faut remarquer que le sièg'e des secousses étant fort profond et le travail mécanique s'atténuant avec la distance, comme le fait de son côté, la modification calorifique ou métamorphique des roches, il n'est pas étonnant que la surface ne manifeste d'ordinaire aucun déplacement permanent sensible. C'est plus tard, quand, à la suite de bossellements généraux, la dénudation pluviaire de la région devenue continentale aura fait son œuvre, que les noyaux montagneux produits souterrainement par ces seismes apparaîtront et s'accentueront progressivement.
I. Stanislas Meunier. Comptes rendus de V Académie des Seiettces^ t. CXVIII. r5 mai 1894.